Semaine du 14 au 20 avril

SEMAINE DU 14 AU 20 AVRIL

Les difficultés de Gordon Brown se sont poursuivies au Royaume-Uni. Mais, de l’avis des commentateurs, le Premier Ministre a obtenu une sorte de succès aux Etats-Unis bien que sa tournée ait été en partie éclipsée par celle du pape Benoît XVI. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : le Zimbabwe, et la victoire de Silvio Berlusconi en Italie.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Les difficultés de Gordon Brown

Alors que la crise économique continue de faire les grands titres de la presse, les commentateurs commencent aussi à s’interroger sur les divisions au sein du gouvernement. L’annonce du Ministre du Commerce, Digby Jones, qu’il ne soutiendrait pas Gordon Brown avant la prochaine campagne électorale, a contribué à renforcer l’impression de flottement.

Le GUARDIAN s’interroge sur la « grande tente », ou le gouvernement « de tous les talents », constitué par M. Brown lors de son arrivée au pouvoir : bien des ministres aujourd’hui ne semblent plus avoir à cœur une nouvelle victoire du Labour. Contrairement à Tony Blair qui, au moment de ses crises les plus graves, trouvait toujours des personnalités du Labour pour prendre sa défense, le Premier Ministre paraît bien isolé. Il aurait certainement mieux fait au départ de constituer une forte équipe capable d’affronter les tempêtes. Il lui reste désormais deux options : conserver son gouvernement intact pour ne pas ajouter à l’instabilité, ou entreprendre un remaniement après les élections municipales.

Trevor Kavanagh du SUN évoque un risque de « mutinerie » au sein du Labour : M. Brown avait persuadé son parti qu’il était le seul capable de remplacer Tony Blair, mais il s’avère une énorme déception. Les derniers sondages montrent une chute de popularité qui ne s’était jamais vue pour un Premier Ministre en fonction depuis que Neville Chamberlain s’était abaissé devant Hitler. Plus personne au gouvernement ne compte sur une quatrième victoire électorale, et de nombreux députés commencent déjà à penser à un futur emploi.

Pour l’INDEPENDENT, la crise « va s’aggravant » : le journal se réfère notamment à un sondage auprès des dirigeants d’entreprises dont seuls 18% affirment avoir confiance dans les compétences de Gordon Brown. Concernant Alistair Darling, le chiffre tombe à 9%. John Rentoul, dans l’INDEPENDENT ON Sunday, va plus loin : selon lui, Gordon Brown est devenu un handicap, et les travaillistes sont en train de comprendre qu’il ne pourra pas mener leur parti à la victoire aux prochaines élections.

Le DAILY TELEGRAPH rappelle enfin tous les « casse-tête » qui attendent le Premier Ministre lors de la rentrée du Parlement : l’affaire des impôts (suppression de la tranche des 10%), les 42 jours de détention préventive, sans parler des élections municipales.

2. La tournée du Premier Ministre aux Etats-Unis

« Dans l’ombre de Tony Blair » et en « compétition » avec le pape Benoît XVI : la tournée américaine de Gordon Brown n’avait pas commencé sous les meilleurs auspices. Mais de l’avis des commentateurs, le Premier Ministre a su redonner tout son sens à la relation spéciale.

Le TIMES parle de « succès » pour Gordon Brown : « le Premier Ministre britannique s’est montré beaucoup plus à l’aise » avec le président américain que lors de sa première visite en juillet dernier, et il lui a rendu hommage pour son action en matière de lutte contre le terrorisme. L’importance de la relation spéciale a également été mise en évidence par la décision des trois candidats à la Maison Blanche d’interrompre leur campagne électorale pour rencontrer le Premier Ministre britannique.

Pour le FINANCIAL TIMES, M. Brown a utilisé un langage qui « a rappelé celui de M. Blair » et montré une unité de vue avec M. Bush, notamment sur la question de l’Iran. Le GUARDIAN, dans la même ligne, relève que « la relation spéciale entre dans une nouvelle phase ».

Con Coughlin, dans le DAILY TELEGRAPH, en est moins convaincu : « Gordon Brown aime sans doute l’Amérique, mais la réciproque n’est pas garantie ». Les Américains le connaissent mal ou pas du tout, et il n’a pas fait beaucoup d’efforts, cherchant plutôt à prendre ses distances de M. Bush pour satisfaire la majeure partie du Labour. Pour le commentateur, le Royaume-Uni avec Tony Blair a été un important allié de Washington en Irak et en Afghanistan. « M. Brown, pour sa part, semble incapable de montrer le leadership nécessaire » pour assurer le succès de la mission dans ces deux pays.

L’Irak est évoqué par quelques autres commentateurs, dont Bronwen Maddox du TIMES, qui estime que « la mission de Gordon Brown à Washington aurait semblé plus cohérente » s’il avait clarifié la position du Royaume-Uni sur la question. Le moment est venu pourtant de le faire : avec Tony Blair, il était entendu que le Royaume-Uni resterait en Irak jusqu’au bout, puis se retirerait lentement. Avec Gordon Brown, il a d’abord été question d’un retrait rapide. Maintenant on parle d’un maintien probable des forces. Comme pour le Zimbabwe, le Premier Ministre cherche à préserver ses options. Mais, c’est une tactique qui ne sert les intérêts de personne.

Deux journaux analysent avec intérêt la nouvelle vision du monde de Gordon Brown, telle qu’il l’a présentée dans son discours de Boston. Pour l’INDEPEDENT, le but de la visite du Premier Ministre n’était pas de faire l’éloge de George Bush, mais de défendre la réforme des institutions politiques et financières internationales. C’était cela l’important, mais il reste à voir comment réagira le prochain président à ces propositions.

Le GUARDIAN prend note de l’appel à la coopération internationale lancé par Gordon Brown : l’univers qu’il décrit est bien différent de celui que Tony Blair et George Bush ont construit ensemble. Il répudie un monde sans règles où l’interventionnisme justifie des actions comme la guerre en Irak. Mais pour le journal, pour que ces propos signifient quelque chose, le Premier Ministre doit avoir l’appui du prochain président américain et de l’Europe. « Prêcher l’harmonie mondiale n’est pas la même chose que la réaliser ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Le Zimbabwe

De plus en plus de journaux estiment que la solution dépend désormais de l’Afrique.

L’INDEPENDENT s’inquiète des tactiques d’intimidation de M. Mugabe qui sont « malheureusement efficaces » et lui permettent de reprendre le dessus. Le journal reproche aux Etats voisins, et en particulier à l’Afrique du Sud, d’avoir « laissé tomber le peuple du Zimbabwe » : Il est évident que la « diplomatie tranquille » de M. Mbeki a échoué. « Il est temps que l’Union Africaine, qui s’enorgueillit de ses exigences en matière de Droits de l’Homme et de démocratie, s’implique et condamne M. Mugabe. Sa crédibilité en dépend, et les pays occidentaux doivent en faire une condition pour la poursuite de leur soutien politique et financier ». C’est aussi la ligne que défend le FINANCIAL TIMES : « si l’Union Africaine veut conserver sa crédibilité, elle doit se faire entendre maintenant et dénoncer M. Mugabe ».

Le DAILY TELEGRAPH continue de pointer le doigt sur M. Mbeki : représentant le pays le plus puissant d’Afrique, il a « l’obligation spéciale » d’agir. Si M. Mugabe est déterminé à mener un régime illégal, ce qui sera le cas s’il refuse un second tour d’élections, le président sud-africain doit avoir le courage de le dire. The ECONOMIST critique plus ouvertement encore le président sud-africain « qui a prolongé l’agonie du Zimbabwe » : le fait que M. Mbeki refuse d’admettre qu’il existe une crise dans ce pays laisse à penser que l’Afrique du Sud est frappée d’une « crise morale ». Défendre un gouvernement d’unité nationale qui laisserait au pouvoir le Zanu, « un parti aussi corrompu que M. Mugabe » est une grave erreur. La population n’en veut plus. Pourquoi M. Mbeki veut-il aller contre les vœux de la majorité ?

2. La victoire de Silvio Berlusconi

« Un retour malvenu » (INDEPENDENT), « Un Premier Ministre sans pouvoir » (GUARDIAN) : la presse a accueilli sans le moindre enthousiasme la victoire de Silvio Berlusconi, estimant le nouveau Premier Ministre incapable de résoudre les problèmes de l’Italie.

Pour le GUARDIAN, les électeurs italiens ont opté pour la paralysie, et le vainqueur ne pourra faire « ni beaucoup de bien ni beaucoup de mal ». Cette élection ne résout rien. L’Italie souffre de graves difficultés économiques et de profondes inégalités, tout en ayant un système politique qui empêche le changement. Les Italiens votent pour la plupart pour la droite jusqu’à ce qu’elle échoue, puis soutiennent ensuite mollement une gauche trop faible pour agir. Tout laisse à penser que le schéma va se répéter avec la dernière élection. Ce 62ème nouveau gouvernement de l’Italie d’après-guerre risque fort d’être suivi rapidement d’un 63ème et par de nouvelles élections probablement aussi peu concluantes.

M. Berlusconi a peut-être remporté une victoire décisive, mais « rien n’indique qu’il soit devenu un chef d’Etat », renchérit le FINANCIAL TIMES voyant dans le résultat de ce scrutin « l’expression de la colère » des Italiens à l’égard du précédent gouvernement plutôt que celle d’une grande foi dans le nouveau Premier Ministre. Dans la même ligne, le TIMES s’interroge sur le « zèle réformateur » de M. Berlusconi car son bilan passé « n’est pas encourageant ».

Le DAILY TELEGRAPH assure qu’aucun des candidats n’avait de « programme convaincant » pour résoudre les problèmes d’un pays « qui est le malade de l’Europe » alors qu’il lui faudrait un dirigeant de la trempe de Margaret Thatcher dans les années 80 : la division entre le nord et le sud reste le problème le plus effrayant. Il faudra des dizaines d’années d’investissement dans les infrastructures et l’éducation, ainsi qu’une réelle détermination à briser le pouvoir de la mafia. Sans un leadership exceptionnel, il sera impossible de guérir le pays.

L’INDEPENDENT affiche le même pessimisme : M. Berlusconi « représente le pire aspect de la politique traditionnelle en Italie ». Il se préoccupe avant tout de ses propres intérêts et de ceux qui lui apportent leur aide. S’il ne change pas, l’Italie peut se préparer à cinq nouvelles années de régression./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028