SEMAINE DU 12 AU 18 SEPTEMBRE
Le rapport Vickers pour la réforme des banques, publié le 12 septembre, a suscité un vif intérêt qu’est venue renforcer l’affaire du « trader malhonnête » d’UBS. La presse a plutôt boudé le congrès des syndicats (TUC) et n’a pas montré beaucoup d’enthousiasme pour la visite-éclair de David Cameront en Russie. La visite de Nicolas Sarkozy et David Cameron en Libye a reçu une bonne couverture médiatique, les journaux soulignant l’accueil réservé aux « héros de la révolution », certains s’interrogeant parfois sur le côté prématuré de la démarche. L’Afghanistan et la question de la Palestine ont attiré également l’attention des rédactions. Une fois de plus, la crise de l’euro a dominé les affaires européennes et l’actualité économique.
I. ROYAUME-UNI
1. La réforme des banques
« Le plan Vickers bouleverse la City » : à l’instar du FINANCIAL TIMES, tous les journaux ont analysé la proposition de réforme « la plus radicale à laquelle devrait être soumise la City depuis la déréglementation de 1986 » : si elle va de l’avant, les banques devront augmenter leur capital et séparer leurs activités, dépôts d’une part et investissements d’autre part. Le coût pour la mise en œuvre de ces changements, qui ne s’achèvera pas avant 2019, est évalué à environ 7 milliards de livres sterling.
Les commentaires de la presse sont très tranchés. L’éditorial du DAILY TELEGRAPH, même s’il estime « sensée » l’approche de la Commission Vickers, conclut que le rapport doit être mis de côté : les recommandations proposées sont motivées davantage par des considérations politiques que par les intérêts du pays. Les banquiers se sont rendus tellement impopulaires auprès de l’opinion que les dirigeants politiques sont prêts à leurs imposer des contraintes même si elles ne sont pas justifiées
Sans être aussi négatif, le TIMES ne trouve pas convaincant un rapport néanmoins « impressionnant » : il existe déjà de nouvelles règles pour la stabilisation du système financier. Avec les propositions Vickers, les banques britanniques se verraient imposer des coûts auxquels leurs concurrentes ne seraient pas soumises, ce qui nuirait à leur compétitivité. Et l’incertitude dans une industrie vitale pour l’économie risquerait d’affecter la reprise.
Les recommandations du rapport Vickers étaient peut-être nécessaires, mais seront-elles suffisantes ? s’interroge pour sa part le GUARDIAN qui reproche à la Commission indépendante de s’en être tenue à la sagesse conventionnelle à savoir que ce n’est pas à l’Etat mais au secteur privé discipliné par les forces du marché de prendre des décisions en matière d’investissement.
Le FINANCIAL TIMES approuve sans réserves les propositions Vickers et estime qu’elles doivent être toutes appliquées. C’est une « réforme radicale » et, si elle contraint la City à prendre moins de risques, elle est vraiment bienvenue. Les autres pays devraient s’en inspirer. Pour le FT cependant, il faut que ces propositions soient mises en œuvre rapidement et il ne faut pas attendre en conséquence jusqu’à 2019. Le gouvernement devrait tout réaliser (législation et mise en œuvre) avant la fin de son mandat. L’INDEPENDENT salue à son tour « un compromis sensé ».
2. Le congrès des syndicats
Le congrès annuel du TUC a été plutôt boudé par la presse, ou présenté comme l’a fait le SUN comme « la convention annuelle des dinosaures ». Malgré le discours ferme d’Ed Miliband qui a lancé aux syndicats un avertissement contre les mouvements de grèves prématurés, les dirigeants du TUC ont brandi le spectre du « Winter of discontent » de 1978-79 et annoncé les plus grandes manifestations de toute une génération pour protester contre la réduction des retraites du secteur public. La première journée d’action aura lieu le 30 novembre, le lendemain de la présentation des prévisions budgétaires par George Osborne.
Il est temps que les syndicats « se reconnectent avec la réalité », clame le DAILY TELEGRAPH en rappelant les dernières statistiques du chômage (plus de 2,5 millions de personnes touchées) : le pays ne peut plus se permettre certaines des retraites du secteur public. La réforme est essentielle.
« Le gouvernement doit mettre en échec ces mouvements de grève », renchérit le DAILY EXPRESS, tandis que le DAILY MIRROR prévoit « une répétition du cauchemar thatchérien » : chômage, grèves et suppression des services publics.
3. La visite de David Cameron en Russie
La visite de David Cameron à Moscou, les 11 et 12 septembre, la première d’un chef de gouvernement britannique depuis la mort de M. Litvinenko en 2006, a suscité peu d’enthousiasme.
L’INDEPENDENT en dresse un bilan négatif : David Cameron veut reconstruire une relation politique avec Moscou, mais M. Poutine a exclu toute extradition de celui qui est soupçonné d’avoir assassiné M. Litvinenko. Il a réagi durement aux critiques britanniques sur la corruption. Les divergences se sont confirmées sur la Syrie.
Sous le titre « Une excursion lamentable qui n’a fait que flatter Poutine », Simon Tisdall du GUARDIAN est sans indulgence : en appelant Moscou à une nouvelle approche fondée sur la coopération, David Cameron a révélé son côté pragmatique. M. Poutine ne l’en remerciera pas pour autant et interprétera plus probablement cette démarche comme l’aveu de la faiblesse du Premier ministre britannique. Si l’Union européenne adoptait une ligne plus ferme et affichait son unité, le Kremlin y prêterait peut-être attention. Mais la tendance va dans la direction opposée, favorisant l’approche « collaborationniste » de la France et de l’Allemagne. Jusqu’à présent, le Royaume-Uni était plus ou moins le seul pays à tenir tête au Poutinisme. Maintenant, M. Cameron est rentré dans le rang.
Seul l’éditorial du FINANCIAL TIMES titre sur un « délicat exercice d’équilibriste à Moscou » : le voyage de M. Cameron était justifié, car la relation bilatérale aurait fini par souffrir du manque de contacts. Le Premier ministre britannique a montré que les liens commerciaux sont en bonne santé, ce qui ne l’a pas empêché de rester ferme sur l’affaire Litvinenko.
II. INTERNATIONAL
1. La visite de MM. Sarkozy et Cameron en Libye
Nicolas Sarkozy et David Cameron ont été accueillis en « héros de la révolution » : tous les titres de la presse s’en sont faits l’écho, même si certains journaux se sont interrogés sur le côté prématuré de cette visite. N’ont-ils pas « mis la charrue avant les boeufs » ? se demande en effet l’INDEPENDENT.
Sous le titre « Amis de Tripoli », l’éditorialiste du TIMES se félicite du « message prudent », dénué de triomphalisme transmis par les deux dirigeants, et en relève le contraste avec la « Mission accomplie » de George Bush en Irak.
L’éditorial du DAILY TELEGRAPH est un peu plus réservé : la mission est loin d’être accomplie. Tant que Kadhafi est dans la nature, il ne peut pas y avoir de garantie de paix et de stabilité, et personne ne sait exactement quelles sont les compétences du Conseil National de Transition. Quoi qu’il en soit, « il est important que les Libyens sachent que le CNT a le soutien sans équivoque de Londres et de Paris ». Rappelant les richesses de la Libye, le DT conclut : « nous sommes en droit d’espérer que lorsque viendra le moment des contrats, les firmes britanniques seront en tête de la queue ».
David Cameron et Nicolas Sarkozy ont eu du mal à cacher les vrais motifs de leur voyage, estime de son côté Simon Tisdall dans le GUARDIAN : les deux dirigeants sont venus chercher les « lauriers du vainqueur » qui, le moment venu, se traduiront en contrats lucratifs. Le commentateur ajoute toutefois que cette visite a servi des propos utiles : elle a apporté un soutien au CNT, envoyé un message clair à Kadhafi, et confirmé l’efficacité de la collaboration franco-britannique en matière de défense. Pour Tisdall cependant, le triomphalisme même discret s’accompagne de responsabilités : la France et le Royaume-Uni sont engagés dans le processus à long terme de la construction d’une Libye démocratique. Et gagner la paix est parfois plus dur que de gagner la guerre. Si les choses tournent mal pour le CNT, Paris et Londres pourraient se retrouver pris dans une nouvelle tempête du désert.
L’éditorialiste de l’INDEPENDENT est nettement plus négatif : « Cameron et Sarkozy auraient pu repousser cette visite…Ils en ont fait trop, trop vite ». Ils ont donné une mauvaise impression qui donnera des arguments à ceux qui ont vu dans cette intervention en Libye une forme de néo-impérialisme. Le journal se félicite des « propositions constructives » qui ont accompagné la visite (dégel des avoirs libyens, financement du déminage), mais ajoute que le timing était mal choisi alors que Kadhafi n’a toujours pas été capturé et que la situation reste volatile.
2. Les attentats de Kaboul
Les derniers attentats à Kaboul laissent à penser que la mission de l’OTAN en Afghanistan est loin d’être finie, souligne la presse.
Le DAILY TELEGRAPH estime que les pays occidentaux doivent être alertés : contrairement à ce qu’affirment M. Obama et M. Cameron, la mission de l’Alliance n’a pas atteint ses objectifs. Le calendrier du retrait des troupes qui prévoit la fin de toutes les opérations de combat d’ici la fin 2014 semble être davantage dicté par des considérations de politique intérieure à Londres et à Washington que par la situation sur le terrain. Les généraux de l’OTAN ont clairement indiqué qu’ils préféreraient maintenir la pression militaire tant que les Talibans ne mettent pas fin à la violence et n’acceptent pas d’ouvrir le dialogue. Ces derniers n’en feront rien s’ils sont convaincus que les pays occidentaux ont l’intention de retirer leurs soldats le plus tôt possible.
« C’est bien la preuve que la guerre n’est pas encore gagnée », renchérit le TIMES, tandis que l’INDEPENDENT voit dans les attaques terroristes la preuve que « la sécurité reste fragile, même à Kaboul » et lancent un avertissement sur les risques d’une détérioration rapide de la situation. Le journal en conclut que « c’est de mauvais augure pour un retrait en douceur des troupes américaines d’ici la fin 2014 ».
3. Palestine/ Processus de paix au Proche-Orient
La perspective d’un vote à l’ONU sur la reconnaissance d’un Etat palestinien suscite de vives réactions.
L’éditorialiste du TIMES engage les Etats-Unis et l’Union européenne à empêcher une crise diplomatique imminente : la création d’un Etat palestinien est juste, mais la confiance nécessaire entre les deux parties n’existe pas encore. La paix durable ne viendra que par des négociations directes avec Israël. Les Palestiniens ne peuvent pas exiger un retour des réfugiés qui reviendrait en fait à revendiquer le territoire israélien.
Le FINANCIAL TIMES pointe du doigt la position d’Israël et de M. Nétanyahou. Pour le journal, il est facile de comprendre pourquoi les Palestiniens ont choisi de faire appel à l’ONU, mais les divergences entre le Hamas et le Fatah ne leur facilitent pas la tâche. Tout le monde souhaite cependant un Etat palestinien. Israël veut empêcher un vote de l’ONU qui montrerait son isolement croissant. « L’Etat hébreu gagnerait davantage de sympathie pour sa cause s’il montrait son désir de négocier en vue d’un accord de paix ».
Pour l’OBSERVER, la création d’un Etat palestinien est « un droit moral » et, au Conseil de sécurité, le choix sera entre ce droit et « l’hypocrisie au nom du pragmatisme ».
III. EUROPE
Les remous dans la zone euro
La presse s’est montrée de plus en plus alarmiste au fil de la semaine, la couverture la plus critique ayant été le 14 septembre dans le FINANCIAL TIMES, puis le 15 septembre dans les autres quotidiens. Si le FT s’est voulu plus rassurant et a titré sur le regain de confiance de la Grèce après la conférence téléphonique entre M. Sarkozy, Mme Merkel et M. Papandréou, les autres journaux se sont largement concentrés sur la question de la survie de la zone euro, même si l’annonce de l’action coordonnée des banques centrales pour assurer l’accès des banques au financement est bien reçue. L’annonce par les Ministres des finances européens réunis en Pologne d’un report à octobre de leur décision sur la Grèce n’est pas jugée de bon augure dans la presse du week-end.
Pour l’éditorialiste du DAILY TELEGRAPH, la seconde crise bancaire se profile à l’horizon : il est temps que les gouvernements européens acceptent l’inévitable et recapitalisent leurs banques en vue du tsunami de dette à venir. « Alors que l’Allemagne est au bout de sa patience, ce n’est plus qu’une affaire de temps avant que la Grèce soit exclue de la zone euro ». Les dirigeants européens semblent refuser de voir la réalité en face, et le gouvernement britannique doit faire tout son possible pour aider le continent à résoudre ses problèmes : il faut commencer de toute urgence des discussions pour la restructuration et l’effacement de la dette. Il est également évident que l’euro doit être reconstitué sous une forme plus réduite et plus soutenable, conclut le DT.
« Un euro sans l’Allemagne » ? Pour Anatole Kaletsky du TIMES, l’impossible peut devenir inévitable : une sortie de l’Allemagne de la zone euro, qui serait suivie sûrement par celle de l’Autriche et des Pays-Bas. La France pourrait alors prendre la tête d’une Union monétaire qui suivrait des principes méditerranéens moins austères.
« Il faut une action urgente pour sauver l’euro, et si l’Allemagne ne se montre pas à la hauteur, la catastrophe n’est pas loin » : THE ECONOMIST sonne lui aussi l’alarme, estimant qu’il y a un gros déficit démocratique à combler si l’Europe doit se diriger vers une union budgétaire. Cela impliquera des changements aux traités qu’il faudra soumettre aux électeurs. « L’euro a atteint un stade où plus personne n’aura exactement ce qu’il veut et c’est quelque chose que les Allemands doivent comprendre plus que quiconque ».
L’éditorial du FINANCIAL TIMES du 17 septembre est plus serein que le commentaire de Martin Wolf (lui aussi avait évoqué une sortie de l’Allemagne de la zone euro) : l’Allemagne et la France ont eu raison de rejeter l’idée d’une sortie de la Grèce, car les coûts en seraient « colossaux ». le journal ajoute qu’il est impossible aussi de se diriger vers une union politique et budgétaire dans un avenir immédiat. C’est donc à la BCE qu’il reviendra de gérer la crise à court terme, mais les dirigeants politiques devront trouver des solutions durables pour la bonne gouvernance de l’économie.
Cette couverture conduit à masquer les débats sur la situation économique au Royaume-Uni. Plusieurs journaux posent la question des conséquences pour le pays et évoquent la préparation par Downing Street de plans pour lutter contre les effets d’une implosion de la zone euro. La presse relaie aussi le positionnement pris un groupe de 120 députés très eurosceptiques qui souhaitent profiter de la crise et du prochain changement de traité annoncé pour renégocier les relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni et reprendre des compétences à Bruxelles. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028