SEMAINE DU 13 AU 19 AOUT
Alors que les sondages favorables à Gordon Brown ont amené la presse à évoquer des élections anticipées, le parti conservateur a présenté un rapport clarifiant ses projets. La publication d’un Livre Blanc du First Minister écossais a par ailleurs relancé le débat sur l’indépendance. Deux dossiers ont dominé les affaires internationales : l’Afghanistan et la possibilité d’un dialogue avec le Hamas.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Gordon Brown et les sondages
Si l’on en croit les sondages, tout va pour le mieux pour Gordon Brown : le Labour a une avance de plus de dix points sur les conservateurs ; le Premier Ministre a été applaudi pour sa bonne gestion des diverses crises de l’été. Quelques commentateurs estiment que le moment est venu d’annoncer des élections anticipées.
C’est le cas de Michael Brown de l’INDEPENDENT : pour le journaliste, il ne faut plus tarder. Octobre doit être la limite. Après cela, les électeurs commenceront de ressentir les effets de la hausse des taux d’intérêt (remboursement des emprunts), et les conservateurs auront eu le temps de se rétablir. Une élection en octobre permettrait à M. Brown de faire du discours du Trône son manifeste électoral. Elle aurait également l’avantage de repousser les discussions sur le nouveau Traité européen.
THE OBSERVER croit savoir que le Premier Ministre a déjà préparé son équipe à une telle éventualité, mais ne prendra sa décision que dans le courant de septembre. Selon le Sunday TELEGRAPH, David Cameron a, de son côté, demandé aux Tories d’être prêts dans trois semaines.
L’éditorialiste du GUARDIAN pense en tous cas que l’euphorie ne va pas durer. Depuis son arrivée au pouvoir, Gordon Brown a pu annoncer toute une série d’investissements. Il a en effet davantage de marge de manœuvre que Tony Blair qu’il maintenait dans l’ignorance de l’état des caisses du Trésor et sait, avant même le budget, quel sera l’argent disponible. Mais une livre dépensée ne pourra plus être utilisée ultérieurement. Il ne pourra pas transformer l’état des ressources, du moins tant qu’il n’augmentera pas les impôts.
2. Le programme des conservateurs
Les conservateurs de leur côté fourbissent les armes contre le Labour : ils annoncent l’abolition de l’impôt sur les successions et prévoient une simplification de la réglementation qui rapporterait 14 milliards de livres par an aux entreprises. Ils évoquent par la même occasion une guerre contre Bruxelles, ce qui fait réapparaître les divisions traditionnelles de la presse.
Pour le Labour, il s’agit d’un net « virage à droite » du parti conservateur. Le GUARDIAN parle de « marche arrière », et Polly Toynbee, dans le même journal, assure que David Cameron ne tardera pas à regretter d’avoir laissé « sortir de leur cage ces reliques néo-conservatrices » : John Redwood et George Osborne, les principaux auteurs du rapport, « qui se lancent dans un combat mortel avec le reste de l’Europe ». Le parti conservateur montrera qu’il « a perdu la tête » s’il adopte leurs propositions et fournira de bonnes munitions au Labour, conclut la journaliste. THE INDEPENDENT perçoit « un peu trop l’héritage de Thatcher » dans le programme des conservateurs, « même si certaines de leurs idées sont justes ».
Le FINANCIAL TIMES est plus mesuré, mais se montre néanmoins inquiet des « instincts anti-européens » des conservateurs : « les propositions qu’ils avancent sont un mélange de bonnes idées (comme la simplification du régime fiscal des entreprises) et d’euroscepticisme dangereux ». Il est impossible de vouloir ignorer ou adopter les réglementations européennes sans renégocier l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union. Demander des opt-outs (clauses d’exemption) en matière de législation sociale et du travail est imaginable mais inquiétant. Quant à suggérer un retour des pouvoirs de régulation à la Banque d’Angleterre, cela relève d’une nostalgie injustifiée. M. Cameron doit faire son choix de façon judicieuse s’il veut convaincre les entreprises et ne pas s’aliéner les électeurs, conclut le FT.
La presse conservatrice eurosceptique se félicite, comme le DAILY TELEGRAPH, de voir enfin les Tories proposer de « la substance » : un abaissement des impôts, l’adoption d’une ligne plus ferme vis-à-vis de l’Europe, un renforcement des contrôles de l’immigration sont l’expression des bonnes vieilles valeurs traditionnelles. « Le parti commence à mettre en place ses priorités ».
« Les Tories montrent enfin qu’ils ont quelque chose dans le ventre. Ils doivent avoir le courage d’aller jusqu’au bout », renchérit le DAILY MAIL. Pour le SUN, comme pour le DAILY EXPRESS, la promesse d’une suppression de l’impôt sur les successions (sur la résidence principale) ne peut que « faire gagner des voix parmi les électeurs ».
3. La question écossaise
En proposant une « conversation nationale » sur l’avenir de l’Ecosse, Alex Salmond, nouveau First Minister et dirigeant du SNP (parti national écossais), a relancé le débat sur l’indépendance, une perspective qui reste fort controversée.
La presse reconnaît, à l’instar du GUARDIAN et du FINANCIAL TIMES , « l’habileté de la manœuvre » de M. Salmond. Pour le TIMES, le dirigeant politique écossais a su tirer parti de « la confusion et des contradictions » de ses adversaires. Le journal estime que le parti travailliste devrait prendre le First Minister à son propre jeu : accepter un référendum sur l’indépendance que les Ecossais rejetteraient presque certainement.
Un point que reprend l’INDEPENDENT, en soulignant que seuls 31% des Ecossais veulent l’indépendance. Mais, pour le journal, il est peu probable que Gordon Brown souhaite s’engager sur ce terrain en ce moment, d’autant qu’une campagne mettrait en avant la forte dépendance du gouvernement vis-à-vis des sièges du Labour en Ecosse : sans leur présence à Westminster, les conservateurs auraient presque la majorité.
Autre possibilité évoquée par le FINANCIAL TIMES qui l’estime bienvenue : celle d’une extension de la dévolution et d’un accroissement des pouvoirs du parlement écossais. Pour le journal, la question est de savoir si une plus grande autonomie permettrait à l’Ecosse de moins dépendre des subventions du Royaume-Uni et d’avoir une économie plus dynamique. « L’Ecosse ne pourra décider de son avenir (au sein de l’Union ou en dehors) que lorsqu’elle aura les moyens et la compétence nécessaires pour assurer sa prospérité ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. La situation en Afghanistan
L’Afghanistan revient au centre des préoccupations du Royaume-Uni ainsi que l’illustrent les diverses déclarations des dirigeants politiques, y compris de l’opposition. Pour Des Browne, Ministre de la Défense, il s’agit d’un « engagement à long terme », contrairement à ce qu’avait déclaré son prédécesseur, John Reid.
L’INDEPENDENT s’interroge sur les objectifs du gouvernement : il est temps d’adopter une approche fondée sur le réalisme plutôt que l’optimisme. Le Premier Ministre doit reconnaître que le gouvernement de M. Karzai est affaibli et qu’une bonne partie du pouvoir est aux mains des barons de la drogue et des seigneurs de la guerre locaux. Il doit accepter l’idée que l’on ne pourra mettre totalement en échec les Taliban tant qu’ils pourront se réfugier au Pakistan. Il doit reconnaître aussi que la politique d’éradication du pavot n’a donné aucun résultat si ce n’est d’aliéner les agriculteurs afghans. En fait, la population locale semble de plus en plus hostile à la présence des forces étrangères. Telle est la réalité du terrain et les dirigeants politiques doivent en tenir compte avant de déterminer leur ligne d’action. Le gouvernement manquerait à ses devoirs s’il se contentait de poursuivre la même politique défaillante.
2. La politique envers le Hamas
Un rapport de la Commission pour les Affaires étrangères des Communes a critiqué le gouvernement britannique pour sa politique au Proche-Orient et son refus de dialoguer avec le Hamas. Pour le président de cette Commission, une telle approche est « contre-productive ». Il faudrait au contraire trouver un moyen d’amener les éléments modérés de cette organisation à accepter les principes du Quartet et à participer au processus de paix. La feuille de route ne répond plus aux exigences de la situation. Il faut persuader Israël d’engager des négociations avec le président Abbas sur les questions vitales des frontières et du statut de Jérusalem, et dans toutes les discussions, Gaza ne doit pas être tenu à l’écart.
Ce rapport a été longuement évoqué par la presse. Le GUARDIAN a ouvert ses colonnes aussi bien à l’ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni, qui rejette toute idée de dialogue avec le Hamas, qu’à un représentant du Bureau politique du Hamas qui se déclare « prêt à discuter ».
Ben Macintyre dans THE INDEPENDENT assure pour sa part que « les Européens et les Américains, qu’ils le veuillent ou non, devront finir par discuter avec le Hamas » : on voit mal comment le président Abbas et son Premier Ministre pourraient faire figure de héros au sein de leur propre peuple s’ils n’obtiennent pas de réels progrès en vue de mettre fin à l’occupation et d’aboutir à une solution permanente du conflit. L’exclusion du Hamas risque fort de renforcer les partisans de la ligne dure et de marginaliser les éléments plus modérés qui avaient gagné du terrain lors des élections de 2006. Même s’il n’est pas un mouvement sympathique, le Hamas, qui est en grande partie responsable du problème, devra aussi participer à la solution./.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028