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Semaine du 14 au 20 décembre

SEMAINE DU 14 AU 20 DECEMBRE

A la veille de la trêve de Noël, la presse s’est de nouveau interrogée sur la politique du gouvernement en matière de défense et sur la position du Labour dans les sondages. Les tensions dans les relations anglo-israéliennes ont suscité l’inquiétude des commentateurs. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : le sommet de Copenhague et la menace de l’Iran. Au chapitre européen, les journaux ont relevé les problèmes de la Grèce.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

1. La politique de défense

Réduction des financements d’un côté, augmentation des ressources pour la mission en Afghanistan, de l’autre : l’annonce du Ministère de la défense amène les principaux commentateurs à demander une réflexion plus profonde sur la politique de défense britannique.

C’est très bien de décider que l’achat et le déploiement de nouveaux hélicoptères en Afghanistan s’accompagneront de réductions dans d’autres secteurs, mais cela ne suffit pas, estime l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES. Selon le journal, la politique de défense est à un « tournant ». Etant donné l’état des finances publiques, il faudra réduire le budget militaire au cours des prochaines années, mais il est essentiel que le Royaume-Uni décide du rôle qu’il veut jouer, et avec quels alliés, avant de prendre des décisions à long terme.

Il est temps que le gouvernement révise sa stratégie, considérant non seulement ses besoins immédiats mais le rôle auquel le Royaume-Uni peut aspirer de façon réaliste, note de son côté l’INDEPENDENT.

Plus sévère le DAILY TELEGRAPH assure que « des réductions de dépenses ne constituent pas une stratégie » et que « sans vision cohérente du rôle que doit jouer à long terme le Royaume-Uni sur la scène mondiale, toute révision de la politique de défense sera inutile ».

Le TIMES critique à son tour le gouvernement, lui reprochant de rechercher des économies à court terme au risque de porter atteinte à la capacité militaire du pays : le journal déplore tout particulièrement le report de la construction de deux nouveaux porte-avions, qui au bout du compte coûteront plus que prévu. Et si le projet est finalement abandonné, ce sont des milliards (3,9 milliards de livres selon le budget initial) qui auront été gaspillés pour rien.

2. Le Labour et les sondages

La réduction de l’écart entre conservateurs et travaillistes se confirme dans les sondages (40% des intentions de vote pour les premiers contre 31% pour les seconds dans le dernier sondage ICM pour le GUARDIAN). La presse s’interroge sur la possibilité d’une élection au mois de mars plutôt qu’en mai comme prévu.

Tout en relevant qu’une différence de neuf points reste encore un grand obstacle pour le Labour, l’éditorial du GUARDIAN estime que plusieurs éléments pourraient l’inciter à une élection anticipée : le pays commence à y penser sérieusement. Le parlement termine sa session dans quelques semaines, et le budget d’avril prochain n’aurait probablement pas de grands changements économiques à annoncer. Le Labour semble maintenant prêt à se battre, commençant même à sentir un peu d’hésitation chez les Tories. M. Brown espère peut-être aussi qu’une campagne électorale fera oublier les questions qui se posent sur son leadership. Il n’est pas impossible non plus qu’il craigne un retour de la récession au premier trimestre 2010 après la bonne performance du dernier trimestre 2009. « M. Brown risque d’avoir du mal à résister à la tentation », conclut le journal.

Daniel Finkelstein du TIMES ne croit guère à des « rumeurs » lancées par les conservateurs pour mettre leurs militants sur le pied de guerre, mais selon lui « Gordon Brown serait fou d’avancer la date des élections quand son parti n’a que 30% des intentions de vote dans les sondages ».

3. Les relations anglo-israéliennes

Les relations entre le Royaume-Uni et Israël ont été mises à mal : l’ancien Ministre des Affaires étrangères israélien, Tzipi Livni, a annulé une visite à Londres après que des juges britanniques aient lancé contre elle un mandat d’arrêt pour crimes de guerre durant l’intervention militaire à Gaza l’hiver dernier. Plusieurs journaux regrettent qu’un allié ait été traité ainsi, mais le GUARDIAN ne partage pas leur avis.

Pour le TIMES, « la colère des Israéliens est compréhensible, d’autant que M. Ehoud Barak avait failli subir le même sort lorsqu’il a participé au congrès du Labour en septembre dernier » : « la justice britannique se ridiculise. La campagne visant les dirigeants israéliens n’est pas seulement frivole, elle est répugnante ». La juridiction universelle est certes honorable, et la condamnation de M. Karadzic par un tribunal international est justifiée. L’offensive de Gaza n’est cependant pas comparable au génocide de Srebenica. Elle est un chapitre dans la tentative d’Israël d’arrêter la violence contre les siens avant d’accepter la solution des deux Etats, que souhaitent à la fois Mme Livni et M. Barak. « La campagne judiciaire menée contre les dirigeants israéliens n’a rien à voir avec la justice. Elle est politique, et de nature déshonorante par-dessus le marché ».

La manière dont a été traitée Mme Livni « fait du tort à la réputation du Royaume-Uni », renchérit le DAILY TELEGRAPH, rappelant que, selon le récent rapport Goldstone, les deux parties au conflit de Gaza sont coupables au même titre. Le journal reproche au Foreign Office de chercher davantage à plaire aux dirigeants arabes qu’aux Israéliens « qui défendent le seul Etat démocratique de la région ». « M. Miliband doit s’assurer qu’il n’y ait pas de répétition d’un traitement aussi honteux envers un des principaux alliés du Royaume-Uni au Proche Orient ».

Le GUARDIAN développe l’argument inverse : la juridiction universelle est un élément essentiel du droit international. Sans elle, les crimes de guerre seraient impunis. Et c’est grâce à son principe qu’Israël a pu juger Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961. Ceux qui mettent en cause le fait qu’un mandat d’arrêt ait été lancé contre Tzipi Livni, ou tout autre dirigeant israélien ayant pris des décisions opérationnelles durant le conflit de Gaza, devraient se poser des questions. Le gouvernement britannique s’enorgueillit d’avoir renforcé la juridiction universelle. « En cherchant à calmer la colère d’Israël, il a fait du tort à la réputation de nos tribunaux ». De quel droit un Premier ministre ou un Ministre des Affaires étrangères présentent-ils des excuses pour les actions d’un organe de l’Etat sur lequel ils n’ont aucun contrôle ? Il est possible que le Royaume-Uni ait intérêt à maintenir ses contacts avec une ancienne ministre israélienne susceptible de revenir au pouvoir et davantage désireuse de poursuivre le processus de paix que le Premier ministre israélien actuel. « Il est aussi dans l’intérêt public que le Royaume-Uni respecte ses obligations dans le cadre de la quatrième Convention de Genève ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Le sommet de Copenhague

« Copenhague se termine sur un échec » (GUARDIAN), « Un accord de dernière minute qui ne satisfera personne » (DAILY TELEGRAPH), « La confusion » (FINANCIAL TIMES) : la déception à l’issue du sommet de Copenhague est perceptible dans les titres de une aussi bien que dans les commentaires.

Le verdict du FINANCIAL TIMES est sévère : ce « résultat grotesque » porte atteinte à la crédibilité de M. Obama. L’accord mis en place n’est qu’une déclaration d’intentions. Malgré des négociations ayant duré plus de deux ans, on a l’impression qu’il n’y a pas eu de travail de préparation. « Copenhague a été pire qu’inutile », car l’élan risque d’être perdu. Selon le journal, le réchauffement climatique nécessite certes une coopération mondiale, mais il sera difficile de parvenir à un accord contraignant sur les émissions. Peut-être vaudra-t-il mieux réduire les ambitions : faire preuve de davantage de pragmatisme et de souplesse. La Chine et les Etats-Unis pourraient donner l’exemple en commençant par annoncer des politiques unilatérales.

Le DAILY TELEGRAPH regrette lui aussi l’accord « feuille de vigne » de Copenhague : il s’agit d’une déclaration d’intentions dépourvue de toutes contraintes. Pour le journal, le grand obstacle vient de l’écart entre pays riches et pays en développement. Il y a aussi l’incertitude de la Chine.

L’éditorial du GUARDIAN rappelle qu’il y a seulement deux ans « les dirigeants mondiaux juraient que ce sommet changerait l’ordre mondial en termes d’émissions de carbone ». Or, l’accord conclu à Copenhague n’en a même pas posé les fondations. « Le progrès sur l’assistance financière est certes bienvenu, mais la communauté internationale ressemble à un alcoolique qui a décidé de mettre de l’argent de côté pour une greffe du foie plutôt que d’arrêter la boisson », ajoute le journal, qui estime cependant que le sommet a apporté une leçon utile : les pays occidentaux ont dû reconnaître que le monde ne sera pas sauvé par « des diktats mais seulement par un dialogue authentique ».

L’INDEPENDENT estime pour sa part que les participants au sommet ont « laissé passer une occasion » : ils n’ont fait que « des petits pas de bébé. En 2010, ils devront faire des pas de géant ». Pour l’OBSERVER également, ce « compromis inélégant » doit inciter la communauté internationale à se remettre immédiatement au travail.

Seul le TIMES voit dans Copenhague une « étape importante » : de nombreux problèmes ont été mis en évidence. La Chine et les Etats-Unis ont pris des engagements bienvenus. Il revient désormais aux dirigeants politiques de défendre leurs arguments auprès des électeurs.

2. Les tensions avec l’Iran

L’existence de documents secrets - mentionnée par le TIMES - montrant que l’Iran est en train de mettre au point un élément crucial pour la fabrication d’une bombe atomique a relancé le débat sur de nouvelles sanctions. Le tir d’un missile iranien a renforcé dans leur position les partisans de la fermeté.

L’éditorialiste du TIMES dénonce « la duplicité de l’Iran » et assure que la perspective de la bombe dans ce pays est alarmante : une fois cette acquisition faite, le régime n’hésitera pas à soutenir les mouvements terroristes ; il menacera la cohésion de toute la région et cherchera invariablement à attiser les conflits. Tous les signes d’une avance iranienne dans la réalisation de ses ambitions nucléaires sont là, et les pays occidentaux ne doivent pas attendre que « quelque chose de mauvais se produise ».

Bronwen Maddox, dans le même journal, estime que de nouvelles sanctions pourraient avoir « une petite chance de persuader l’Iran de mettre fin à son programme nucléaire ou même de renverser le régime ». Il faut pour cela que les diplomates passent à l’action. « C’est un front uni des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Russie et de la Chine qui aurait le plus de poids…à condition que les diplomates agissent sans tarder », conclut la journaliste.

L’éditorialiste du GUARDIAN reste hostile aux sanctions : « il n’y a pas de bonnes options, mais les Etats-Unis ne sont pas obligés de choisir la pire (après celle de l’intervention militaire) ». On n’a pas laissé à la diplomatie le temps de donner des résultats et il ne fallait pas limiter les négociations à l’enrichissement. Il y a d’autres ouvertures possibles, et le dialogue, loin de soutenir automatiquement un régime qui interdit les protestations, pourrait être utilisé pour accentuer les divisions. Un dialogue « intelligent » (smart) pourrait s’avérer plus fructueux que des sanctions « intelligentes ».

III. AFFAIRES EUROPEENNES

Les difficultés financières de la Grèce

La presse eurosceptique prend pour prétexte les difficultés de la Grèce pour dénoncer le « laxisme » de l’Union monétaire.

Ainsi du DAILY TELEGRAPH qui estime « le moment venu pour rappeler que les règles pour la gouvernance de la zone euro ont été, pour des raisons politiques, assouplies afin de faciliter l’entrée de pays qui n’étaient pas prêts à la rigueur financière nécessaire ». Pour le journal, il est trop tôt pour affirmer que l’euro est un échec. Le coût et les risques qui résulteraient d’une dislocation de la zone seraient considérables, et l’euro s’est déjà sorti de bien des mauvaises passes. Il n’en est pas moins contraint de faire avec le laxisme de ses membres et autorités. La BCE a, durant la crise actuelle, permis à de nombreux pays de ne pas respecter les règles sur les déficits budgétaires. Celui de la Grèce atteint 12% du PIB, au lieu de la limite de 3%. Mme Merkel parle de responsabilité collective des membres de la zone euro, ce qui implique le sauvetage de la Grèce. Elle va devoir persuader les Allemands, qui l’ont réélue et qui bénéficient de l’économie la plus saine de toute la zone euro, qu’ils devront payer le prix de l’unité européenne.

« La tragédie de l’économie grecque prouve que l’euro est un désastre », clame le SUN, sans nuances.

Le FINANCIAL TIMES reconnaît les problèmes et « les travaux d’Hercule » qui attendent le Ministre des Finances grec : selon le journal, les mesures annoncées sont de ce fait « bienvenues » car la Grèce « n’a pas d’autre choix qu’une consolidation budgétaire extrême ». « Le gouvernement doit montrer davantage de courage encore », renchérit THE ECONOMIST, selon lequel le retour à la crédibilité budgétaire doit être la priorité. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028