SEMAINE DU 14 AU 20 JUIN
La presse se félicite des excuses présentées par David Cameron aux victimes du « Bloody Sunday » en Irlande du nord. Elle approuve également l’annonce du départ anticipé du chef des forces armées, Sir Jock Stirrup, associé au précédent gouvernement et soupçonné de peu soutenir la mission en Afghanistan. Le premier rapport sur l’économie et les finances publiques publié par l’OBR (Office for Budget Responsability) reçoit aussi des échos favorables dans les journaux. Au chapitre européen, les commentateurs estiment que David Cameron s’est bien sorti de son premier sommet à Bruxelles. La visite du président de la République à Londres pour commémorer l’appel du 18 juin a reçu une bonne couverture de presse et, de l’avis de quelques éditorialistes, renforcé l’entente cordiale.
I.AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Le rapport sur le « Bloody Sunday »
Une commission d’enquête sur le « Dimanche sanglant » de janvier 1972, au cours duquel des soldats britanniques ont tiré sur un groupe de manifestants en Irlande du nord (bilan : 14 civils tués) a conclu à l’innocence des victimes et à l’entière responsabilité de l’armée. David Cameron a dénoncé cet assaut meurtrier et présenté des excuses à la Chambre des Communes au nom du gouvernement britannique et de l’ensemble du pays. La presse approuve la réaction du Premier ministre conservateur, mais est divisée sur l’opportunité de poursuivre en justice les responsables.
« Ces manifestants ne posaient aucune menace, ils n’ont reçu aucun avertissement et ont été tués sans justification », souligne l’éditorialiste du TIMES, tout en relevant que « l’Irlande est un cas à part » : le rapport de Lord Saville a été commandité en 1998 par Tony Blair dans le cadre des négociations de paix. L’Accord du Vendredi Saint a été chèrement payé sur le plan moral : il a fallu relâcher des prisonniers reconnus coupables de crimes terribles. Toutes les parties concernées ont fait des compromis avec le passé dans la perspective d’un meilleur avenir. Ce qui s’est passé en 1972 était injustifié et injustifiable, comme l’a dit clairement M. Cameron. On peut en dire autant de bien des actions commises par la partie adverse. Le rapport de Lord Saville doit contribuer à l’établissement de la vérité et à la réconciliation. Dans ce contexte, il serait injuste de poursuivre des soldats individuellement.
Le DAILY TELEGRAPH reprend les mêmes arguments et, comme son confrère, rappelle que le « Bloody Sunday » a largement contribué au développement de l’IRA. Pour le journal, l’action commise en 1972 est « indéfendable », mais il n’est dans l’intérêt de personne de chercher à poursuivre des soldats si longtemps après l’événement. « Il faut tourner la page de ce chapitre tragique ».
Le FINANCIAL TIMES reconnaît que l’amnistie de 1998, nécessaire au processus de paix, rend problématique une poursuite judiciaire, mais estime que des compensations doivent venir après la présentation d’excuses publiques. Une suggestion que fait à son tour l’INDEPENDENT. Le GUARDIAN considère en revanche que la justice doit suivre son cours et qu’il faut poursuivre les responsables s’il existe des preuves suffisantes.
2. Le départ du chef des forces armées
L’annonce par le Ministre de la défense, Liam Fox, du départ anticipé du chef des forces armées, Sir Jock Stirrup, et du plus haut fonctionnaire du MOD, Sir Bill Jeffrey, est plutôt bien accueillie par la presse, qui regrette cependant que les deux hommes restent à leurs postes respectifs jusqu’à l’automne pour mener à son terme la « Strategic Defence Review ».
Le DAILY TELEGRAPH se félicite de la décision de la coalition « qui tire ainsi un trait sur l’action du Labour en Afghanistan ». Selon le journal, le précédent gouvernement est responsable de ne pas avoir équipé correctement les soldats lancés dans des missions dangereuses sans objectif clair.
« Personne n’est surpris du départ anticipé de Sir Jock Stirrup, mais il est surprenant qu’il ne parte pas plus vite », écrit l’éditorialiste du TIMES : Sir Jock n’a guère montré son soutien aux troupes qui se battent en première ligne en Afghanistan. Pourquoi ne pas laisser dès maintenant son successeur présider la mise en place de la nouvelle politique de défense ? « Il est évident que le chef des forces armées britannique n’est ni David Petraeus, ni Stanley McChrystal. Pourquoi attendre jusqu’à l’automne avant de le remplacer par quelqu’un qui pourrait être du même calibre que ces derniers » ?
L’éditorialiste du GUARDIAN rappelle que Sir Jock Stirrup et Sir Bill Jeffrey ont joué un rôle important dans l’élaboration de la politique mise en œuvre en Afghanistan, une « politique fortement critiquée par les conservateurs ». « La décision du nouveau Ministre de la Défense, Liam Fox, n’a donc rien de surprenant ». Elle ne constitue pas un tournant non plus, car elle ne fait que repousser certaines des grandes décisions que devra prendre la coalition en matière de défense. Alors que la coalition s’engage à maintenir le Trident (dissuasion nucléaire), que des réductions dans le budget de la défense seront jugées intolérables tant que dure la guerre en Afghanistan, et que M. Fox ne souhaite pas revenir sur le système des retraites de l’armée, le MOD doit se rendre compte qu’il ne peut pas tout avoir. Soit il abandonne certains de ses grands projets, soit il choisit enfin de discuter sérieusement avec ses partenaires européens de la mise en commun de certaines ressources.
Ce ne sont pas les personnes, mais l’absence de politique qui est en cause. Selon l’INDEPENDENT, le Royaume-Uni doit faire un choix : soit opter pour l’interventionnisme de Tony Blair en maintenant la dissuasion nucléaire, soit faire de la réduction des dépenses publiques une priorité.
3. L’Office for Budget Responsability
La presse se félicite généralement de la mise en place par George Osborne de l’OBR (Office for Budget Responsability) qui vient de publier son premier rapport sur l’économie et l’état des finances publiques.
Pour le FINANCIAL TIMES, il s’agit d’une « innovation bienvenue » : cette nouvelle institution veillera à ce que le gouvernement pratique la mesure et ne se contente pas d’observer ses propres liturgies, ce qui devrait rassurer les investisseurs sur la discipline budgétaire du Royaume-Uni. Gordon Brown en son temps avait bien fixé des règles, mais il les a relâchées lorsqu’elles ont commencé à mordre. La décision de rendre les prévisions plus transparentes devrait également redonner confiance dans le gouvernement britannique. Selon le journal, il faut pour cela que l’OBR soit indépendant : lorsqu’il sera établi de façon permanente, il ne pourra plus être composé de membres du Ministère des Finances. Durant la campagne électorale, aucun des principaux partis n’a expliqué comment il réduirait les dépenses publiques, et l’électorat n’est pas préparé à ce qui doit venir. « L’OBR aidera le gouvernement à expliquer le besoin de réductions budgétaires. C’est ce dernier qui prendra les décisions politiques, mais l’OBR devrait permettre d’ancrer le débat et les choix budgétaires dans la réalité économique. S’il y parvient ce sera un réel succès ».
« Cette transparence est bienvenue et donne de la crédibilité à ce qui nous est dit », renchérit le DAILY TELEGRAPH qui estime que le gouvernement doit maintenant passer à l’action : le Royaume-Uni n’est pas dans une situation comparable à la Grèce, mais il faut une « stratégie audacieuse pour développer la croissance et réduire les dépenses publiques ». Dans le même esprit, le TIMES reconnaît qu’il sera difficile de restaurer les dépenses publiques mais qu’il ne faut pas repousser les réductions nécessaires .
Pour le GUARDIAN, l’OBR devrait permettre « un débat politique plus équilibré » car l’approche des conservateurs (en faveur de réductions importantes et immédiates) et celle du Labour (stimuler la croissance) sont toutes les deux largement influencées par l’idéologie. Une réduction excessive des dépenses peut avoir des risques déflationnistes, mais il est certain aussi que la réduction du déficit est une obligation. L’INDEPENDENT appelle également à la prudence : le gouvernement doit fixer le rythme des réductions en fonction de la solidité de la reprise.
II. AFFAIRES EUROPEENNES
Le conseil européen
La participation de David Cameron à son premier sommet européen en qualité de Premier Ministre du Royaume-Uni a retenu l’attention des médias qui craignaient un « affrontement » avec Bruxelles. Ils estiment à l’instar du DAILY TELEGRAPH qu’il a remporté « sa première victoire tactique » à propos du budget britannique.
Pour le FINANCIAL TIMES, il y a eu à Bruxelles « une offensive de charme mutuelle » et David Cameron « a fait un bon début sur la scène européenne : le Premier ministre britannique est eurosceptique, mais pragmatique. Il ne veut pas de bagarre avec Bruxelles d’autant que la crise économique a changé la nature de la politique. Il y aura certes des questions délicates à aborder, mais M. Cameron a eu raison pour le moment de ne pas faire de vagues.
L’éditorialiste de l’INDEPENDENT est surpris par « l’approche constructive » de David Cameron : malgré son fond eurosceptique, il a envoyé des signaux positifs. Il n’a eu aucune difficulté à signer un accord sur la coordination européenne en matière de régulation des banques et de réduction des déficits. Le seul sujet de conflit potentiel – l’idée que le Royaume-Uni puisse être contraint à dévoiler son budget à Bruxelles en avance – a été facilement évité à cause des divisions entre Paris et Berlin. Selon le journal, l’influence de Nick Clegg aide à limiter l’euroscepticisme des conservateurs, mais M. Cameron a clairement indiqué durant la campagne électorale qu’il ne chercherait pas de querelles à l’Europe.
Le GUARDIAN est un peu moins optimiste sur le changement d’approche apparent de M. Cameron vis-à-vis de l’Europe : la présence des Libéraux-démocrates au sein de la coalition fait une différence, mais la coopération du Premier ministre britannique est « davantage l’expression de son pragmatisme que d’une sympathie particulière pour le projet européen ». Les Tories savent qu’ils ne peuvent « se permettre le luxe » d’une guerre avec l’Europe compte tenu de la crise économique. Mais selon le journal, ce contexte n’est pas bon pour l’Europe : chacun est hanté par ses propres spectres, et l’Union est menacée par « un manque de leadership et un repli dans les frontières nationales ».
IV. AFFAIRES FRANCAISES
La commémoration de l’appel du 18 juin
La commémoration de l’appel du général de Gaulle le 18 juin à Londres a donné lieu à une importante couverture factuelle. Les journaux ont relevé le caractère « grandiose » des cérémonies, les relations chaleureuses du président de la République et du nouveau Premier ministre britannique. Ils ont aussi beaucoup souligné, photos à l’appui, l’élégance et le charme de Mme Sarkozy.
C’est une occasion pour les journaux de s’interroger sur « l’entente cordiale » : dans un éditorial, le TIMES assure que si la France et le Royaume-Uni ont des divergences, « M. Sarkozy est l’allié naturel du gouvernement britannique ». « Le trait de caractère le plus admirable du président de la République est son engagement sans réserve en faveur de la sécurité occidentale. En dépit de toutes les divergences sur la guerre en Irak entre la France et le Royaume-Uni, c’est une caractéristique permanente de tous les gouvernements de la Vème République ». Selon le journal, M. Sarkozy a certes renoncé à un des choix les plus mémorables du général de Gaulle en réintégrant le commandement militaire de l’OTAN, mais cela montre qu’il est un « homme politique flexible » dans le meilleur sens du terme. « C’est un homme avec lequel M. Cameron peut faire affaire ».
Dans un éditorial, le DAILY TELEGRAPH assure que « la relation du Royaume-Uni avec la France reste spéciale, et pas seulement à cause l’attrait indéniable de Carla Bruni ». Même si le 18 juin est aussi l’anniversaire de Waterloo, « la rivalité à cédé la place à la coexistence amicale ». Les Britanniques, même s’ils ne parlent pas français, aiment les charmes de la France, sa culture et son vin. Quant aux Français, ils viennent par centaines de milliers s’installer au Royaume-Uni./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028