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Semaine du 12 au 18 avril

SEMAINE DU 12 AU 18 AVRIL

Le débat télévisé qui a réuni sur un même plateau les dirigeants des trois principaux partis - une grande première au Royaume-Uni – a redonné à la campagne électorale l’élan que la présentation des différents manifestes n’était pas parvenue à susciter. Il a surtout mis en vedette le leader du parti libéral-démocrate, Nick Clegg, que toutes les enquêtes d’opinion ont couronné vainqueur de l’exercice. Le sommet de Washington sur la sécurité nucléaire a donné lieu à une couverture limitée.

I.AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Campagne électorale et débat télévisé

Après avoir présenté leurs plates-formes électorales respectives, Gordon Brown, David Cameron et Nick Clegg se sont affrontés au cours du premier débat électoral télévisé jamais réalisé au Royaume-Uni. De l’avis de la presse et des instituts de sondage, c’est le dirigeant du parti libéral-démocrate qui en est sorti le grand vainqueur. Nick Clegg apparait désormais comme quelqu’un avec qui il va falloir compter. Les éditoriaux et les sondages s’en font l’écho.

Le DAILY TELEGRAPH rappelle que si M. Cameron a de bonnes chances d’entrer à Downing Street après le 6 mai, il reste encore peu connu des électeurs. Il s’en est bien tiré lors de ce premier débat mais devra utiliser les deux autres pour renforcer sa position : « il sait en effet désormais, s’il ne le savait pas déjà, que Nick Clegg représente un sérieux obstacle pour ses ambitions ».

« Dans ce débat, M. Clegg a excellé, David Cameron a déçu, et Gordon Brown a survécu », relève de son côté le GUARDIAN, estimant que les échanges des trois dirigeants n’ont pas apporté grand-chose de nouveau en termes de politiques, mais que les positions des trois principaux partis ont cependant été clarifiées. Si ce débat n’est pas de nature à faire changer d’avis les électeurs, beaucoup d’entre eux auront remarqué M. Clegg, peut-être pour la première fois. Cela a de quoi inquiéter les conservateurs : il y a six mois, tout semblait joué d’avance. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Le SUN a déjà fait son choix : M. Brown refuse d’admettre ses responsabilités sur tous les points. Il cherche à s’allier avec M. Clegg, mais ce n’est pas cela qui persuadera les Britanniques d’accepter cinq années supplémentaires de vieux Labour. M. Cameron a su attaquer M. Brown dans ce premier débat. Il doit finir le travail lors des deux prochains.

Pour plusieurs commentateurs, la plus grande présence de Nick Clegg sur la scène politique rend encore plus vraisemblable l’issue d’un « hung parliament » (parlement sans parti majoritaire), une perspective accueillie favorablement par l’INDEPENDENT. L’éditorial du TIMES ne partage pas cet avis : un « hung parliament » déboucherait sur un gouvernement faible sans le programme et le mandat nécessaires pour transformer le pays.

2. Le manifeste travailliste

Le « manifeste pour l’avenir » présenté par Gordon Brown ne suscite aucun enthousiasme, d’autant qu’il est perçu comme puisant dans le Blairisme. Si le GUARDIAN estime que le Premier ministre ne s’en est pas si mal sorti, compte tenu des circonstances, le reste de la presse ne ménage pas ses critiques, et elles sont parfois féroces.

L’INDEPENDENT, qui ne peut être soupçonné de sympathies pro-conservatrices, assure que Gordon Brown a été « moins que convaincant » : ayant passé sous silence la réduction inévitable des dépenses publiques, il va obliger les électeurs à se référer au bilan des travaillistes au cours des années passées, or celui-ci est ambigu. S’il est certain que le Labour a bien réagi à la crise, il a aussi la fâcheuse habitude de ne pas tenir ses promesses. Il ne faut pas oublier que les travaillistes sont au pouvoir depuis 13 ans : pourquoi n’ont-ils pas déjà mis en œuvre des réformes si pressantes ?

« M. Brown parle de réforme, mais les électeurs ont des raisons de douter de ses engagements, alors que le Labour n’a pas tenu ses promesses de 1997 », renchérit le FINANCIAL TIMES qui estime que la tâche du prochain gouvernement sera de réduire la taille de l’Etat. Un point développé aussi par le TIMES : c’était le moment de réduire le rôle de l’Etat qui « gêne les entreprises, menace les libertés et accroît la dépendance ». Comme plusieurs de ses confrères, le journal estime que le manifeste travailliste contient de « vieilles politiques réchauffées. Il ne représente pas une vision, plutôt un rappel du passé ».

Le DAILY MAIL dénonce « un manifeste englué dans le passé ». Le SUN assure que le Labour est « usé, fourbe et à court d’idées » et ne donne aucune raison « convaincante » de voter pour lui.

Dans un long éditorial, le DAILY TELEGRAPH s’étend sur « l’échec du Labour », incapable de présenter une « stratégie cohérente », notamment sur l’économie : il n’a aucun projet crédible pour la réduction du déficit. Il n’en a pas davantage sur le renouvellement de la société, la restauration du processus politique ou la fiscalité. « Son seul programme est de s’accrocher au pouvoir. Les électeurs étaient prêts il y a treize ans à donner sa chance à un jeune leader charismatique. Cette chance a été gaspillée. Le Labour a son avenir derrière lui ».

La seule note positive vient d’un éditorial du GUARDIAN : après 13 ans au pouvoir, le Labour a montré qu’il peut faire les choses différemment et que même s’il est à court de fonds il n’est pas à court d’idées. Polly Toynbee affirme même dans ce journal que le manifeste de M. Brown est « audacieux et persuasif » : il nous rappelle que le véritable choix – comme toujours – se situe entre les réductions d’impôts proposées par les Tories et la protection des dépenses publiques sous un gouvernement travailliste.

3. Le manifeste conservateur

Si le manifeste travailliste met l’accent sur le rôle de l’Etat, le manifeste conservateur insiste sur celui de la société civile. David Cameron a, de l’avis de la presse, renouvelé la pensée de son parti. Il se fait applaudir par plusieurs journaux, mais sa réticence à évoquer le déficit budgétaire lui vaut de nombreuses critiques.

Les journaux du groupe Murdoch expriment leur enthousiasme. Le TIMES salue « une tentative d’une cohérence impressionnante visant à recadrer le rôle du gouvernement et à stimuler l’esprit d’entreprise ». Pour le journal, ce manifeste fait preuve de beaucoup d’intelligence et d’imagination. Il est pragmatique et justifie l’ambition du dirigeant conservateur de diriger le pays. « David Cameron est notre homme. C’est lui qui représente le changement pour nous faire sortir du désespoir dans lequel le Labour nous a plongé », renchérit le SUN.

Pour le DAILY TELEGRAPH, l’intervention de M. Cameron a été « un grand moment de la campagne ». Il lance un « défi colossal » et montre qu’il est prêt à le relever.

Le FINANCIAL TIMES se félicite des ambitions de M. Cameron pour la société civile et pour la décentralisation : « durant les années Blair/Brown, l’Etat est devenu trop étouffant, sinon monolithique ». Le journal reproche toutefois au dirigeant conservateur d’être trop timide en matière de réforme politique et surtout à propos de l’économie : il ne donne aucun détail sur la réduction des dépenses et sur le déficit budgétaire. Le projet de M. Cameron est attrayant de par son hostilité à un état suffocant. Son scepticisme à l’égard du dirigisme en matière de politique industrielle sonne également juste. Dans l’ensemble cependant, le manifeste conservateur est fait pour une période de prospérité, non celles de vaches maigres. « Les électeurs n’apprennent rien sur la réduction du déficit budgétaire, mais ils ont au moins le choix entre des philosophies différentes ».

Le GUARDIAN salue « le changement pour le mieux » apporté par David Cameron : si le manifeste de 2005 offrait typiquement un programme de droite, celui de 2010, malgré ses carences sur l’Europe et les Droits de l’Homme, est libéral et cherche à capturer le centre, en mettant l’accent sur l’environnement et le réchauffement climatique. En revanche, selon le journal, il est difficile de faire preuve d’indulgence à l’égard des deux grands défauts de ce manifeste : les conservateurs n’ont rien de cohérent à proposer pour l’après-crise et le genre d’économie à laquelle le Royaume-Uni doit aspirer. Il est inacceptable, après le scandale des dépenses des députés, qu’ils n’envisagent pas une réforme du système électoral et de la Chambre des Lords. « S’il y a des éléments intéressants dans le manifeste conservateur, il en comporte aussi beaucoup qui ont du mal à passer ». C’est aussi l’avis de l’INDEPENDENT qui déplore les carences du manifeste sur les questions économiques, l’Europe, l’immigration et la réforme politique.

4. Le manifeste libéral-démocrate

Davantage présents que de coutume dans la campagne électorale - surtout à cause de la perspective d’un parlement sans parti majoritaire - les libéraux-démocrates ont encore beaucoup de mal à convaincre les commentateurs.

Le FINANCIAL TIMES assure que les libéraux-démocrates ont raison sur la défense des libertés, la réforme constitutionnelle et la politique étrangère et européenne, mais qu’ils sont trop populistes en matière d’économie. Pour le TIMES, ils manquent d’audace : un troisième parti peut faire preuve de créativité, présenter des politiques différentes. Or, le manifeste libéral-démocrate en est dépourvu.

Le GUARDIAN reconnaît le caractère « attrayant » de certaines des propositions du parti mais reproche à Nick Clegg de ne pas avoir mis davantage l’accent sur tout ce qui aurait pu donner des raisons aux électeurs de voter pour eux : libertés, Europe, Irak, environnement.

Seul l’INDEPENDENT exprime son enthousiasme : les libéraux-démocrates ont su se distinguer sur les questions économiques. Ils ont fait preuve d’une clarté exemplaire sur la réforme des banques. Ils sont les seuls à faire des propositions sérieuses en matière de réforme constitutionnelle et ils promettent catégoriquement d’abandonner le projet de cartes d’identité ainsi que le renouvellement du Trident (dissuasion nucléaire). Affirmer que ce troisième parti peut se permettre de défendre toutes sortes de politiques sous prétexte qu’il n’aurait aucune chance d’accéder au gouvernement est mal venu. La possibilité d’un parlement sans parti majoritaire est une hypothèse qu’il faut envisager, et les craintes qu’elle suscite ne sont pas justifiées. Dans les pays ayant adopté la représentation proportionnelle, les coalitions sont une pratique courante et s’avèrent souvent aussi stables que les gouvernements avec un seul parti. Elles ont aussi l’avantage d’être plus représentatives de l’opinion. A un moment, où il faudra prendre des décisions difficiles, une telle solution serait plutôt une chance qu’une catastrophe.

Le DAILY TELEGRAPH est en revanche plutôt dédaigneux face à un parti « honnête », mais « naïf », qui mêle l’idéalisme à l’opportunisme, se laisse aveugler par l’Union européenne et se montre trop pacifiste : en s’opposant au renouvellement du Trident et à toute action militaire contre l’Iran, « les libéraux-démocrates montrent une approche cavalière vis-à-vis de la souveraineté et la défense du royaume ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

Le sommet de Washington

« Le monde uni contre la menace nucléaire » : les titres du FINANCIAL TIMES et de l’INDEPENDENT se veulent positifs. Les journaux soulignent le caractère exceptionnel et « sans précédent » de la rencontre organisée par le président Obama. Ils rappellent cependant que l’accord conclu n’est que politique et non contraignant.

Après la signature de START II, la nouvelle doctrine nucléaire du président américain et enfin le sommet de Washington, l’éditorial de l’INDEPENDENT estime que le choix du comité Nobel de la paix de distinguer Barack Obama commence à se justifier. Pour Julian Glover, s’il est « limité », le succès de la rencontre est « réel ».

Pour l’éditorialiste de THE ECONOMISTt, M. Obama a engrangé des « gains réels ». Ils sont « modestes » et ne constituent qu’un commencement, mais ils pourraient lui permettre de « réaliser quelque chose de plus grand », notamment au moment de la conférence pour la révision du TNP et sur la question des sanctions contre l’Iran. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028