Semaine du 14 au 20 janvier

SEMAINE DU 14 AU 20 JANVIER

Gordon Brown reste dans une position inconfortable : sur la scène britannique, le Premier Ministre est embarrassé par l’affaire Northern Rock et l’incertitude entourant le sort du Ministre du Travail Peter Hain. Au niveau diplomatique, sa tâche n’est pas facilitée par les tensions entre Londres et Moscou, et sa nouvelle stratégie européenne laisse parfois les commentateurs sceptiques. En revanche, le voyage en Chine de M. Brown a été souvent qualifié de prometteur.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La situation de Northern Rock

Le débat sur l’avenir de Northern Rock a de nouveau occupé une large place dans la presse alors que Gordon Brown, sans exclure l’option de la nationalisation, envisage une dernière tentative pour maintenir Northern Rock dans le secteur privé. Il s’agirait de « sécuriser » la dette en la transformant en obligations. Cette solution suscite de nombreuses critiques. L’OBSERVER dénonce une démarche dont le but est de permettre à M. Brown de « sauver la face » : mais c’est 50 milliards de livres d’argent public qui sont en jeu, et le gouvernement devrait « avoir le courage » de rejeter un tel risque. « La nationalisation serait une option beaucoup plus honnête ». Pour le GUARDIAN, le choix est identique : « la nationalisation semble être la seule option réalisable ». Le journal assure toutefois qu’il ne s’agira pas d’une « nationalisation à l’ancienne » et que l’objectif final sera de céder la banque au secteur privé lorsqu’elle aura été remise en ordre. Hostile à la nationalisation, la presse conservatrice n’est pas davantage satisfaite par la dernière proposition envisagée, même si elle permet à une entreprise privée de gérer la banque. « Cette option, peut-être la moins mauvaise, montre les erreurs politiques qui ont conduit à un tel résultat », écrit le Sunday TELEGRAPH avant de conclure : « la réputation de M. Brown en termes de compétence économique ne sortira pas indemne de ce naufrage ».

Le Sunday TIMES renchérit sur le même thème : « la réputation du gouvernement risque déchouer sur ce Rock ». le TIMES, quelques jours plus tôt, dénonçait « l’indécision » de M. Brown et estimait qu’elle coûterait cher.

Comme souvent, le FINANCIAL TIMES adopte une position intermédiaire : les actionnaires de Northern Rock sont en droit d’être furieux car, quatre mois après le début de la crise, ils ne savent toujours pas ce qui les attend. La seule solution qui satisferait tout le monde serait le rachat par des investisseurs commerciaux, mais elle n’a guère de chance. La deuxième option serait l’administration judiciaire, mais elle créerait des difficultés pour les détenteurs de comptes chez Northern Rock. Reste la nationalisation, mais à quel prix ? C’est le gouvernement qui a renfloué cet organisme de crédit, et il va se trouver dans la position bizarre de devoir payer pour le soutien financier qu’il a apporté. « Les actionnaires doivent certes se battre autant qu’ils peuvent. Mais ils ne doivent pas s’attendre, pas plus que les contribuables, à ce que le gouvernement leur fasse des cadeaux ».

2. Le sort de Peter Hain

Autre casse-tête pour Gordon Brown : le sort du Ministre du Travail Peter Hain accusé de ne pas avoir dévoilé l’origine d’un montant de 100.000 livres ayant servi au financement de sa campagne lorsqu’il briguait le poste de leader adjoint du Labour. La presse, toutes tendances confondues, estime la conduite de M. Hain inexcusable et presse le Premier Ministre de s’en séparer.

Pour le TIMES, la position du Ministre du Travail n’est « plus tenable » : la législation sur le financement des partis politiques au Royaume-Uni est claire. Tout montant au-dessus d’un certain niveau, pouvant influencer un scrutin, doit être entièrement dévoilé. Tony Blair avait ignoré ce principe dans l’affaire de la vente des titres honorifiques, et discrédité le processus politique. « Il est temps de rétablir la transparence, et le départ du gouvernement d’un ministre qui n’a pas respecté les règles enverrait un signal important ».

« M. Hain n’a pas respecté les règles », renchérit le DAILY TELEGRAPH qui accuse le Ministre du Travail d’avoir des principes encore plus élastiques que les autres politiciens : sa position sur l’Irak et la constitution européenne a été changeante. Il accuse les « grossiums » de la City, mais sa campagne a été largement financée par l’un d’eux. « Il n’y a aucune raison de le maintenir à son poste ».

La presse proche du Labour n’est pas plus tendre. L’INDEPENDENT réitère depuis une semaine ses appels à un départ de M. Hain. Le GUARDIAN assure que le Ministre du Travail a gravement enfreint les règles et qu’il a réagi avec désinvolture aux accusations portées contre lui. Contrairement à ce qu’il semble penser, il n’a pas coopéré de bon cœur aux demandes d’informations qui lui étaient adressées. Gordon Brown représente l’autorité finale : c’est lui et non la Commission électorale qui devrait décider du sort de M. Hain. S’il refuse, il reviendra à la Commission électorale de le faire. Mais étant donné les faits, le verdict ne sera que repoussé.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Les tensions entre Londres et Moscou

L’envenimement des relations entre Londres et Moscou, après l’ordre de fermeture de deux bureaux régionaux du British Council, a fait les grands titres de la presse qui dénonce « l’intimidation » du Kremlin.

« On entre dans une phase dangereuse », assure le GUARDIAN qui estime que David Miliband, a eu raison de ne pas mâcher ses mots à l’égard de la Russie. Pour le journal toutefois, on n’en est pas à la guerre froide. Les Russes n’ont pas demandé la fermeture du British Council de Moscou, et les relations commerciales restent intactes. Gordon Brown et Vladimir Poutine ne se parlent plus, mais leurs conseillers politiques continuent de discuter. Les partisans de la ligne dure au Kremlin devraient se méfier : les Russes ont davantage à perdre que les Britanniques d’une détérioration de la situation. Il est important que la Russie et le Royaume-Uni rétablissent des « lignes rouges » et acceptent des compromis.

L’éditorial du FINANCIAL TIMES relève lui aussi que les derniers développements mettent en lumière « la nature brutale du régime Poutine » et engage la Russie à « prendre garde », même si les relations commerciales entre les deux pays ne sont pas affectées.

Cette « intimidation » mérite la réponse la plus ferme, renchérit le DAILY TELEGRAPH, ajoutant que l’ordre de fermeture des représentations culturelles britanniques est « un acte politique mais illégal qui sent à la fois les pratiques soviétiques et le nationalisme farouche devenu la marque de la présidence Poutine ». Pour le journal, le gouvernement britannique doit être prêt à des représailles si le FSB rend le fonctionnement du British Council impossible, alors que cette organisation sert grandement leurs intérêts. « Quelles que soient les motivations de Moscou, il est ironique de constater que le gouvernement aujourd’hui soumis à des manœuvres d’intimidation est un de ceux qui ont défendu avec ferveur l’adhésion de la Russie au G8, club des démocraties industrielles », conclut-il.

Le TIMES reprend ce point : « il est ahurissant de voir que la relation anglo-russe, qui avait été relancée avec éclat par Tony Blair il y a huit ans, en soit arrivée à ce stade ». En Russie, comme partout ailleurs, le British Council pratique la diplomatie culturelle, mais il permet aussi la formation, les échanges culturels. Ce n’est pas de l’arrogance, mais une expression de bon sens, que d’affirmer que les Russes ont beaucoup à gagner, dans un monde de plus en plus anglophone, de la présence d’une de nos représentations dans les principales villes de leur pays. « Cette querelle destructrice risque de s’envenimer avant de commencer à se résorber : M. Poutine, qui quitte ses fonctions en mars, n’a guère de raisons de chercher de meilleures relations avec Gordon Brown. Mais il faut espérer que son successeur voudra la détente ».

2. La visite de Gordon Brown en Chine

La presse a souligné l’importance de la visite de Gordon Brown en Chine, bien qu’elle ait été de courte durée, et rappelé qu’elle intervient après celle de Nicolas Sarkozy en novembre dernier qui a débouché sur de nombreux contrats. Les commentateurs estiment néanmoins que le Premier Ministre ne doit pas s’en tenir aux seules considérations commerciales.

« M. Brown doit faire du commerce mais aussi dialoguer », écrit le TIMES : Il doit se faire une idée sur la manière de convaincre Pékin des bienfaits d’une action internationale concertée sur le réchauffement climatique et la sécurité de l’énergie. Il doit parler de l’Afrique et persuader les Chinois que leur soutien du Soudan n’est dans l’intérêt de personne. Mais il faut un vrai dialogue qui permette à la Chine d’exprimer ses opinions légitimes.

« Le Business n’est pas tout », note à son tour l’INDEPENDENT, soucieux de la question des Droits de l’Homme : « la Chine est loin d’être un pays libre ou démocratique ». Les restrictions sont nombreuses. Il y a aussi la question du Tibet et du Dalai Lama, puis la position de Pékin peu constructive à propos de la Birmanie et du Soudan ». L’EVENING STANDARD appelle également M. Brown à faire pression sur la Chine à propos de ces deux régimes et à être « un peu plus spécifique » à propos des Droits de l’Homme.*

III. AFFAIRES EUROPEENNES

La politique de Gordon Brown envers l’Europe

Gordon Brown a promis « une politique de plein engagement en Europe » lors d’un discours sur l’économie mondiale : l’approche « nouvelle » du Premier Ministre suscite, comme toujours lorsqu’il s’agit de l’Union européenne, des réactions contrastées.

« Enfin Brown se tourne vers l’avenir » : l’INDEPENDENT salue la vision « claire et audacieuse » du Premier Ministre, tout en regrettant qu’il ne l’ait pas présentée plus tôt. Le journal relève aussi le caractère « politique » de la démarche : alors que les Communes se préparent à débattre du Traité de Lisbonne, les conservateurs se montrent aussi divisés que jamais. Et il est dans l’intérêt de M. Brown de faire apparaître leurs contradictions. Pour l’INDEPENDENT, « l’Europe offre au Royaume-Uni sa meilleure chance » d’affronter l’avenir. Elle est le meilleur instrument pour lutter contre le réchauffement climatique, le protectionnisme. « M. Brown le sait. Il doit maintenant tenir ses engagements et persuader M. Sarkozy, Mme Merkel et M. Prodi de suivre son exemple ».

Philip Stephens du FINANCIAL TIMES ne partage pas cet optimisme : les réflexes au Royaume-Uni « restent toujours les mêmes : l’Europe est perçue davantage comme un problème plutôt qu’une chance ». « Le débat aux Communes sur le Traité de Lisbonne, au lieu d’éclairer l’opinion, risque de se transformer en guerre de tranchées ». De part et d’autre, c’est l’avantage politique à court terme qui prévaudra. Les partenaires du Royaume-Uni ne manqueront pas de s’interroger, à juste titre, sur la nouvelle approche de M. Brown. « Paris et Berlin ne cachent pas leur frustration face au manque d’engagement du Premier Ministre, et Downing Street montre de la réticence à parler de l’Europe ». En somme, M. Brown ne se démarque guère de ses prédécesseurs, et le Royaume-Uni va encore laisser passer une occasion.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028