SEMAINE DU 15 AU 21 JUIN
Que ce soit à propos de l’enquête sur la guerre en Irak ou les dépenses des députés, la presse a de nouveau dénoncé la culture du secret de la classe politique britannique peu propice, selon elle, au retour de la confiance des électeurs. Un projet de réforme de l’audiovisuel et du numérique, en particulier de la BBC, divise les commentateurs. Les affaires internationales ont été dominées par les élections iraniennes dont la presse met en doute le résultat. Elle accueille avec réserves le discours de M. Nétanyahou. Une fois de plus, le Conseil européen a été présenté comme une partie de bras de fer entre le Royaume-Uni et ses partenaires.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. L’enquête sur la guerre en Irak
Si la presse accueille favorablement l’annonce d’une enquête sur la guerre en Irak, elle reproche à Gordon Brown d’en vouloir le déroulement à huis clos.
« Une telle approche envoie un message dangereux et donne l’impression que le gouvernement cherche avant tout à enterrer ses erreurs passées », écrit l’INDEPENDENT, avant de conclure : « M. Brown a fait un pas important en annonçant l’enquête. Il doit poursuivre sur cette lancée et demander qu’elle soit menée en plein jour ». Le GUARDIAN assure qu’une telle enquête « manquera son but » : menée par l’establishment, « elle ne fera qu’alimenter le cynisme et la méfiance », sans apporter de réponses franches aux questions qui se posent. « Le Premier ministre donne une nouvelle raison aux millions de personnes qui se sont opposées à la guerre de pointer le doigt sur lui ».
Le DAILY MIRROR, travailliste, et le DAILY MAIL, conservateur, dénoncent tous les deux « une insulte à la démocratie » : l’intervention militaire a été décidée sur des « bases erronées », le public veut savoir pourquoi. « La guerre en Irak a été la pire catastrophe du Royaume-Uni en 50 ans en matière de politique étrangère. Refuser la vérité aux Britanniques après six ans est une honte ».
Seul le TIMES considère qu’une enquête n’est en rien justifiée : la décision de faire la guerre était une décision politique. « Au mieux, ce genre d’exercice à répétition finit par perdre de sa valeur. Au pire, il relève du cynisme à court terme pour satisfaire les opposants à la guerre. Au bout du compte, c’est la crédibilité de ces enquêtes qui sera atteinte et personne ne sera satisfait ».
Pour le DAILY TELEGRAPH, cette enquête est bienvenue puisqu’elle était promise depuis deux ans et demi. Mais il ne s’agit pas de pointer quiconque du doigt. « Il faut seulement tirer les leçons de cette intervention, savoir en détail ce qui est allé de travers », pour ne pas répéter les mêmes erreurs en Afghanistan.
2. Les dépenses des députés
Une fois de plus, le parlement s’est retrouvé sous le feu des accusations : la publication tant attendue des dépenses des députés a certes finalement eu lieu, mais avec de nombreuses informations censurées. La presse exprime unanimement sa désapprobation.
Ainsi du DAILY TELEGRAPH, à l’origine des révélations sur les dépenses abusives, qui justifie donc entièrement son action et accuse le parlement de « n’avoir rien compris » : comment pouvait-il imaginer que le public accepterait des informations censurées sans s’interroger sur l’honnêteté des députés ? « Le parlement est tombé encore plus bas dans l’estime du public qu’on ne l’aurait imaginé ».
« En masquant les détails de leurs dépenses, les députés ajoutent l’impudence à la cupidité et montrent leur mépris pour le public », renchérit le TIMES, invitant les leaders des grands partis politiques à « montrer l’exemple en publiant la totalité de leurs dépenses ».
Pour le GUARDIAN, cette manie du secret, visible aussi à propos de l’enquête sur l’Irak, révèle « une classe politique en état de déni » et fait du tort à la majorité des députés qui sont honnêtes. L’INDEPENDENT y voit la preuve qu’une réforme du système des dépenses est plus urgente que jamais.
La presse tabloïde est déchainée : le SUN demande au plus vite des élections pour mettre fin à cette « comédie » et « faire le nettoyage à Westminster ». « Les députés nous prennent pour des idiots. Le Royaume-Uni ne peut continuer à être gouverné de façon aussi malhonnête et incompétent », ajoute le DALIY MAIL, tandis que le DAILY EXPRESS assure que « la colère des contribuables ne retombera pas de sitôt ».
3. La réforme de l’audiovisuel
Un livre blanc intitulé « Digital Britain » présente les objectifs du gouvernement pour développer l’internet haut débit et envisage pour la première fois la redistribution d’une partie de la redevance perçue par la BBC à d’autres chaînes commerciales. Ces projets suscitent des réactions contrastées.
« Il est temps de tailler dans la BBC, car elle ne doit pas devenir un monopole », estime l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES, qui voit dans les propositions du Ministre en charge de l’audiovisuel, Lord Carter, « une excellente innovation ». En revanche, la proposition d’un service universel d’internet haut débit n’est, selon le journal, pas du tout justifiée et serait un véritable gaspillage de fonds. « Le gouvernement a certes la responsabilité des infrastructures, mais ce n’est pas une raison pour subventionner l’accès à internet de ceux qui vivent dans des régions idylliques mais isolées. Ce ne doit pas être en tous cas un objectif majeur de politique publique ». L’INDEPENDENT partage cette vision : « la BBC est une institution nationale importante » et il faut défendre ses fonctions face aux inconditionnels du marché. Elle ne doit pas cependant avoir le monopole des subventions.
Le TIMES dénonce les projets de Lord Carter : une redistribution de la redevance ne bénéficierait pas à concurrence. Développer la culture des subventions nuirait à l’innovation et à la créativité sans pour autant limiter l’empire de la BBC et son inefficacité. « Ce qu’il faut, c’est changer la taille, le rôle et la réglementation de la BBC ». Pour le moment, c’est le contribuable qui paie la note.
Dans la même ligne, le DAILY TELEGRAPH s’étend sur les « manœuvres intimidatrices » de cette organisation « monstrueuse » et que les années d’austérité ne vont pas toucher : « il est temps que les choses changent et que la BBC reconnaisse les réalités du marché et dépende moins de la redevance ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Les élections en Iran
La presse met généralement en doute la légitimité du résultat des élections iraniennes et critique la réaction du régime face aux protestataires. Elle s’inquiète pour l’avenir des relations de l’Iran avec la communauté internationale, mais estime aussi que « le temps est du côté des réformateurs ».
« Les élections n’ont aucune crédibilité et représentent un sérieux revers pour la semi-démocratie iranienne », estime le DAILY TELEGRAPH, tandis que le FINANCIAL TIMES accuse l’élite dirigeante iranienne de « mettre en péril l’avenir de la République islamique ». Les deux journaux soulignent que la répression des manifestants ne fait que saper la légitimité du régime
Seules « de nouvelles élections pourront restaurer cette légitimité », renchérit le TIMES, fustigeant « les partisans de la ligne dure qui, déterminés à s’accrocher au pouvoir, n’ont pas hésité à falsifier les résultats d’une élection qui aurait pu apporter la liberté ». Pour le GUARDIAN, « s’il est impossible de prouver que les élections ont été truquées, il est tout aussi impossible de croire que les Iraniens ont voté comme l’indiquent les chiffres officiels ».
Les commentateurs ont des inquiétudes pour les propositions d’ouverture faites par le président Obama : le ton « provocateur » de M. Ahmadinejad est de mauvais augure, selon le DAILY TELEGRAPH. Le GUARDIAN souligne que les conséquences de ces élections sur la scène internationale ne sont pas faciles à prévoir : ce sera peut-être la fin des espoirs de dialogue avec Washington. Mais il est possible aussi que le régime cherche à saisir la main tendue par le président américain.
L’INDEPENDENT engage la communauté internationale à la prudence : « le président Obama a réagi comme il le devait, refusant d’apporter son soutien aux manifestants », contrairement à George Bush en 2003 dont l’intervention, lors des manifestations étudiantes, n’a fait que renforcer les partisans de la ligne dure, au détriment des réformistes. Le FINANCIAL TIMES partage cet avis ( « M. Obama ne doit pas bouger pour le moment ») de même que THE ECONOMIST : soutenir M. Moussavi ne ferait que renforcer M. Ahmadinejad. Et, quel que soit le prochain régime à Téhéran, les pays occidentaux devront discuter avec ses leaders du programme nucléaire.
Le TIMES assure toutefois que « le temps est du côté des réformateurs. La répression ne fera pas taire indéfiniment une nation qui demande le changement ». Et ce changement, pour le DAILY TELEGRAPH, « viendra de l’intérieur » : l’état de l’économie est le point faible du président Ahmadinejad. Il faudra compter avec « l’effet corrosif » de la mauvaise gestion des affaires économiques sur la légitimité du régime.
2. Le discours de M. Nétanyahou
En évoquant un « Etat palestinien », M. Nétanyahou a fait « un pas dans la bonne direction », mais le reste de ses déclarations n’est guère encourageant : la presse a accueilli avec beaucoup de scepticisme le discours du Premier Ministre israélien.
L’INDEPENDENT assure néanmoins que reconnaître le droit des Palestiniens à avoir leur propre Etat constitue une « forme de progrès », un changement de vocabulaire certain qui, s’il est décevant pour les principaux concernés, doit être utilisé comme une première pierre sur laquelle bâtir.
L’éditorial du FINANCIAL TIMES en est moins convaincu : M. Nétanyahou « a appuyé sur le bon bouton en réponse au discours du Caire », mais rien dans ses déclarations ne suggère qu’il pense que la liberté des Palestiniens, dans leur propre Etat, sur leur propre terre, est la clé de la paix et de la sécurité à long terme des Israéliens. L’utilisation du mot « Etat » semble « une concession purement sémantique », mais ce mot perd tout son sens compte tenu des limitations de souveraineté qui lui sont associées. Israël aurait le même contrôle sur la Cisjordanie que celui qu’il possède actuellement sur Gaza. Les colonies seraient maintenues et Israël conserverait Jérusalem Est. M. Nétanyahou dresse également un nouvel obstacle aux Palestiniens à propos de la reconnaissance d’Israël, comme « Etat nation du peuple juif », sans du tout évoquer le droit de retour des réfugiés. M. Nétanyahou n’a pas du tout honoré les accords d’Oslo, même s’il a été contraint de les accepter. Il va chercher à isoler M. Obama, et une confrontation semble inévitable. Les dirigeants israéliens qui ont, par le passé, mis en danger leur alliance avec les Etats-Unis, le grand protecteur d’Israël, ont toujours été punis par l’opinion et les électeurs. On s’achemine vers une « épreuve de force épique ».
« Une dose de concession pour neuf doses d’obstacles » : Bronwen Maddox du TIMES estime de son côté que si le Premier Ministre israélien n’a pas rejeté d’emblée tout ce que lui demandait M. Obama, il en a rejeté une bonne partie. Le président américain a cherché à redéfinir les relations des Etats-Unis avec le monde musulman. M. Nétanyahou a voulu montrer qu’il est capable de mouvement, sans toutefois se rapprocher des objectifs américains. « Tout cela n’est guère encourageant. Mais en évoquant pour la première fois un Etat palestinien, il a prononcé les mots qui pourraient permettre de commencer des négociations », conclut cependant Mme Maddox.
Pour THE ECONOMIST, « M ; Nétanyahou a prononcé les deux mots qu’il fallait, et c’est une bonne chose. Mais tant qu’il ne montre pas son intention de négocier de bonne foi, sa démarche s’avèrera inutile ».
III. AFFAIRES EUROPEENNES
Le Conseil européen
Une fois de plus, la presse a relevé l’isolement du Royaume-Uni face à ses partenaires, en particulier à propos de la régulation financière qui risque de porter atteinte à l’indépendance de la City.
L’INDEPENDENT met en avant les « tensions franco-britanniques », tandis que le DAILY TELEGRAPH insiste sur les « concessions » obtenues par Gordon Brown en vue de « protéger le contribuable britannique ». Le GUARDIAN reprend les propos satisfaits de M. Sarkozy pour « avoir remporté la victoire sur l’approche des anglo-saxons ».
L’INDEPENDENT déplore dans un éditorial les réticences continuelles des Britanniques : M. Brown est isolé lorsqu’il s’oppose à une régulation financière qui serait mauvaise pour la City de Londres et face à une action concertée de la France et de l’Allemagne pour relancer le Projet européen. Il est facile de comprendre les problèmes du Premier Ministre britannique, confronté à un électorat eurosceptique qui n’hésite pas à voter pour des partis favorables à une sortie de l’Union. Il n’est d’ailleurs pas le seul à se méfier des actions européennes : tout le monde n’est pas d’accord pour un accroissement des pouvoirs de la BCE et beaucoup s’opposent à la poursuite des subventions agricoles. En revanche, la plupart des Etats, y compris le Royaume-Uni, souhaitent une réponse commune face à la récession, au réchauffement climatique et aux problèmes de sécurité. « M. Brown a des idées, mais il ne montre pas assez d’enthousiasme. Si le Royaume-Uni veut influencer la politique de l’Union, il doit se lancer dans le débat et montrer son engagement ».
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028