Semaine du 11 au 17 février

SEMAINE DU 11 AU 17 FEVRIER

Le Chancelier de l’Echiquier sous le feu des critiques et la politique antiterroriste en difficulté : le gouvernement britannique a traversé encore une semaine difficile, sauf en matière de politique étrangère. Un discours du Secrétaire du Foreign Office a suscité en effet un vif intérêt dans les médias. Au chapitre international, la presse a critiqué la décision du Pentagone sur les prisonniers de Guantanamo. Elle a plutôt bien accueilli la réouverture du débat sur le régime chinois après la décision de Steven Spielberg, mais exprimé ses inquiétudes après le regain de tension au Liban.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Les difficultés d’Alistair Darling

Harcelé par l’opposition conservatrice et les représentants de la City, le Chancelier de l’Echiquier a dû faire des concessions sur un projet d’impôt pour les riches étrangers non domiciliés au Royaume-Uni. Mais si sa décision est qualifiée de « bienvenue », M. Darling est accusé de « maladresse inquiétante ». Un sondage du Sunday TIMES montre que les Britanniques souhaitent un départ du Chancelier de l’Echiquier (44% contre 27%).

Le DAILY TELEGRAPH rappelle en effet que M. Miliband a déjà effectué un « revirement » sur l’impôt sur les plus-values : ces incertitudes ont fait sérieusement « plonger » la réputation que le Labour avait acquise dans la City. Le FINANCIAL TIMES fait une analyse assez similaire, en estimant qu’il s’agit d’une « humiliation de plus » pour un gouvernement qui laisse l’opposition conservatrice lui dicter sa politique financière depuis l’automne dernier. Le quotidien financier engage M. Darling à ne pas répéter les mêmes erreurs lors de la présentation de son budget le mois prochain.

Pour le Sunday TIMES, « un Chancelier de l’Echiquier doit inspirer la confiance, surtout lorsque les temps sont difficiles. M. Darling a lamentablement échoué jusqu’à présent. Il doit se reprendre au plus vite ou partir ».

Quand un ministre commet une erreur, il vaut mieux qu’il le reconnaisse, note à son tour le SUN, tout en engageant M. Darling à se montrer plus prudent à l’avenir, et « tenir bon la barre » en cette période de remous économiques.

2. La lutte contre le terrorisme

Revers pour la politique de lutte antiterroriste du gouvernement ? C’est ce que semble indiquer, pour certains commentateurs, la décision de la Cour d’Appel d’annuler la peine de cinq jeunes musulmans accusés d’avoir téléchargé de la propagande extrémiste.

« La législation antiterroriste est en ruines », assure le TIMES, soulignant que des douzaines d’enquêtes vont devoir être suspendues du fait d’un manque de preuves. Le DAILY MAIL reproche pour sa part aux juges de mettre « une fois de plus des bâtons dans les roues » à la lutte contre le terrorisme : il faudra désormais que les services de sécurité et la police attendent avant d’agir d’avoir la preuve qu’une attaque est en préparation. Le journal cite les conclusions d’un rapport du RUSI (Royal United Services Institute) qui estime que le Royaume-Uni se montre trop laxiste face à la menace terroriste.

Le DAILY TELEGRAPH accepte lui aussi l’analyse du RUSI, et estime en effet « qu’à première vue la décision de la Cour d’Appel représente un revers pour la politique du gouvernement ». Pourtant, selon le journal, cette décision est parfaitement « sensée » : si les cinq jeunes hommes envisageaient sérieusement un acte terroriste, il fallait en avoir la preuve irréfutable. « La distinction repose parfois sur d’infimes détails juridiques, mais ce sont ces détails qui font la différence entre justice et supposition, preuve et accusation, et qui sont nécessaires pour la sauvegarde de nos libertés. Il suffit de jeter un coup d’œil de l’autre côté de l’Atlantique et sur Guantanamo pour voir ce qui arrive lorsque l’on n’y prend pas garde. Heureusement, au Royaume-Uni, c’est encore la culpabilité qu’il faut prouver et non pas l’innocence », ajoute le DT.

L’INDEPENDENT se félicite également de la décision prise puisqu’il n’a pas été prouvé que les suspects préparaient réellement une attaque. Il en conclut que l’affaire montre la « force » du système britannique.

3. La politique étrangère du Royaume-Uni

Les erreurs commises en Irak et en Afghanistan ne doivent pas masquer le fait que nous avons le devoir moral d’intervenir, parfois militairement, pour aider au développement de la démocratie dans le monde : le thème développé par le Secrétaire au Foreign Office, David Miliband, dans un discours de politique étrangère a suscité un vif intérêt dans les médias.

Les commentateurs soulignent, à l’instar du DAILY TELEGRAPH, le « courage » de David Miliband qui défend une doctrine, celle de l’interventionnisme libéral, beaucoup attaquée du fait de l’Irak et de l’Afghanistan : il rejette catégoriquement les tendances isolationnistes qui commencent à se faire sentir au Royaume-Uni, et « accuse bravement » ses amis de la gauche d’avoir laissé la droite monopoliser le thème de l’intervention démocratique. Le journal regrette que le Secrétaire au Foreign Office ne veuille pas admettre que le refus du gouvernement d’accorder un référendum sur le Traité de Lisbonne, une des réformes constitutionnelles les plus importantes de l’histoire récente britannique, est contraire à la démocratie. Il conclut néanmoins que « son message reste convaincant, bien pensé et moralement irrécusable ».

« Courageux ou téméraire ? » : le GUARDIAN hésite, mais estime toutefois que David Miliband a apporté une clarification nécessaire. Il est important en effet que les pro-européens progressistes donnent leur propre interprétation d’une intervention juste. Et compte tenu qu’il y aura nécessairement de nouvelles interventions après l’Irak et l’Afghanistan, il vaut mieux éviter de répéter les mêmes erreurs. Le journal souligne le rôle essentiel des institutions internationales, car il n’est pas question de « reconstruire des nations à notre image » et de faire entrer en jeu des intérêts commerciaux ou militaires dans le nouvel ordre mondial.

Pour le SUN, « David Miliband a parfaitement raison » : ce n’est pas à cause des erreurs en Irak et en Afghanistan qu’il faut baisser les bras. « Des pays comme le Royaume-Uni ont le devoir de se battre pour la démocratie ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Les suspects de Guantanamo

La décision du Pentagone de demander l’application de la peine de mort aux six prisonniers de Guantanamo soupçonnés d’être liés aux attentats du 11 septembre a été critiquée par la majeure partie de la presse britannique.

Plusieurs journaux protestent contre l’irrégularité de la démarche américaine. Ainsi du FINANCIAL TIMES qui dénonce « l’obstination de l’administration Bush à échapper au domaine du droit ». Ce n’est pas seulement une honte morale, c’est un échec du système. Il ne fait aucun doute que les suspects ne doivent pas échapper à la justice, mais Guantanamo, ainsi que toutes les autres pratiques illégales (vols de la CIA, usage de la torture) utilisées contre eux, représente une capitulation de la part des sociétés libérales et l’abandon de la règle de droit face au totalitarisme du Djihad. Les procès annoncés permettront une fois de plus aux terroristes de marquer des points. Guantanamo aurait dû être fermé depuis longtemps.

Bronwen Maddox du TIMES ne mâche pas ses mots : « la décision du Pentagone est la plus stupide de toutes celles prises par l’administration Bush. Guantanamo est un affront aux valeurs que prétend défendre Washington. Tous les prisonniers auraient dû être jugés dès le début par les tribunaux américains ». Le DAILY MAIL parle de « tache » sur les Etats-Unis et accuse George Bush de « faire le jeu des fanatiques » : il est « inacceptable » que les suspects ne soient pas jugés selon « des règles dignes de la plus grande démocratie du monde ».

L’INDEPENDENT, qui rappelle l’opposition du Royaume-Uni à la peine capitale, estime que cette affaire va susciter de « nouvelles tensions entre Londres et Washington ».

Le SUN en revanche se félicite d’une victoire pour George Bush : il aura peut-être fallu attendre plus de six ans pour permettre au président américain de tenir ses promesses. Mais « l’attente valait la peine si Sheikh Mohammed et ses complices se retrouvent finalement au jour du jugement dernier ».

2. La Chine et les J.O.

La décision de Steven Spielberg de se retirer de l’organisation des J.O. de Pékin a le grand avantage, selon les commentateurs, de mettre la pression sur le régime chinois.

« Félicitations à M. Spielberg », clame le TIMES qui se félicite du « poids moral » d’une rebuffade « qui va irriter et embarrasser la Chine, et va la contraindre à accepter les réalités attachées au rôle de puissance mondiale » : une influence croissante signifie aussi des responsabilités croissantes.

L’INDEPENDENT estime « décevant » que M. Spielberg ait limité ses protestations à la question du Darfour. Le gouvernement chinois est en effet directement responsable d’un grand nombre d’abus, et la Chine est loin d’être un Etat démocratique. « Mais si par sa rupture avec Pékin, Steven Spielberg permet l’ouverture d’un débat sur les Droits de l’Homme dans ce pays, il aura rendu service au monde entier », conclut le journal.

Le GUARDIAN assure lui aussi que le Darfour est loin d’être la seule raison qui puisse amener à reconsidérer une coopération avec Pékin pour les J.O. : « la Chine est un Etat répressif, notamment à l’égard du Tibet, qui défend le régime birman et applique la peine de mort ainsi que la torture ». Mais pour le journal, ce serait une erreur que de tourner le dos aux J.O. : « même sans être naïf, il y a de bonnes raisons de croire que les Droits de l’Homme et les politiques humanitaires ont davantage de chances de s’améliorer du fait de ce genre de manifestation que par un boycott qui serait largement ignoré ».

3. Les tensions au Liban

Le Liban de nouveau « au bord du chaos » : pour la presse, l’assassinat à Damas du chef militaire du Hezbollah va encore attiser dangereusement les tensions.

L’INDEPENDENT met en parallèle le rassemblement à Beyrouth pour marquer le 3ème anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier Ministre, Rafik Hariri, et la tenue, dans une autre partie de la ville, d’une cérémonie funèbre pour le représentant du Hezbollah. Pour le journal, ces deux manifestations « illustrent les profondes divisions de la société libanaise », privée de président depuis novembre dernier, parce que les deux factions rivales refusent de coopérer. Il estime qu’une solution politique est d’autant plus difficile que les groupes pro-syriens recherchent une formule de gouvernement qui leur garantirait un tiers des sièges, ce que les autres partis refusent, avant de conclure : « Il est temps que les hommes politiques libanais comprennent que l’impasse actuelle menace tout ce qui a été acquis depuis la fin de la guerre civile. Le Liban n’a plus besoin de la manipulation des services de renseignement syriens, iraniens, israéliens et américains. Il a eu sa part d’interférence étrangère. Ses dirigeants doivent chercher eux-mêmes à sortir du chaos ».

Le TIMES pointe le doigt sur la Syrie « qui, délibérément et cyniquement, perpétue la fragilité au Liban », et sur l’Iran, « le banquier du Hezbollah ». Le journal assure que le refus de Damas de coopérer à l’enquête de l’ONU sur l’assassinat de M. Hariri montre sa mauvaise foi et accuse le régime syrien de « continuer à verser le poison qui paralyse le Proche Orient ». « La Syrie fait tout son possible pour empêcher l’enquête de l’ONU », renchérit le FINANCIAL TIMES, engageant fortement le tribunal des Nations Unies à poursuivre son action pour bien marquer la primauté de la règle de droit dans une région « empoisonnée par les despotes »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028