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Semaine du 13 au 19 octobre

SEMAINE DU 13 AU 19 OCTOBRE

La semaine a encore été dominée par la crise financière et a permis au Premier Ministre britannique d’affirmer son leadership : que ce soit pour son plan de sauvetage des banques nationales ou sa participation au sommet de Bruxelles, Gordon Brown a vu sa popularité remonter dans les médias et obtenu indiscutablement une période de répit. Au chapitre international, l’impasse au Zimbabwe donne lieu à plusieurs commentaires. Les journaux s’interrogent également sur les relations des pays occidentaux avec la Russie.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

Gordon Brown et la nationalisation des banques

Même s’il a pris une décision, qui aurait semblé inimaginable il y a quelques mois (nationalisation des grandes banques britanniques), Gordon Brown est soudain présenté comme l’homme de la situation, voire un « Churchill des temps modernes ». Sera-t-il le sauveur du système financier international ou ce ne sera-t-il qu’un triomphe de courte durée ? La presse reste prudente, d’autant que la hausse du chômage (la plus forte en 17 ans) et la crainte d’une récession assombrissent soudain le tableau.

Pour Peter Riddell du TIMES, « le rebond de M. Brown est réel, mais sans doute insuffisant » pour donner des chances réalistes de victoire au Labour : le Premier Ministre est incontestablement en meilleure position. Une deuxième chance s’offre à lui. Mais lorsque la récession commencera à se faire sentir, que le chômage et le coût de la vie augmenteront, la situation risque d’être à nouveau moins confortable pour lui .

« Celui qui faisait jusqu’alors figure de personnage tragi-comique est devenu soudain le modèle à suivre » écrit Gideon Rachman dans le FINANCIAL TIMES. Selon le commentateur, les crises définissent les hommes politiques, et le contraste entre M. Brown et M. Bush est à cet égard frappant : le Premier ministre britannique qui jusqu’à présent semblait indécis et robotique apparaît soudain déterminé, tandis que le président américain, normalement décidé et alerte, cède à la panique. En revanche, si la situation financière continue de se détériorer, M. Brown risque d’être dépassé par les événements et il pourrait alors bien finir du côté des perdants.

Dans la même ligne, Polly Toynbee du GUARDIAN invite M. Brown à ne pas laisser ce moment de gloire lui « monter à la tête » : regagner l’opinion britannique au cours de la récession qui commence sera une tâche autrement plus ardue. C’est aussi l’avis de l’éditorialiste de l’INDEPENDENT : la mise à l’épreuve du Premier Ministre se fera réellement au moment où le public devra payer par des hausses d’impôts le plan de sauvetage des banques, que les emplois disparaîtront et que le niveau de vie diminuera. Pour le journal, « M. Brown peut bien se prendre pour le Churchill des temps modernes », mais ce n’est pas cela qui le sauvera. « Après tout Churchill a perdu l’élection de 1945, les Britanniques ayant décidé que les mérites de ce héros de la guerre ne compensaient pas les défauts d’un parti responsable de leurs maux ».

Pour THE ECONOMIST, la question n’est pas de savoir si le rebond de M. Brown va durer et lui permettre de gagner les prochaines élections. Les élections n’auront pas lieu avant 2010 et d’ici là la récession aura eu des répercussions imprévisibles. Ce qui compte c’est de voir s’il peut se conduire en Premier Ministre efficace de façon durable. « Saura-t-il maintenir l’élan politique et intellectuel qu’il a montré durant la crise » ?

La presse ne remet toutefois pas en cause le plan de sauvetage et la nationalisation des grandes banques. Il ne s’agit pour le TIMES et le FINANCIAL TIMES que d’une décision « temporaire » dans le but de sauver les marchés et de lutter contre la dépression. « Le capitalisme reste encore le meilleur système pour créer les richesses et donner leurs chances à des millions de personnes », souligne le TIMES qui appelle cependant à « davantage de transparence et une meilleure supervision à l’échelon mondial ».

« C’est la fin du capitalisme irresponsable et le début d’une ère nouvelle », clame pour sa part l’INDEPENDENT, tandis que le GUARDIAN annonce « la fin des vieilles certitudes » et estime qu’il faut de « nouvelles idées pour tirer parti de cette transformation ». Le journal appelle notamment à une nouvelle réglementation de la finance et à une réforme des banques.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

L’impasse au Zimbabwe

La presse dénonce une nouvelle fois M. Mugabe, plus soucieux de maintenir son emprise que de « partager le pouvoir » et combattre la crise qui ravage son pays.

« Le cynisme de M. Mugabe est désormais évident », écrit l’éditorialiste du TIMES qui souligne que le président du Zimbabwe n’a nullement l’intention de partager le pouvoir avec le chef de l’opposition, Morgan Tsvangirai. Il a gardé les principaux ministères pour son propre parti pourtant minoritaire, le Zanu, laissant à son adversaire le calice empoisonné du Ministère des Finances. M. Tsvangirai a raison de refuser la conclusion d’un accord sur cette base. Mais sa position n’est pas facile. Il a certes l’autorité morale, obtenu une victoire électorale (son parti est majoritaire au parlement), mais cela compte peu face aux intimidations, à la ruse de l’équipe sur laquelle M. Mugabe exerce toujours son contrôle. Pour le journal toutefois, à long terme, le temps joue en faveur de M. Tsvangirai. Avec la démission du président sud-africain, M. Mbeki, M. Mugabe a perdu son seul défenseur. Les Etats voisins du Zimbabwe s’impatientent de plus en plus. Si M. Mugabe n’accepte pas un accord rapidement, il se retrouvera totalement isolé. « C’est lui et ses acolytes qui ont le plus à perdre ».

Le DAILY TELEGRAPH reprend certains de ces arguments, mais sa conclusion est plus tranchée : M. Tsvangirai devrait se retirer des négociations, « sinon il court le risque de se voir reprocher une situation économique catastrophique à laquelle il ne peut rien ». « Le temps est de son côté. M. Mugabe va être de plus en plus isolé. Qu’il les laisse, lui et son parti, mijoter dans leur jus ! ».

THE ECONOMIST ne croit plus au rôle de médiateur de l’ex président sud-africain, M. Mbeki : mieux vaudrait que son successeur, Jacob Zuma, prenne la place ou, s’il ne le souhaite pas, faire appel à M. Kofi Annan, « un négociateur avéré » qui a déjà fait ses preuves cette année au Kenya et « possède les qualités qui manquent manifestement à M. Mbeki ». Selon l’hebdomadaire, il est temps de faire clairement comprendre à M. Mugabe qu’il a fait son temps et d’empêcher ainsi le Zimbabwe de sombrer.

III. AFFAIRES EUROPEENNES

1. Le sommet de Bruxelles

L’Europe unie autour d’une réforme du système financier international : la presse britannique a largement titré sur ce thème, soulignant que cette idée a été vivement soutenue par Gordon Brown.

Les journaux n’ont pas manqué de relever le nouveau statut du Premier Ministre britannique sur la scène européenne, aujourd’hui applaudi alors qu’il passait plutôt pour un « outsider ». « Le vilain anglo-saxon devient un visionnaire européen », écrit le GUARDIAN, sous la plume de son correspondant Ian Traynor.

Le TIMES veut néanmoins voir une « rivalité » entre M. Brown et M. Sarkozy, le président de la République ayant lui-même fait ses propres propositions pour ne pas « se laisser battre » par son partenaire britannique. Le journal souligne que le plan de M . Brown va plus loin que celui de M. Sarkozy en ce qu’il appelle à une relance des négociations commerciales pour lutter contre la récession.

M. Sarkozy et M. Brown « ont joué des coudes », note à son tour l’INDEPENDENT. L’éditorialiste du journal estime cependant que le sommet de Bruxelles a été un bon point pour l’Europe : « après quelques difficultés initiales, les dirigeants européens se sont ressaisis et se sont unis autour des principes d’un plan de sauvetage, qui a peut-être été inspiré par le modèle de celui de M. Brown et de M. Darling, mais qui est aussi dans la ligne des préférences de l’Europe continentale ( rôle partiel de l’Etat et limites aux excès du marché). L’Europe est peut-être en train de se rapprocher plus qu’on ne le pense d’une politique économique commune qui ne serait pas seulement limitée aux pays de la zone euro, comme le montre l’engagement du Royaume-Uni. L’Union européenne fait souvent l’objet de comparaisons négatives avec les Etats-Unis lorsqu’il s’agit de sa capacité à agir. « Mais dans cette crise elle a agi vite et avec cohésion à l’envie de certains de nos amis d’outre Atlantique »

Le FINANCIAL TIMES considère, lui aussi, que « l’Union européenne peut se féliciter du résultat du sommet de Bruxelles » : face à la crise financière, les pays de la zone euro ont mis au point un plan de sauvetage radical et les 27 Etats membres ont approuvé un ensemble de mesures qui ont aidé à soulager les pressions sur le marché inter-bancaire à défaut de calmer les craintes de récession. Pour le journal, ce n’est toutefois pas une raison pour remettre en cause les institutions. Les gouvernements nationaux se sont peut-être montrés à la hauteur de la situation, mais ce n’est pas tout : alors que le ralentissement économique se fait sentir en Europe, il existe un risque de fragmentation. Les pays les plus pauvres s’inquiètent des projets de l’Union, notamment en matière d’environnement. La Commission européenne joue un rôle vital dans la défense des grands principes européens – ouverture des marchés, concurrence, finances publiques – même si elle doit s’adapter aux nouvelles circonstances. Les gouvernements nationaux ont le devoir de soutenir la Commission dans son rôle d’arbitre. L’Union européenne a besoin de dirigeants nationaux pragmatiques et audacieux. Mais les institutions européennes doivent assurer l’unité dans la diversité, conclut le FT.

2. Les relations Europe/Russie

L’Europe doit-elle reprendre les négociations sur un nouveau partenariat avec la Russie ? : le Royaume-Uni s’y oppose, comme le fait une partie des médias.

Si le président Sarkozy est « pour le dialogue », le Royaume-Uni estime que ce n’est pas le moment, écrit le DAILY TELEGRAPH. Un point que développe longuement un éditorial de THE ECONOMIST : pour l’hebdomadaire, il y a une raison importante à cela, c’est que les troupes russes ne se sont pas réellement retirées de Géorgie, tandis que les observateurs européens n’ont toujours pas accès aux deux territoires contestés. Or la Géorgie et le Caucase ont un rôle critique à jouer pour la sécurité de l’énergie en Europe. Si l’Union européenne donnait le feu vert maintenant aux discussions sur un nouveau partenariat, elle ferait preuve d’une pusillanimité étonnante. « La Russie doit pour le moins honorer ses engagements », sur le retrait et l’admission des observateurs européens.

Pour Simon Tisdall du GUARDIAN, il est en revanche temps de réviser les politiques aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis : « les injures américaines et les hésitations de l’Europe aggravent les choses ». Les experts estiment qu’il ne faut pas laisser la situation se détériorer et qu’une nouvelle approche basée sur le respect mutuel est souhaitable, d’autant que la crise financière a montré l’interdépendance croissante entre la Russie et les pays occidentaux../.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028