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Semaine du 12 au 18 juillet

SEMAINE DU 12 AU 18 JUILLET

Les dernières propositions du gouvernement en matière de réforme du système de santé et des universités sont accueillies diversement. La presse s’interroge à nouveau sur la stratégie de David Cameron en Afghanistan Les affaires françaises donnent lieu à une importante couverture de presse avec l’intervention télévisée du président de la République dans le cadre de l’affaire Bettencourt et le vote de l’Assemblée nationale sur le port du voile intégral.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Le gouvernement et la réforme du NHS

Le système de santé britannique devrait faire l’objet de la restructuration la plus radicale depuis 60 ans : dans un livre blanc, le Ministre de la santé Andrew Lansley promet de donner davantage de liberté aux médecins et aux hôpitaux et davantage de choix aux patients, tout en réduisant la bureaucratie. Pour une partie de la presse, il s’agit d’un pas dans la bonne direction, mais pour l’autre, cette démarche n’est pas sans risques y compris celui de déstabiliser tout le système.

Le très conservateur DAILY MAIL applaudit le gouvernement pour « libérer les docteurs des entraves de l’Etat ». Le DAILY TELEGRAPH se félicite lui aussi de mesures « bienvenues » qui augmentent l’autonomie des médecins et donne davantage de choix aux malades. C’est une « réorganisation considérable », assure le journal qui regrette cependant que M. Lansley ne saisisse pas l’occasion de mettre en place une « réforme vraiment radicale » du financement de santé. Comment peut-on imaginer que le NHS puisse être encore presque entièrement financé par le contribuable ?

Pour le FINANCIAL TIMES, le gouvernement « prend la bonne direction, mais va trop vite » : « M. Lansley envisage un grand chambardement…Il est sage d’introduire les forces du marché…Mais aussi nobles ces ambitions soient-elles, c’est un programme extraordinaire pour un seul mandat et il comporte de sérieux risques ».

L’introduction des forces du marché inquiète le GUARDIAN, mais le journal estime qu’il y a un plus gros risque encore : le NHS pourrait ne pas survivre au choc : alors que les enfants du baby boom atteignent l’âge de 60 ans et que les dépenses de santé sont quasi gelées, c’est mal choisir son moment que de vouloir une réforme de fond en comble du système. Le DAILY MIRROR dénonce ce qu’il perçoit comme « une privatisation par la petite porte ».

2. La réforme des universités

Une révolution est également en préparation pour les universités : Vince Cable, Ministre des Entreprises et de l’Innovation, propose l’institution pour les étudiants diplômés d’un impôt proportionnel à leur salaire. Cette proposition est vivement attaquée par certains journaux qui estiment que les éléments les plus brillants risquent d’être pénalisés.

Le DAILY TELEGRAPH dénonce une idée « stupide » qui cherche à faire passer une idéologie de gauche pour du progressisme. Le FINANCIAL TIMES n’est pas davantage convaincu : le système actuel a des avantages mais il faudrait permettre aux universités de pouvoir augmenter leurs droits d’inscription. La concurrence serait stimulée et le niveau d’enseignement y gagnerait.

La presse travailliste se monte intéressée. Pour le GUARDIAN, la proposition de M. Cable représente « une démarche progressiste par rapport au méli-mélo actuel » (système de prêts et de droits d’inscription). Il y a évidemment des problèmes à une telle solution : les universités ne recevraient des fonds que dans un avenir lointain alors qu’elles en ont besoin maintenant. Il ne faudrait pas non plus que les meilleures universités cherchent à imposer un super-impôt. Le gouvernement doit aussi comprendre que tant qu’il ne cherchera pas à résoudre l’augmentation du chômage chez les jeunes diplômés de l’université, les étudiants auront tous les droits de refuser de débourser de l’argent pour obtenir des qualifications qui ne les mènent nulle part. Il n’en reste pas moins que les propositions de M. Cable méritent d’être étudiées.

« C’est une proposition digne d’être explorée », renchérit l’INDEPENDENT, selon lequel il est « justifié » de demander à ceux qui récoltent les bénéfices d’une éducation universitaire d’apporter leur contribution au cout de ces études plutôt que de demander au contribuable de le faire.

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

La mission en Afghanistan

Le meurtre de trois soldats britanniques par l’un de leurs collègues afghans représente de l’avis de la presse un « sérieux revers » pour la stratégie de sortie de M. Cameron. Quelques journaux estiment cependant que l’arrivée du général Sir David Richards comme Chef d’Etat Major des Armées devrait donner à l’opération davantage de chances de succès.

Pour le TIMES, il est important que la confiance demeure entre soldats britanniques et afghans. Leur mission est la même : il faut former les forces du pays et créer des institutions solides pour venir à bout de l’extrémisme. Le journal rappelle les difficultés surmontées en Irak et estime qu’il est possible de parvenir au même résultat en Afghanistan. « Notre mission doit continuer. Il ne faut pas laisser un fou y faire obstacle », renchérit le SUN.

Pour l’INDEPENDENT en revanche, « la confiance entre soldats britanniques et afghans a été ébranlée » : comment ne pas se poser des questions sur la stratégie de sortie des pays occidentaux qui est avant tout de préparer les Afghans à prendre en charge leur propre sécurité ? « Pour les talibans, c’est encore une victoire de propagande », souligne Kim Sengupta.

Sous le titre « Mission impossible ? », le DAILY MAIL ne cache pas son scepticisme. Et si le DAILY EXPRESS ne remet pas en cause la mission, il estime qu’elle est « une des plus ardues et des plus complexes de l’histoire de l’armée britannique ».

Alors que le moment est crucial pour l’Afghanistan, le DAILY TELEGRAPH mise sur la nomination du général Sir David Richards à la tête des forces armées pour « maintenir le moral des troupes sur place, stimuler la volonté politique au Royaume-Uni et veiller au succès de l’opération en se fondant sur des ambitions plus réalistes que celles qui avaient été fixées auparavant ». Selon le journal, « il ne peut y avoir de victoire militaire, mais il est possible de mettre sur pied une armée afghane efficace qui empêchera les talibans de reprendre le pouvoir ».

« Le général Richards semble être l’homme de la situation », assure de son côté le FINANCIAL TIMES qui rappelle l’expérience de ce dernier à la tête des forces de l’OTAN et donc sa bonne connaissance du conflit afghan.

III. AFFAIRES FRANCAISES

1. L’interview du président de la République

« M. Sarkozy rejette les accusations de corruption » (FINANCIAL TIMES), « M. Sarkozy proteste de son innocence » (INDEPENDENT), « Face aux caméras, M. Sarkozy rejette les mensonges » (GUARDIAN), « Des mensonges utilisés pour faire dérailler le processus de réforme » (TIMES) : tous les grands journaux ont évoqué l’interview du président de la République sur France 2, « une occasion décisive pour lui permettre de reprendre l’initiative politique ».

Les journaux soulignent, à l’instar du GUARDIAN, que M. Sarkozy a accusé ses adversaires d’utiliser des mensonges pour le discréditer et l’empêcher de mener à bien ses projets. Selon le TIMES, l’entourage du président se montre confiant : la « bonne performance » de M. Sarkozy devrait faire oublier l’affaire Bettencourt qui paralyse le gouvernement depuis trois semaines. Pour le journal cependant, les questions posées par France 2 au président de la République ont été trop gentilles.

Peggy Hollinger du FINANCIAL TIMES estime que le président de la République a fait une bonne performance à la télévision : « rassurant et présidentiel, il a été un modèle de sobriété, et il semble avoir atteint au moins un de ses objectifs, à savoir celui d’unir sous son leadership l’ensemble de sa famille politique qui était divisée ». Selon la journaliste, M. Sarkozy n’a cependant pas restauré sa crédibilité. De plus, « personne ne sait jusqu’où ira l’affaire Bettencourt ». Trois différentes enquêtes pourraient déboucher sur des révélations troublantes. « Les prochaines élections présidentielles sont peut-être dans deux ans, mais pour M. Sarkozy deux simples semaines peuvent paraître longues en politique ».

Le correspondant de l’INDEPENDENT à Paris, John Lichfield, s’interroge sur « l’été de scandale » du président Sarkozy. Selon M. Lichfield, M. Sarkozy s’est présenté comme un nouveau type d’homme politique, mais il est aux prises avec les mêmes vieux problèmes. « L’affaire Bettencourt comporte un groupe de personnages qui pourraient sortir d’une pièce de Molière réécrite pour le 21ème siècle ». Le journaliste estime que le président ressemble de plus en plus à M. Giscard d’Estaing. Tous deux ont promis de transformer la France mais ont été assaillis par des crises mondiales et des scandales personnels. « Giscard est le seul président de la Vème République à avoir perdu sa réélection jusqu’à présent », conclut l’article.

Sous le titre « Les misérables » (en français), l’éditorial du DAILY TELEGRAPH assure que la France a connu de meilleurs 14 juillet : outre les problèmes de déficit budgétaire et de dette, M. Sarkozy est confronté à un scandale financier, sans compter l’agitation dans les banlieues et les déboires de l’équipe nationale de football. Son leadership en Europe est en cause et ses relations avec Mme Merkel plutôt difficiles. Les trois premières années du président français à la tête du pays ont été décevantes car les promesses de réforme n’ont pas été tenues. Du fait des divisions du parti socialiste et en l’absence d’adversaire crédible en 2012, la France réélira peut-être un dirigeant qui ne le méritera pas. « Si cela signifie la poursuite du déclin et un pays opposé à la réforme, c’est toute l’Europe qui en pâtira », conclut le DT.

2. Le vote sur le voile intégral

Le vote de l’Assemblée nationale sur l’interdiction du voile intégral divise la presse britannique. Si les tabloïds conservateurs, comme le DAILY EXPRESS, estiment que le Royaume-Uni devrait suivre l’exemple de la France, d’autres journaux s’inquiètent de la réaction en chaîne d’une mesure qui ne touche pourtant pas grand monde.

Il en va ainsi de l’éditorial du GUARDIAN : alors que cette mesure s’applique à moins de 2000 personnes sur une population de 64 millions, est-elle vraiment proportionnelle à l’objectif visé ? Qu’y a-t-il de menaçant dans le port du voile intégral et quelles valeurs exactement sont protégées ? Est-ce que le message de peur ainsi relayé va faire progresser l’harmonie et la compréhension déjà difficiles dans une société multiconfessionnelle où 5 millions de citoyens sont musulmans ? Le GUARDIAN n’y croit pas et rappelle les conséquences désastreuses qu’a eues par le passé l’interdiction du tchador, notamment en Iran.

Adrian Hamilton reprend les mêmes arguments dans l’INDEPENDENT : « cette interdiction n’est que du vent, car il est difficile de prendre au sérieux une mesure qui ne touche que si peu de personnes ». Il n’y a rien de pire que de politiser une question qui est essentiellement sociale. L’interdiction de la burka est une erreur : les femmes qui persistent à vouloir porter le voile intégral irritent tout au plus la société. En revanche elles peuvent causer infiniment plus de dégâts si on en fait des martyrs.

Le DAILY EXPRESS, qui avait réagi favorablement dès le vote de l’Assemblée, persiste sous la plume de son chroniqueur, Leo McKinstry : « La Burka est un affront aux femmes et à la liberté ». Elle est comparable à la barbarie médiévale et au totalitarisme théocratique. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028