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Semaine du 12 au 18 octobre

SEMAINE DU 12 AU 18 OCTOBRE

La controverse sur les indemnités des députés et des ministres a de nouveau fait les grands titres de la presse après l’arbitrage de Sir Thomas Legg, qui a établi de nouvelles règles et demande à de nombreux députés de rembourser certaines indemnités perçues au cours des 5 dernières années. L’Afghanistan a dominé les affaires internationales après l’annonce, par Gordon Brown, de l’envoi de 500 renforts, une démarche jugée bienvenue mais insuffisante. Au chapitre européen, les exigences du président tchèque divisent les commentateurs. Concernant la France, la promotion de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD suscite des réactions négatives.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

La controverse sur les indemnités des députés et des ministres

Les députés devront rembourser les indemnités qu’ils ont indûment perçues depuis 2005, et Gordon Brown lui-même devra reverser 12.000 livres sterling pour frais d’entretien excessifs : c’est ce qu’a indiqué Sir Thomas Legg, l’ancien haut fonctionnaire chargé d’une enquête indépendante à la suite de la controverse des mois derniers. La presse est divisée sur les conclusions de l’enquête, mais reconnaît généralement que seule une élection permettra de tourner la page.

Les journaux conservateurs, en particulier le DAILY TELEGRAPH qui est à l’origine du dossier sur les dépenses abusives, insistent sur la « dimension morale » de l’affaire et assurent qu’elle « continuera à hanter le parlement jusqu’aux élections ». « Il n’y aura que les élections pour nettoyer les écuries d’Augias », renchérit le DAILY EXPRESS, tandis que le DAILY MAIL se réfère lui aussi au « manque de sens moral » des députés, incapables de comprendre ce qu’ils ont fait de mal.

Le TIMES s’interroge sur le fait qu’une question aussi triviale que la facture pour le ménage du domicile d’un député en arrive à dominer la vie politique du pays. Selon le journal, la réponse tient à trois facteurs : une poignée de députés a profité du système de manière choquante ; les députés ont géré l’affaire de façon lamentable ; mais surtout la colère des électeurs s’est cristallisée sur les dépenses alors qu’en fait c’est l’Irak, la récession, les inégalités, le déclin moral qui sont en cause. Or, « le Royaume-Uni devrait être gouverné par la règle de droit, des élections démocratiques, et une bonne administration, non par des enquêtes lancées dans la panique et de nouvelles règles rétroactives mises en place arbitrairement ».

S’il n’est pas persuadé du caractère « équitable » du rapport de Sir Thomas Legg et estime que la réaction du public sur la question des dépenses a été excessive, l’INDEPENDENT appelle les députés à s’incliner et à faire ce qui leur est demandé : la réforme nécessaire du système a été repoussée par leur faute pendant trop longtemps. Ils ne doivent pas aujourd’hui s’opposer à un processus qui vise à redonner à la population confiance dans le parlement.

« Tout le monde est d’accord sur la nécessité d’une réforme », écrit pour sa part le GUARDIAN tout en soulignant que « les députés ont raison de craindre d’être jugés pour leur conduite passée selon des critères nouveaux » : « c’est injuste, et il faut mettre fin à cela ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

L’opération en Afghanistan

Gordon Brown a annoncé l’envoi de 500 renforts britanniques en Afghanistan. C’est une contribution bien modeste et la suite dépend largement de Barack Obama, estiment les commentateurs.

C’est une « opération d’attente », écrit l’INDEPENDENT précisant que la mission des 500 soldats britanniques reste « incertaine » : leur nombre est si modeste qu’ils ne feront guère de différence. En vérité, le Royaume-Uni et les autres membres de l’OTAN attendent la décision du président Obama : y aura-t-il un accroissement majeur du nombre des soldats à la manière du « surge » en Irak, ou l’opération sera-t-elle limitée à la prévention du rétablissement de bases terroristes ? Le président américain veut davantage de temps. En annonçant l’envoi de renforts, le gouvernement britannique montre qu’il reste engagé. C’est un signe bienvenu, mais qui ne donne aucune idée sur la suite des événements.

Pour THE ECONOMIST également, le président Obama a la clé : il ne doit pas faire de compromis. La stratégie du général MacChrystal consiste à reprendre l’initiative. Il faut pour cela des renforts substantiels. Le geste de M. Brown est « bienvenu », mais ne fera pas de différence. Le président américain doit envoyer au moins 40.000 soldats supplémentaires. Il doit surtout montrer « davantage de conviction ».

Le DAILY TELEGRAPH déplore « les hésitations des hommes politiques, alors que les soldats continuent de mourir ». Le journal comprend néanmoins l’approche de Gordon Brown : si les Etats-Unis commencent à avoir des doutes, il est normal que le Royaume-Uni agisse avec prudence. Pour le DT, cette situation est regrettable : la mission en Afghanistan est menée par l’OTAN et les décisions doivent être prises collectivement. Il faut un sommet de l’Alliance pour discuter des problèmes politiques aussi bien que militaires.

Le TIMES engage le gouvernement britannique à « penser à la sortie » : il ne s’agit pas de prendre la fuite, mais de remplir la mission rapidement et avec succès. Nous devons nous fixer des objectifs réalistes et être « parfaitement honnêtes ». Tout d’abord, nous devons reprendre l’initiative. Les troupes britanniques semblent aujourd’hui être trop souvent sur la défensive. Il faut aussi davantage de clarté sur le leadership et mener à leur terme les opérations entreprises. Avant le retrait des troupes, il faudra que l’armée afghane soit suffisamment entraînée pour pouvoir préserver ce qui aura été acquis. Le général McChrystal pense que cela pourrait prendre 4 ans. « Le moment est venu de mettre au point la stratégie de sortie : elle ne sera peut-être pas rapide, mais elle doit être claire ».

III. AFFAIRES EUROPEENNES

Les objections du président tchèque

La presse britannique suit avec beaucoup d’attention la partie de bras de fer qui oppose le président Klaus à Bruxelles sur la question du Traité de Lisbonne. Les journaux eurosceptiques ne voient pas d’un mauvais œil une obstruction qui retarde l’aboutissement d’une initiative qu’ils déplorent. Les journaux pro-européens ne cachent pas leur irritation.

Ainsi du FINANCIAL TIMES qui accuse Vaclav Klaus de « pousser la provocation un peu loin » : en faisant obstruction au Traité de Lisbonne, le président tchèque ne cherche pas à défendre la liberté. Il joue en fait avec la psyché nationale et les craintes irréelles concernant les Allemands des Sudètes. La plupart des Tchèques sont contents de leur adhésion à l’Union européenne et en voient les avantages. C’est peut-être pour cela que M. Klaus passe de la provocation au sabotage. Il a été réélu l’année dernière pour un nouveau mandat de 5 ans. Son goût du pouvoir est tel qu’il ne va pas chercher à mettre son poste en danger. Ses arguments sont indéfendables.

Ian Traynor du GUARDIAN s’interroge sur celui qui « à lui seul cherche à bloquer un accord sur lequel ont travaillé 27 pays pendant 8 ans » : les opinions sont divisées. M. Klaus n’est pas quelqu’un de « docile » : cherche-t-il une formule qui lui permettra de sauver la face ? Ou fait-il délibérément des demandes excessives pour empêcher la ratification du Traité ? Selon le journaliste, si la cour constitutionnelle ne se range pas de son côté, le président tchèque pourrait risquer la destitution ou la suspension.

L’éditorial du DAILY TELEGRAPH estime, en revanche, que « M. Klaus joue admirablement son rôle, pour le moment » : les Tchèques ont le droit de choisir. Ils n’ont pas à être contraints de se soumettre. « La nature anti-démocratique de l’Union n’a jamais été aussi bien mise en évidence que lorsque son élite politique a cherché à imposer par tous les moyens un Traité dont personne ne semble vouloir », souligne le journal.

IV. AFFAIRES FRANCAISES

Les ambitions de Jean Sarkozy

La possible désignation de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD provoque les réactions hostiles de la presse britannique. Sous le titre « l’initiative du fils Sarkozy provoque la colère » et « l’ascension de Sarkozy junior suscite des accusations de népotisme contre « Papa » », le FINANCIAL TIMES et l’INDEPENDENT se sont fait l’écho de la polémique en France.

La nomination possible du « Prince jean » à un poste occupé autrefois par son père a été « vivement critiquée et tournée en ridicule par tous ceux qui y voient un affront aux valeurs égalitaires de la France », souligne le GUARDIAN

THE ECONOMIST rappelle que « M. Sarkozy avait promis aux Français de leur redonner foi dans la politique et de créer un gouvernement irréprochable ». Il estime qu’à mi-mandat, « une série de scandales tourne en dérision ses promesses et donne l’impression d’un gouvernement arrogant qui fait peu de cas de l’opinion ». L’hebdomadaire considère que l’affaire Mitterrand a probablement été la plus sérieuse pour la droite traditionnelle. L’annonce de la nomination possible de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD donne lieu à des accusations de népotisme. Comme si cela ne suffisait pas, le Ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, a été pris le mois dernier en flagrant délit de racisme, bien qu’il s’en soit défendu. « M. Sarkozy ne semble pas prendre ces incidents au sérieux, mais ses députés, tout comme ses supporters, n’ont pas la même assurance », conclut THE ECONOMIST ./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028