SEMAINE DU 11 AU 17 JANVIER
Deux dossiers ont dominé les affaires britanniques : les auditions de la commission d’enquête sur la guerre en Irak, qui ont franchi une étape avec le témoignage de l’ancien conseiller de Tony Blair Alastair Campbell, et le débat sur l’immigration relancé par les dernières propositions de David Cameron. Au chapitre international, la catastrophe d’Haïti a fait les grands titres des journaux. Les commentaires politiques se sont portés sur les relations de Google avec la Chine et le durcissement du régime iranien envers son opposition. Concernant la France, la production de la nouvelle Renault Clio et les problèmes de l’A400M ont donné lieu à quelques articles.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. L’enquête Chilcot sur la guerre en Irak
Le témoignage d’Alastair Campbell, l’ancien conseiller de Tony Blair, a marqué une étape dans l’enquête sur la guerre en Irak. Les journaux rappellent néanmoins que c’est l’intervention de l’ex- Premier ministre travailliste qui sera déterminante. Plusieurs titres dénoncent les « manipulations » de M. Campbell.
Le GUARDIAN considère que M. Campbell a fait du « bon théâtre médiatique » : sa priorité était de défendre M. Blair et de se protéger. Il s’en est tenu aux « bonnes intentions », fermant les yeux sur les « conséquences catastrophiques et destructrices » de la guerre. Selonle journal, aucun gouvernement britannique ne devra plus à l’avenir se leurrer à ce point en « s’accrochant » à une politique qui trahit la cause même qu’il défend.
« Alastair Campbell a préparé le terrain pour M. Blair », relève de son côté l’INDEPENDENT pour qui l’ancien responsable de la communication de Downing Street n’a pas révélé « grand-chose de nouveau ». M. Blair devra en revanche justifier son style de gouvernement, répondre aux difficiles questions sur le dossier des armes de destruction massive et sur le manque de préparation de l’après-guerre, conclut le journal.
Le DAILY TELEGRAPH s’en prend au « manipulateur » : « M. Campbell est l’incarnation même de l’erreur de jugement politique à la base de la décision du renversement de Saddam Hussein. Il a joué un rôle central dans la manipulation des médias et de l’opinion en faveur de la guerre alors qu’une grande partie des travaillistes y était opposée ». Une intervention militaire décidée sur des arguments aussi « spécieux » ne peut pas être une bonne guerre. L’enquête Chilcot n’a pas pour but de pointer le doigt sur les responsables, mais de tirer les leçons du conflit de manière à ne pas répéter les mêmes erreurs à l’avenir. « Une conclusion est déjà évidente : l’obsession pathologique du Labour pour la manipulation ne constitue pas une base saine pour décider d’une guerre ».
« Il est difficile de croire ce que dit Campbell », écrit le DAILY EXPRESS, tandis que le DAILY MAIL dénonce « les mensonges, les damnés mensonges » de M. Campbell. Le DAILY MIRROR, pro-travailliste, n’est pas davantage indulgent à l’égard des « mêmes vieilles manipulations » à propos de la guerre en Irak « qui a été le plus grand fiasco de politique étrangère des 50 dernières années ».
2. La politique d’immigration
S’il arrive au pouvoir, David Cameron limitera l’immigration : le dirigeant conservateur souhaite ramener à des dizaines de milliers, au lieu de 200.000 en moyenne, le nombre des immigrés entrant au Royaume-Uni tous les ans. Si la presse est divisée sur ces propositions, elle se félicite de voir lancé le débat.
Le DAILY TELEGRAPH estime « encourageants » les propos de M. Cameron, car ils montrent que le parti conservateur commence à clarifier sa politique. Le journal estime cependant qu’il doit faire preuve de davantage de courage, à l’exemple de l’ancien archevêque de Canterbury qui appelle de ses voeux des mesures urgentes pour empêcher la population d’atteindre le chiffre de 70 millions dans vingt ans. Le DT regrette que le leader conservateur n’aborde pas la question de l’Europe : notre contrôle de l’immigration est nettement limité par la législation européenne, qui conduit à des abus scandaleux (notamment des mariages sur commande entre Pakistanais et Européennes qui se connaissent à peine). Il conclut en appelant le prochain gouvernement à prendre en compte les craintes légitimes d’une population britannique qui considère désormais l’immigration comme une « menace terrifiante à la cohésion sociale ».
« Non aux quotas, oui un renforcement des contrôles » : l’éditorial du FINANCIAL TIMES considère que David Cameron a tort de vouloir fixer une limite à la population mais qu’il a raison de placer l’immigration dans son programme car c’est que question qui compte pour les électeurs britanniques et pour l’avenir du pays. L’immigration est souvent bénéfique à l’économie, mais elle implique des coûts sociaux réels. Il faut des contrôles plus stricts. Plutôt que de fixer des quotas artificiels, le gouvernement devrait déterminer quel type d’immigrés il souhaite accueillir. Il doit lutter aussi contre les mariages arrangés qui retardent l’intégration et encouragent les ghettos. L’immigration est en principe une bonne chose. Les populations devraient avoir le droit de bouger dans notre monde globalisé. Mais ce droit ne doit pas être exercé au détriment de ceux qui choisissent de rester sur place.
Bronwen Maddox du TIMES se montre un peu méfiante à l’égard des propositions de M. Cameron « qui répond à une demande de l’opinion », mais envisage des contrôles plus stricts qu’aucun autre leader. Pour l’éditorialiste de THE OBSERVER, le débat est encore loin d’être « honnête » : le Labour souhaite des règles plus strictes pour l’obtention des visas, les Tories prévoient des quotas. Aucun des deux partis ne fait de distinction entre les différentes formes d’immigration. Ni Gordon Brown, ni David Cameron ne discutent du rôle de l’Europe. Même s’ils se sentent plus libres d’aborder le sujet, « ils ne donnent cependant pas l’impression de vouloir dissiper le brouillard d’ignorance et de préjugés qui enveloppe encore cette question ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Le bras de fer entre Google et la Chine
La menace de la société Google de quitter la Chine dont elle refuse désormais la censure a fait la une de plusieurs journaux. Tous font bon accueil à une prise de position « courageuse » qui pourrait contraindre Pékin à réviser son approche à l’égard des voix dissidentes.
« La décision de Google est la bonne », écrit le TIMES, dans un éditorial, soulignant que toute entreprise qui défend la liberté d’expression « trouvera difficile de traiter avec des régimes autoritaires ». L’INDEPENDENT renchérit tout en se demandant pourquoi la société Internet avait initialement signé un accord. Pour le journal, « les cyniques ont peut-être raison de soupçonner que Google ne ferait pas tant d’histoires si elle avait une position plus importante sur le marché chinois ». Il estime cependant qu’il faut applaudir sa décision de « faire passer les principes en premier ».
Le DAILY TELEGRAPH exprime également des doutes sur les intentions de Google : « s’agit-il d’une décision commerciale maquillée en croisade pour la liberté d’expression ? Peut-être, mais il est certain que Google, comme beaucoup d’autres, a quelque répugnance à traiter avec la Chine ». Publiquement, les Chinois vont réagir avec indifférence, comme ils l’ont fait au sommet de Copenhague, montrant que les critiques de l’opinion internationale les laissent froids. Le régime n’est cependant pas stupide et, en privé, il devra reconnaître que son approche à l’égard des voix dissidentes peut commencer à devenir contre-productive du point de vue économique. Un point que reprend le FINANCIAL TIMES : « à l’avenir, les Chinois auront davantage de mal à dédaigner la liberté d’expression. Google est la première grande entreprise à refuser les exigences de la Chine. Espérons que ce ne sera pas la dernière ».
Le GUARDIAN pointe le doigt sur « la colossale folie » de la Chine et son désir d’un grand pare-feu internet « qui ne pourra jamais coexister avec le statut de plus grand exportateur mondial ». « Détruisons-le et vite », conclut le journal.
2. Le durcissement du régime iranien
Quelques commentateurs appellent au calme après les accusations de Téhéran (contre les exilés royalistes, les Etats-Unis et Israël) consécutives à l’assassinat d’un professeur d’université, apparemment proche de l’opposition.
Sous le titre, « Laissons les tranquilles », le GUARDIAN estime, dans un éditorial, que cet assassinat a pu être arrangé pour décourager les défections ou pour préparer une attaque contre les dirigeants de l’opposition iranienne. Si c’est réellement le cas, les Etats-Unis doivent se montrer prudents, surtout à un moment où le président Obama est pressé d’imposer de nouvelles sanctions. Alors que le régime de Téhéran perd ses derniers vestiges de légitimité, il est important que des sanctions internationales ne renforcent pas le leadership dans son rôle de défenseur de la foi. Les Etats-Unis ne doivent pas faire le jeu d’un président enclin à présenter ses opposants comme des agents étrangers. Washington est tenté de penser qu’il peut influencer les événements en Iran. Il l’a fait par le passé, mais rarement en bien.
Dans la même ligne, Adrian Hamilton de l’INDEPENDENT souligne que les sanctions sont rarement efficaces (celles déjà en place en Iran ont surtout enrichi les Gardiens de la révolution). L’isolement ne marche pas non plus. Il n’est pas facile de cesser les relations avec un pays avec lequel nous recherchons le dialogue, notamment concernant ses ambitions nucléaires. L’Iran est un pays souverain et fier. Toute intervention de l’extérieur rappelle les souvenirs d’ingérences étrangères. Le mouvement de protestation actuel touche un large éventail de la population, y compris dans les campagnes pourtant longtemps séduites par les discours populistes du président Ahmadinejad. « Une chose au moins est certaine : le changement ne peut venir que de l’intérieur. Il ne doit pas être perçu comme une demande des pays occidentaux au détriment de la position indépendante de l’Iran. Notre politique doit être ce qu’elle aurait dû être ces dix dernières années : oublier les sanctions stupides et contraindre Téhéran à négocier », conclut le commentateur.
III. AFFAIRES FRANCAISES
1. La production de la nouvelle Clio
« La France intervient pour conserver la nouvelle Clio » : comme plusieurs de ses confrères, le FINANCIAL TIMES a fait état de l’intervention du gouvernement français pour demander à Renault de produire la nouvelle Clio en France et non en Turquie. Le TIMES relève la convocation à l’Elysée du PDG de Renault et souligne que « le patriotisme économique s’empare de la classe politique française ».
Paul Betts du FINANCIAL TIMES trouve cela bien regrettable et assure qu’il est temps que Carlos Ghosn « montre le courage de ses convictions » : l’avenir de Renault dépend de sa modernisation, et cela coûte trop cher de produire des voitures en France. Soit M. Ghosn s’incline devant le gouvernement, soit il prend en compte les intérêts des actionnaires et opte pour la fabrication de la nouvelle Clio en Turquie. Le deuxième choix est le bon.
2. Les problèmes de l’A400M
Le TIMES a évoqué le « plaidoyer passionné » que le PDG d’Airbus a adressé aux gouvernements européens, y compris le Royaume-Uni, pour sauver le projet A400M, en retard de plus de deux ans. Le journal relève que, selon Tom Enders, un échec du projet mettrait en péril l’avenir du groupe.
Pour Paul Betts du FINANCIAL TIMES, « si l’histoire se répète, l’Allemagne finira par accepter un compromis qui permettra à l’A400M de prendre son envol, mais le prix en sera élevé » : la stratégie à long terme de Berlin est de reconstruire son industrie aérospatiale en acquérant un rôle de plus en plus important dans Airbus au détriment des Français. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028