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Semaine du 12 au 18 décembre 2011

SEMAINE DU 12 AU 18 DECEMBRE

L’Europe a dominé la politique britannique avec aussi bien les dissensions au sein de la coalition du fait du veto opposé par David Cameron à Bruxelles que les tensions entre Londres et Paris en réponse à la crise de la zone euro. La majeure partie de la presse s’est étendue sur l’insuffisance de l’accord du Conseil européen du 9 décembre. Au chapitre international, l’accord conclu à Durban est accueilli avec un optimisme prudent. La presse est partagée sur le bilan de la guerre en Irak alors que les Etats-Unis se préparent au retrait de tous leurs soldats. L’inquiétude s’accroît à propos de la Syrie. L’annonce de la condamnation de M. Chirac a donné lieu à une importante couverture médiatique.

I. ROYAUME-UNI

Les divisions sur l’Europe

Les débats internes et les divisions consécutives au veto opposé par David Cameron à Bruxelles ont dominé l’actualité durant une bonne partie de la semaine. L’absence de Nick Clegg « qui faisait la tête » lors des déclarations du Premier ministre aux Communes sur le Conseil européen a été jugée significative. Les journaux soulignent cependant que David Cameron et Nick Clegg sont déterminés à sauver la coalition, mais le TIMES évoque une possible embuscade des eurosceptiques au début de 2012 pour contraindre le gouvernement à accepter un référendum sur les relations du Royaume-Uni avec l’Europe.

Pour David Cameron, l’Europe a aussi donné lieu à un regain de tensions avec la France : après les propos attribués par « le Canard enchaîné » à M. Sarkozy sur David Cameron « le gamin obstiné », la « guerre des mots » déclenchée par Christian Noyer (en déclarant dans une interview que le Royaume-Uni méritait davantage que la France de perdre son triple A) a suscité une importante couverture de presse ainsi que des réactions virulentes, en particulier dans les tabloïds. Le SUN dénonce « le culot des Français », tandis que le DAILY MAIL voit dans les propos du gouverneur de la Banque de France « la preuve que les choses vont encore plus mal de l’autre côté de la Manche ». Dans un éditorial, intitulé « la perfide France », le DAILY TELEGRAPH accuse le président de la République d’avoir volontairement placé M. Cameron dans une situation impossible lors du Conseil européen. Pour l’éditorialiste du TIMES, les propos de M. Noyer étant « inexcusables », la seule réponse à leur apporter est la suivante : « sans commentaire » ! Le titre (en français) de l’éditorial du SUNDAY TIMES en dit long : « ça suffit Nicolas. Trop, c’est trop ! »

Après les protestations de Nick Clegg auprès de François Fillon, les principaux journaux estiment que cette « fusillade » doit cesser. C’est peut-être une façon de relâcher la pression, mais « c’est une indulgence qui ne profitera à personne », écrit le FINANCIAL TIMES qui conclut : « au bout du compte, une crise bancaire dans un pays ou dans l’autre ne peut que faire du tort aux deux ». Même ligne dans le GUARDIAN selon lequel, face aux problèmes actuels, « il faut se retrouver à la table de négociations et non se tirer dessus ».

Reflétant l’opinion générale sur l’insuffisance de l’accord conclu au Conseil européen, un autre éditorial du TIMES appelle le Royaume-Uni et le reste de l’Europe à oublier cet épisode et à s’occuper de ce qui est le plus important : l’Union européenne est en crise, mais cette crise n’est pas la faute du Royaume-Uni. Il faut restaurer la confiance dans l’euro, mais les propositions franco-allemandes n’y feront rien. « Le déséquilibre entre l’Allemagne et la Grèce vient de la compétitivité et ce ne sont pas des règles budgétaires plus strictes qui résoudront les choses ». Selon le journal, le veto britannique rend la création d’une union budgétaire plus difficile, mais les problèmes vont au-delà. Les autres membres de l’Union européenne devraient étudier plus attentivement leurs positions, et le Royaume-Uni devrait faire de même. Il serait dangereux que les eurosceptiques cherchent à profiter de la situation car David Cameron se retrouverait en position de faiblesse. Pour éviter ce sort, ce dernier doit prendre le contrôle du débat. Il doit aussi se montrer plus précis sur la place du Royaume-Uni dans l’Union européenne et dans le monde.

L’éditorial du FINANCIAL TIMES se concentre davantage sur l’accord peu satisfaisant de Bruxelles : les détails en sont « vagues » et il ne sera pas accepté « sans résistance ». De plus, selon le FT, il ne « marchera pas » car « il sacrifie l’économie au remboursement de la dette ».

Pour l’INDEPENDENT, l’accord de la semaine dernière semble de plus en plus fragile et risque même de ne pas tenir. Mais même si cette éventualité offre au Royaume-Uni l’occasion de se « réengager », il lui sera plus difficile de revenir à la table de négociations après la mauvaise volonté montrée par M. Cameron.

Pour sa part, le DAILY TELEGRAPH publie une tribune de l’ancien ministre David Davies, eurosceptique convaincu, qui assure que les Britanniques doivent se prononcer dans un référendum sur l’avenir des relations du Royaume-Uni avec l’Europe : le veto de la semaine dernière n’était pas la fin mais plutôt un début.

II. INTERNATIONAL

1. La fin de la conférence de Durban

La presse a finalement accueilli avec un optimisme prudent l’accord conclu à Durban, tout en mettant en avant le rôle joué par l’Union européenne. Tout reste encore à jouer, estime-t-elle.

L’éditorial du FINANCIAL TIMES rappelle que la pire crise économique depuis 60 ans n’était probablement pas le moment le plus propice pour négocier un accord sur le réchauffement climatique. « La décision de repousser la décision était le mieux qui se pouvait espérer ». Pour le journal cependant, « l’accord de Durban, malgré toutes ses lacunes, établit un principe important ». Il faudra évidemment finir par prendre les décisions qui ont été repoussées. Les conditions politiques seront peut-être meilleures dans quatre ans, malheureusement les conditions de l’environnement ne le seront pas, conclut le FT.

Le GUARDIAN regrette le manque d’ambition de ce « plan pour un plan » : le réchauffement va continuer pendant ce temps-là et la solution sera plus difficile. L’investissement dans la technologie des énergies renouvelables a été sapé. « L’accord de Durban est effectivement mieux que rien, mais rien aurait été une catastrophe ».

L’éditorialiste de l’INDEPENDENT souligne « l’espoir » que fait naître cet accord et se félicite aussi de l’action de l’Union européenne : « nous avons la promesse d’une législation » et des pays comme la Chine et l’Inde ont accepté la date-butoir de 2015 pour signer un traité qui sera applicable d’ici 2020. « Nous avons une feuille de route en vue de la signature d’un traité, et nous devons faire tous les efforts pour que ce traité devienne réalité ».

« La conférence de Durban a débouché sur un résultat qui dépasse toutes les prévisions », renchérit le TIMES qui se félicite de l’engagement pris par la communauté internationale, y compris les pays les plus polluants. Pour le journal, ce qui donne son importance à la conférence de Durban ce sont les objectifs internationaux qui vont « motiver et renforcer la politique nationale, donner confiance aux pays et aux investisseurs ». Ce sont après tout les encouragements à l’industrie pour le développement de sources d’énergie non polluantes qui vont décider de la survie dans un monde en plein réchauffement, conclut le journal.

2. Le retrait américain d’Irak

Après le discours du président Obama sur le retrait de soldats américains d’Irak, la presse est partagée sur le bilan de cette guerre.

Tout en déplorant le « coût élevé » de cette intervention et en rappelant les questions encore en suspens sur sa légitimité, le DAILY TELEGRAPH assure dans un éditorial que cette intervention a apporté « un espoir pour l’avenir » : le gouvernement de Nouri al-Maliki n’est peut-être pas au goût de tout le monde, mais au moins il est élu. L’Irak commence à exploiter ses réserves pétrolières. C’est un pays confronté à bien des défis, « mais il offre aussi beaucoup de possibilités, surtout aux entreprises britanniques. Nous devons espérer que les Irakiens vont prendre les bonnes décisions maintenant de sorte que les sacrifices des 8 dernières années ne soient pas vains ».

« La réalité est un peu moins encourageante » que ne l’affirme M. Obama, relève le FINANCIAL TIMES en rappelant que si la guerre a mis fin au régime de Saddam Hussein son coût en a été considérable. Aujourd’hui l’économie est en mauvais état. Il faudrait encourager le retour des classes moyennes qui se sont dispersées mais, pour cela, « la sécurité doit être améliorée » et c’est cela qui doit être la priorité du gouvernement.

Pour l’INDEPENDENT, cette fin de guerre est « loin d’être triomphale » : si l’avenir peut avoir quelque espoir pour les Irakiens (richesses pétrolières et développement de la démocratie), mais « absolument rien » ne justifie pour autant l’intervention militaire.

Pour l’éditorialiste du GUARDIAN, le jugement est sans appel sur une guerre de neuf ans « qui s’inscrit dans la même ligne que les grandes erreurs militaires de l’histoire » (charge de la brigade légère, Pearl Harbour, Vietnam). Pour le journal, même en pleine période de campagne électorale l’écart entre le discours du président Obama et une journée de la vie en Irak est impossible à combler. S’il s’agit d’une « étape extraordinaire », ce n’est sûrement pas celle que prétend le président américain : les Etats-Unis cessent désormais de faire la politique au proche Orient. « L’Irak que laisse M. Obama ne sera guère un allié stratégique. Ses partenaires futurs seront l’Iran et la Turquie. Les Etats-Unis viendront en troisième position ». « Les générations à venir porteront les marques de cette grande folie. La lutte pour le destin de la terre des Arabes est en train d’être gagnée mais pas par l’Amérique ».

3. La situation en Syrie

« La Syrie doit répondre des 5000 morts » dénombrés depuis le début du soulèvement : l’avertissement de la Commission des Nations Unies pour les droits de l’homme a été repris par la majeure partie des journaux qui relèvent en outre l’appel lancé par l’organisation au jugement des représentants du régime de Damas par la Cour Pénale Internationale.

« Les conclusions de la CNUDH ne doivent surprendre personne » estime l’éditorialiste de l’INDEPENDENT, tout en soulignant que les options pour la communauté internationale sont limitées : l’intervention militaire est hors de question. L’utilité de celle menée en Libye reste encore à prouver. En revanche, la menace de la CPI « envoie un message auquel le président Assad et ses forces de sécurité devrait prêter attention ».

Le GUARDIAN s’inquiète des risques de guerre civile : le conflit à Homs, qui avait débuté comme un combat pour les libertés, se transforme en une lutte vilaine et familière entre les Alaouites chiites (clan des Assad) et les Musulmans sunnites (d’où viennent les transfuges de l’armée). « La communauté internationale envisage des sanctions ciblées, mais le paradigme pour la Syrie risque de ne pas être la Libye de 2011, mais l’Irak de 2006 ».

III. FRANCE

La condamnation de Jacques Chirac

« L’ex-Président Chirac coupable de corruption » (FINANCIAL TIMES, INDEPENDENT), « Honte de Chirac » (TIMES), « Le premier dirigeant français à être condamné depuis Pétain » (GUARDIAN) : la condamnation de l’ancien président de la République dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris a fait l’objet d’une importante couverture de presse. Les journaux se félicitent de l’indépendance de la justice française, mais regrettent la lenteur du processus et estiment que cette affaire donne une image peu flatteuse de la classe politique.

Le FINANCIAL TIMES rend hommage à une justice indépendante, mais s’interroge sur tout le système politique rappelant les affaires passées et celles qui sont en cours. Le journal lance une mise en garde aux principaux partis politiques à l’approche des élections : l’opinion peut se montrer indulgente vis-à-vis de M. Chirac, mais des groupes comme le Front National pourraient chercher à exploiter la situation avec des slogans populistes efficaces.

« Condamné enfin » : sous ce titre l’éditorialiste du GUARDIAN revient sur une affaire qui aurait dû selon lui être réglée depuis longtemps mais dont l’issue montre que « la justice compte encore dans une démocratie ». Même son de cloche dans l’INDEPENDENT : il est du devoir d’une démocratie de demander des comptes à ses dirigeants. « Ce jour pourrait ne pas être si éloigné pour Nicolas Sarkozy… ». En revanche, Charles Bremner du TIMES assure que M. Sarkozy, qui est cité dans l’affaire Bettencourt et celle de Karachi, « n’a rien à craindre »./

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028