SEMAINE DU 11 AU 17 JUIN
La relance du débat sur l’Europe a dominé la politique britannique et suscité une levée de boucliers dans la presse eurosceptique. Les média ont, pour leur part, réagi vivement aux critiques portées contre eux par Tony Blair. Au chapitre international, les commentateurs condamnent l’action du Hamas et le chaos palestinien. Concernant la France, la presse salue la victoire de l’UMP et de M. Sarkozy.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Gordon Brown et l’Europe
A quelques jours du sommet de Bruxelles, le débat sur l’Europe et la réforme constitutionnelle ont fait de nouveau les grands titres de la presse et rallumé la controverse.
Tous les journaux eurosceptiques sont sur leurs gardes. Le SUN part littéralement en campagne : « nous n’allons pas nous vendre à l’Union européenne ». Le tabloïd lance un avertissement à Gordon Brown : le futur Premier Ministre doit choisir entre commencer son mandat avec une sérieuse bagarre avec la France et l’Allemagne ou risquer une défaite certaine aux prochaines élections. Plus nuancé, le TIMES estime qu’il n’y a « aucune raison de se précipiter » : M. Brown sait ce que sont les questions cruciales : sécurité sociale, immigration, charte des Droits fondamentaux et restriction des pouvoirs de la Cour de Justice européenne qui empiète de plus en plus sur la souveraineté nationale. « Il ne doit pas faire de concessions sur ces points fondamentaux et se laisser piéger par Berlin en acceptant un accord qui aurait de graves conséquences à long terme ».
Le DAILY TELEGRAPH appelle Gordon Brown à se montrer plus ferme que son prédécesseur et à n’accepter que « les changements institutionnels nécessaires à l’élargissement » : s’il fallait aller plus loin, un référendum serait nécessaire et le futur Premier Ministre serait certain de le perdre. « C’est aux Britanniques de décider », estiment à la fois le Sunday TIMES et le Sunday TELEGRAPH.
Les journaux pro-européens font entendre plus discrètement leur voix : le GUARDIAN engage Gordon Brown à « construire des ponts » et à choisir l’option européenne même si cela l’amène à affronter la presse eurosceptique. Mais il émet aussi des doutes sur la « conversion » du futur Premier Ministre à qui il reproche d’avoir choisi pour conseiller aux affaires européennes un fonctionnaire du Trésor qui a joué un grand rôle dans la campagne contre l’euro.
Brown doit avoir le courage d’affronter la presse eurosceptique, note à son tour l’INDEPENDENT qui l’invite à s’engager et à accepter un « traité simplifié » : aux côtés de Mme Merkel et de M. Sarkozy, le Royaume-Uni aurait la chance d’aider l’Europe à devenir plus pragmatique et plus libérale sur le plan économique.
THE ECONOMIST considère que seule une « solution minimaliste » serait acceptable : certaines réformes sont souhaitables et ne nécessiteraient pas de référendum (réduction de la taille de la Commission, un représentant pour les Affaires étrangères plus puissant, rôle accru des parlements nationaux, présidence européenne semi-permanente et nouveau système de pondération des voix). Mais il n’en va pas de même pour la Charte des Droits fondamentaux ou l’extension de la majorité qualifiée (notamment pour les affaires de justice ou de politique intérieure). Un traité minimaliste aurait l’avantage de régler le problème de la réforme et permettrait de se concentrer sur la poursuite de l’élargissement, en particulier l’adhésion de la Turquie, et la réforme du budget, dont 40% des fonds continuent à être gaspillés sur les subventions agricoles.
2. Tony Blair et la presse
La presse britannique a réagi sans tarder aux dernières attaques de Tony Blair : dans un discours à l’agence Reuters, le Premier Ministre a comparé les média à des « bêtes sauvages » et les a accusés de faire passer la « sensation » avant l’information. Il a suggéré l’introduction de contrôles plus sévères. Les principaux quotidiens se défendent avec parfois beaucoup de véhémence.
Seul le TIMES modère son jugement, même s’il estime que M. Blair « proteste peut-être un peu trop » car il a utilisé les média depuis son arrivée au pouvoir. Toutefois, pour le journal, bon nombre de ses critiques sont justifiées : les changements extraordinaires intervenus ces dernières années dans la presse n’ont pas eu que des aspects positifs. Elles n’ont pas encouragé l’humilité des journalistes qui traitent sans ménagements les hommes politiques. « Et M. Blair a particulièrement raison lorsqu’il dénonce le mélange du commentaire et de l’information ».
Le FINANCIAL TIMES estime lui aussi que la presse n’est pas sans défauts, mais il ajoute que « les critiques de Tony Blair seraient plus convaincantes si son gouvernement avait moins tendance à capituler devant les tabloïds ». Après avoir manipulé la presse pendant dix années, le Premier Ministre est mal placé pour lancer ce débat car il a perdu la confiance du public. Le GUARDIAN fait une analyse similaire dans un éditorial intitulé : « bon sermon, mais mauvais prêcheur » et qui conclut : « M. Blair a nourri l’animal qu’il cherche aujourd’hui à entraver ».
Le DAILY TELEGRAPH qualifie de « spécieux » le remède préconisé par M. Blair – introduction de contrôles statutaires – et accuse le Premier Ministre de mettre en danger la liberté d’expression. Un point que relève également le SUN en assurant que « la liberté de la presse est vitale ».
C’est l’INDEPENDENT qui se montre le plus sévère. Le journal a été directement mis en cause par le Premier Ministre et son rédacteur en chef, Simon Kelner, a répondu dans un commentaire publié en première page : « l’Independent a été créé pour offrir un antidote à l’influence des magnats de la presse et à l’allégeance politique étroite. Il est resté fidèle à ses idéaux. Nous ne faisons pas les poubelles, nous respectons la vie privée des hommes publics et nous nous conformons aux règles de conduite de la presse. Mais après dix années de gouvernement Blair, de manipulation, de dossiers douteux, nous estimons qu’il est plus que jamais nécessaire d’interpréter et de commenter la version officielle des évènements. Ce qui ulcère M. Blair c’est qu’il n’est pas d’accord avec notre position. Si nous avions soutenu la guerre en Iraq, la plus grave erreur de politique étrangère de notre temps, il n’attaquerait pas notre style de journalisme ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
La violence à Gaza
L’action du Hamas et le chaos palestinien ont été unanimement condamnés par les commentateurs britanniques qui sont néanmoins nuancés dans l’attribution des responsabilités.
La presse travailliste estime, à l’instar du GUARDIAN, que l’on récolte « les fruits amers du boycott » : Israël et la communauté internationale sont partis du principe que plus on maintiendrait le boycott, plus le Hamas aurait des chances de se plier aux trois conditions imposées : fin de la violence, reconnaissance d’Israël, et acceptation des précédents accords, dont la feuille de route. Mais ces trois conditions sont impossibles à accepter pour le Hamas, qui cesserait alors d’être un mouvement militant islamique. On peut reprocher leur faiblesse aux Palestiniens, mais « la situation à Gaza reflète aussi le désespoir d’un peuple contraint de vivre dans une prison de plein air ».
« Le fait d’avoir coupé les vivres de l’Autorité palestinienne a contribué à ce désastre », renchérit l’INDEPENDENT qui reproche aussi à la communauté internationale d’avoir refusé de négocier avec le Hamas et le Fatah. Si l’on avait répondu de façon positive à la coalition, les choses pourraient être bien différentes aujourd’hui, ajoute le journal avant de conclure : « les Etats-Unis doivent être prêts à traiter avec le monde tel qu’il est et non tel qu’ils voudraient qu’il soit ».
Pour le DAILY TELEGRAPH, seul le Hamas est responsable et « plutôt que de nouer le dialogue, les pays occidentaux doivent intensifier leurs efforts » pour empêcher ce mouvement de parvenir à ses fins. Le TIMES pointe lui aussi le doigt sur le Hamas mais appelle Israël et les pays occidentaux à ne pas laisser le mouvement « saboter les espoirs de paix » .
Le FINANCIAL TIMES, pour sa part, estime que « les Etats-Unis et leurs alliés doivent plus que jamais explorer l’offre de paix de la Ligue arabe, car il ne peut y avoir de stabilité au Proche-Orient tant que cette question ne sera pas résolue ».
III. AFFAIRES FRANCAISES
Le premier tour des législatives
La presse avait salué la victoire remportée par l’UMP au premier tour et estimé qu’elle donnait largement au Président de la République les moyens de mener à bien ses réformes. Les premières réactions après le second tour semblent plus nuancées.
La semaine dernière, les journaux toutes tendances confondues relevaient, comme le GUARDIAN, « l’exploit politique » de M. Sarkozy : il a donné au parti d’un Président impopulaire un mandat extrêmement solide. Il a fait entrer dans son premier gouvernement des socialistes et des centristes de manière à attirer le plus possible d’électeurs, ce qui a complètement ébranlé l’extrême-droite et le centre. Selon le journal, le Président de la République va profiter de la situation favorable pour faire passer ses réformes et tant que les socialistes ne retrouveront pas leur bon sens, « la seule opposition à laquelle il puisse s’attendre viendra de la rue et, pour le moment, il est suffisamment malin pour l’éviter ».
Le TIMES se félicitait de la « transformation du paysage politique » en France, assurant que c’est moins d’une « vague bleue » que d’un raz de marée qu’il s’agit : les Français veulent le changement. Ils le veulent vite et ils veulent un gouvernement qui ait les moyens d’agir. Plus prudent, le FINANCIAL TIMES attend de voir si M. Sarkozy « est aussi bon pour gouverner que pour faire campagne » : le nouveau Président a obtenu les pouvoirs nécessaires à l’action, mais il doit « consulter avant de légiférer ». Il doit avoir des objectifs clairs, faire preuve de détermination et savoir vendre ses projets. « Mais la chance qui s’offre est trop bonne pour qu’on la laisse passer ».
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028