SEMAINE DU 14 AU 20 NOVEMBRE
Si la position de David Cameron sur l’Europe a occupé une large place dans les médias (discours au banquet du Lord Maire de Londres et visite à Bruxelles et Berlin vendredi), plusieurs dossiers de politique intérieure ont également bien retenu l’attention des rédactions : la hausse préoccupante du chômage, surtout chez les jeunes, la polémique sur le relâchement du contrôle des frontières et le rachat de Northern Rock par Virgin. La Syrie a continué de dominer les commentaires de politique internationale. Concernant la zone euro, la presse a accueilli avec soulagement l’arrivée de Mario Monti à la tête du gouvernement italien, tout en s’interrogeant sur le caractère démocratique de la construction européenne et en s’intéressant aux projets de réforme des traités de l’Union.
I. ROYAUME-UNI
1. La hausse du chômage
« Une génération au chômage » (TIMES), « Jeunes, doués et mis au rebus » (DAILY MIRROR), « Les immigrés nous prennent 12.000 emplois par mois » (DAILY EXPRESS) : l’augmentation du chômage - la plus rapide depuis 17 ans – et surtout celui des jeunes qui passe le cap du million, suscite de vives inquiétudes dans la presse, d’autant que les craintes d’une récession se concrétisent. Les commentateurs appellent le gouvernement à passer à l’action. Plusieurs rejettent l’excuse de la crise dans la zone euro présentée par certains ministres britanniques. D’autres pointent du doigt les immigrés « qui prennent les emplois des Britanniques ».
Même s’il ne remet pas en cause la politique économique du gouvernement, le TIMES estime que le chômage des jeunes montre que le Royaume-Uni n’est pas sur la bonne piste : « une action radicale » est nécessaire, pas seulement pour fournir des emplois maintenant mais aussi pour construire les industries qui créeront les emplois de demain.
« Le moment est venu d’un plan pour l’emploi », renchérit le GUARDIAN qui critique en revanche la politique du gouvernement : avant l’arrivée de David Cameron, le chômage était en baisse. Depuis, il augmente fortement, et la confiance des consommateurs et des entreprises est ébranlée. Le gouvernement avait hérité d’une économie où des programmes d’aide aux jeunes permettaient de réduire le taux de chômage dans cette tranche de la population. Il en a supprimé. M. Osborne refuse de changer sa stratégie de réduction du déficit, car cela donnerait raison à l’analyse du Labour. C’est effectivement ce qui se passe.
Pour l’INDEPENDENT également, les dernières statistiques sur le chômage « remettent en cause tout le plan d’austérité de M. Osborne ». « Il faut de toute urgence une action » pour encourager la croissance.
Sans être aussi déchaîné que les tabloïds, le DAILY TELEGRAPH s’interroge sur la « concurrence » rencontrée par les jeunes britanniques auprès des jeunes d’Europe de l’Est « souvent préférés par les employeurs ». Le DAILY EXPRESS dénonce « une trahison écoeurante » : la politique des portes ouvertes en matière d’immigration « détruit notre société ». Il faut y mettre fin. Même ligne dans le DAILY MAIL qui relève que le nombre des chômeurs britanniques a augmenté de 311.000 l’an dernier tandis que 181.000 étrangers prenaient dans le même temps des emplois britanniques.
La presse britannique s’est aussi intéressée à la révision à la baisse de la croissance autour de 1% en 2012.
2. La controverse sur le contrôle des frontières
Le témoignage mardi 15 novembre devant une commission parlementaire de l’ex-chef de la police aux frontières, Brodie Clark, suspendu pour avoir relâché les contrôles cet été, n’a pas vraiment clos la controverse. M. Clark blâme le Ministre de l’Intérieur Theresa May pour avoir ruiné sa carrière, mais celle-ci maintient n’avoir rien à se reprocher. Les journaux soulignent les « contradictions » des déclarations des deux protagonistes, et plusieurs commentateurs estiment que le Ministre de l’Intérieur a mal traité un fonctionnaire.
Pour le TIMES, une chose est absolument certaine : le traitement que Mme May a fait subir à M. Clark est inacceptable. Elle l’a placé dans une position impossible car étant fonctionnaire, il ne pouvait pas se défendre en public. Ce genre de mépris vis-à-vis des employés du secteur public devient malheureusement de plus en plus fréquent chez les dirigeants politiques. Mme May n’a pas été seulement un mauvais manager, elle a aussi laissé de côté le principe de la responsabilité ministérielle qui veut que les ministres répondent des échecs de leurs ministères même s’ils ne sont pas directement impliqués. Le DAILY TELEGRAPH considère lui aussi que « la manière dont a été traité M. Clark laisse sérieusement à désirer ».
Cette affaire montre la nécessité d’une plus grande transparence, souligne le GUARDIAN relevant « l’ironie » de ce que M. Clark et Mme May cherchaient chacun à leur manière à améliorer la gestion du contrôle des frontières : c’est une approche « non seulement sensée, mais nécessaire compte tenu des fortes réductions budgétaires ». L’INDEPENDENT reprend le même argument du fait de la réduction du nombre du personnel de contrôle mais estime, comme le TIMES, qu’il y a également un problème de mauvaise gestion et de manque de responsabilité.
Pour le FINANCIAL TIMES, il serait stérile de poursuivre la querelle : même si Mme May ne s’en sort pas de façon glorieuse, il n’est pas justifié de demander sa démission. En revanche, il est plus important que jamais de mettre sur pied une politique d’immigration adaptée aux moyens : les longues files d’attente dans les aéroports qui ont conduit M. Clark à assouplir les contrôles ne vont que s’allonger si ces derniers sont resserrés. De tels retards sont « un scandale » à un moment où le pays a besoin plus que jamais de croissance et de montrer qu’il est ouvert au business.
Après avoir fait l’objet d’une couverture importante le week-end du 11 novembre et au début de la semaine suivante, ce sujet a progressivement disparu des quotidiens.
3. David Cameron et l’Europe
La visite vendredi de David Cameron à Bruxelles puis à Berlin a suscité une importante couverture de presse axée sur le thème de la confrontation. Pour la presse britannique, la question de l’Europe place en effet une nouvelle fois le Premier ministre dans une position délicate : d’un côté il se dit prêt à saisir l’occasion de la crise de la zone euro pour changer la relation du Royaume-Uni avec l’Union européenne et défendre les intérêts du pays ; de l’autre, il se fait accuser d’égoïsme par les Allemands, et suscite la méfiance de ses partenaires européens. Si certains journaux de samedi ont tenté de souligner « l’unité » des deux dirigeants, ils n’en ont pas moins relevé le refus obstiné de David Cameron d’accepter la taxe sur les transactions financières demandée par l’Allemagne.
Dans un éditorial, le FINANCIAL TIMES de ce lundi revient sur une rencontre « qui a mis davantage en évidence les divergences que la concorde ». Selon le journal, David Cameron doit pourtant éviter les querelles inutiles : freiner la tendance de ses ministres à faire des commentaires sur la crise et les performances des pays voisins « qui feraient trop peu » et expliquer à ceux de ses députés qui demandent un rapatriement des pouvoirs cédés à Bruxelles que leur stratagème est dangereux. Leurs menaces risquent de hâter le processus menant à la création d’une Europe à deux vitesses qui se ferait au détriment du Royaume-Uni.
Le GUARDIAN n’est pas convaincu non plus par « les signaux mixtes » envoyés par David Cameron : le Premier ministre comprend l’intérêt que représente pour le Royaume-Uni un engagement en Europe. Mais pour satisfaire une partie de l’électorat conservateur, il cherche à persuader l’opinion que c’est la crise de la zone euro qui est responsable de tous nos problèmes, ce qui n’est pas avéré. Cette analyse est reprise par THE OBSERVER daté de dimanche.
La presse eurosceptique n’avait pas manqué, avant la rencontre de Berlin, de passer à l’attaque contre l’Allemagne qu’elle n’hésite pas, à l’instar du DAILY TELEGRAPH, à accuser de « complot », présentant de manière polémique les propos de Volker Kauder au congrès de la CDU qui a appelé le Royaume-Uni à prendre ses responsabilités. Le journal, dans un éditorial, appelait M. Cameron à « défendre les intérêts du Royaume-Uni » et à ne pas se laisser fléchir par Mme Merkel : « la chancelière allemande n’a pas à faire la leçon au Royaume-Uni. Après tout, c’est l’Allemagne qui a poussé à l’intégration laquelle a contribué à créer la crise actuelle…Si un effondrement de l’euro n’est pas dans noter intérêt, nous n’avons pas non plus à payer la note de la mission de sauvetage. C’est plutôt à l’Allemagne de faire face aux conséquences de l’Union monétaire dont elle s’est fait le champion ».
Le TIMES, dans un éditorial daté du 19 novembre, attaque la « folie » d’une taxe sur les transactions financières qui serait « totalement destructrice » et redirigerait hors d’Europe tout ce secteur de l’économie. Une position également reprise dans le FINANCIAL TIMES de ce lundi.
4. Le rachat de Northern Rock par Virgin
Le rachat par Virgin de la Northern Rock, la banque qui avait fait faillite il y a quatre ans et dont le gouvernement britannique avait repris une partie (celle qui était « saine »), divise la presse.
L’éditorialiste du TIMES se félicite du « retour de Northern Rock au secteur privé », car c’est « là qu’elle appartient ». Pour le journal, il s’agit d’une bonne chose pour la concurrence, qui va créer des emplois dans le nord-est du pays et contribuer à restaurer la santé économique de la région.
Le GUARDIAN en revanche dénonce la perte d’au moins 400 millions de livres pour le contribuable. C’est « une perte pour l’Etat » et, pour ce qui est de la concurrence, Northern Rock est beaucoup trop petite pour donner des inquiétudes aux quatre grandes banques nationales. Le journal met en doute la stratégie du gouvernement qui a agi hâtivement et laissé passer une occasion de réformer réellement le secteur bancaire.
Dans la presse tabloïde, le DAILY EXPRESS regrette ce qui est « une mauvaise nouvelle pour le contribuable » mais ajoute que ce n’est pas le gouvernement qui est à blâmer (« ce sont les précédents dirigeants de la banque »). Le DAILY MAIL reprend le même argument en assurant que « c’est le public qui va perdre le plus lourdement dans l’affaire ».
II. INTERNATIONAL
La Syrie
« Isoler Assad » (FINANCIAL TIMES), « L’étau se resserre sur le régime d’Assad » (DAILY TELEGRAPH), « Il perd ses amis » (GUARDIAN) : la décision de la Ligue Arabe de suspendre la Syrie et les déclarations du roi de Jordanie demandant au président Assad de quitter le pouvoir représentent, selon la presse, « un tournant bienvenu ». Tous les journaux soulignent « l’isolement croissant » du régime. Ils estiment cependant prématurée toute idée d’intervention. Le SUNDAY TIMES a publié dimanche une interview du président Assad qui accuse les dirigeants arabes de chercher un prétexte pour déclencher une intervention occidentale contre son pays.
« Qu’un voisin (la Jordanie) qui a travaillé en étroite collaboration avec le président syrien désespère maintenant d’un changement montre bien la colère du monde arabe face aux promesses mensongères du président Assad », écrit l’éditorialiste du TIMES qui estime que « la Syrie est enfermée dans une confrontation qui se terminera soit en bain de sang soit par l’éclatement du pays ».
Pour Patrick Cockburn de l’INDEPENDENT et Ian Black du GUARDIAN, les déclarations du roi de Jordanie et la décision de la Ligue arabe sont le signe que les Etats voisins de la Syrie s’attendent à une chute du régime. Sous le titre « il perd ses amis », l’éditorialiste du GUARDIAN estime que la suspension de la Syrie de la Ligue arabe est « largement symbolique » mais qu’en l’occurrence « le symbolisme a son importance » : la Syrie a été un des membres fondateurs de la Ligue. Son isolement pourrait conduire à la reconnaissance du Conseil National Syrien.
Le DAILY TELEGRAPH parle de « tournant » pour le président Assad et ses hommes de main « qui savent que leur temps est compté ». Pour le journal, les sanctions contre le régime doivent être renforcées de manière à « réduire la capacité de M. Assad de faire la guerre à son propre peuple ». Le FINANCIAL TIMES mise sur la fermeté de la Ligue arabe « qui ne doit pas sous les pressions de la Syrie renoncer à sa décision de suspension ». Le journal appelle également la communauté internationale à agir sur le plan diplomatique, en nouant des liens notamment avec l’opposition syrienne et en renforçant son régime de sanctions : la Turquie en particulier doit « joindre l’acte à la parole » et appliquer celles auxquelles elle a apporté son soutien.
III. EUROPE
L’Italie et la crise de la zone euro
La presse ne cache pas son soulagement face à l’arrivée de Mario Monti à la tête du gouvernement italien. Elle en relève cependant le caractère « peu démocratique », tout en estimant que c’est une étape « nécessaire » et estime que le plus dur reste à faire avec la mise en place de « réformes réelles ».
Soulignant que M. Monti « pourrait être l’homme qui sauvera l’Italie », l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES appelle le gouvernement italien à « montrer la compétence et le leadership qui aideront à restaurer la confiance des investisseurs et de ses alliés ». Selon le journal, le Premier ministre doit se concentrer sur deux questions : l’économie et l’amélioration des relations entre les électeurs et les hommes politiques.
L’INDEPENDENT reprend les mêmes arguments insistant sur l’ampleur de la tâche pour regagner la confiance des marchés. Selon le journal, « les augures sont plutôt bons » car même si M. Monti n’a jamais été élu, sa distance vis-à-vis d’une scène politique « corrompue et ternie » est à son avantage. Toutefois, « il ne faut pas s’imaginer que l’Italie a tourné une page ». La période de lune de miel terminée, M. Monti ne doit pas décevoir, car les taux d’intérêt monteront de nouveau et les sonnettes d’alarme se feront entendre dans toute l’Europe. C’est toute la zone euro qui est en jeu et en cas d’effondrement de la monnaie unique, le Royaume-Uni ne serait pas épargné.
Le GUARDIAN s’inquiète du déficit démocratique et de la « montée de la technocratie en Europe » : l’expertise est une chose mais l’économie n’est pas de l’ingénierie. Elle reste autant un art qu’une science, et il ne faut pas s’imaginer que les technocrates peuvent échapper à la politique pendant longtemps.
A contrario, l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Lucas Papademos en Grèce a fait l’objet d’une moindre couverture. Les élections en Espagne ce week-end sont couvertes de façon factuelle. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028