london_paris_panoramic Français English

» Actualités » Revues de presse » Revue de presse hebdomadaire » Semaine du 11 au 17 août

Semaine du 11 au 17 août

SEMAINE DU 11 AU 17 AOUT

Une alerte à l’inflation et les craintes d’une récession sont venues assombrir une période estivale déjà peu clémente. Une attaque virulente du prince Charles contre les OGM a par ailleurs suscité un tollé dans les principaux journaux. La guerre dans le Caucase a dominé les affaires internationales, mais deux autres dossiers ont également retenu l’attention des rédactions : les négociations au Zimbabwe sur le partage du pouvoir et l’image de la Chine dans le cadre des J.O.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

1. Alerte à l’inflation

Un taux d’inflation de 4,4%, son plus haut niveau depuis 16 ans et plus du double de l’objectif fixé par le gouvernement (2%), un chômage en hausse et la livre sterling au plus bas depuis 12 ans : les perspectives économiques du Royaume-Uni sont inquiétantes, et le gouverneur de la Banque d’Angleterre n’hésite pas à annoncer une récession. Les commentateurs estiment toutefois que la politique monétaire ne doit pas changer de cap.

Le DAILY TELEGRAPH parle « d’échec » pour la Banque d’Angleterre et y voit le résultat de près de deux années de politique monétaire laxiste, alimentée par des dépenses publiques élevées. Pour le journal, il est essentiel de ne pas faire fausse route maintenant : le comité de politique monétaire doit résister à toutes tentations d’abaisser les taux d’intérêt, sous prétexte de lutter contre la récession. Ce serait tout aussi fou de relever les taux car le coût actuel du crédit est déjà très restrictif et pèse lourdement sur l’activité économique. « La stratégie de Gordon Brown, en matière de lutte contre l’inflation, avec son objectif de 2%, est tout ce qui reste de la crédibilité du gouvernement dans le domaine de l’économie. Elle ne tient plus aujourd’hui qu’à un fil ».

Le TIMES défend la même ligne : un changement de la politique monétaire serait une erreur. « La réputation du Labour en matière de gestion économique a été ternie par la crise du crédit et une politique budgétaire laxiste. La crédibilité de la politique monétaire est également la crédibilité du gouvernement. Il ne faut pas céder sur ce point ». Le FINANCIAL TIMES reconnaît que la Banque d’Angleterre doit se livrer à un exercice périlleux : la question est de savoir si le ralentissement suffira pour faire baisser l’inflation au cours des deux années à venir ou bien s’il faudra relever les taux mais, de ce fait, affaiblir plus encore l’économie. « Il est vraisemblable qu’un maintien des taux à leur niveau actuel est la meilleure solution. Mais la Banque d’Angleterre doit se préoccuper de sa crédibilité pour conserver la confiance du public. C’est pourquoi elle doit se tenir prête à une hausse des taux et signaler sa détermination ».

Plusieurs journaux s’interrogent sur le gouvernement. Le GUARDIAN estime que si la Banque d’Angleterre a des chances de résoudre son dilemme, la situation est autrement plus difficile pour Gordon Brown : « les électeurs risquent de se retourner violemment contre celui qui leur avait promis la fin des cycles en dents de scie ». Le Premier Ministre doit aider autant que possible les familles les plus touchées par la situation actuelle. L’INDEPENDENT pointe le doigt sur Alistair Darling « qui donne l’impression d’être dans un autre monde » en refusant d’admettre le sérieux de la crise : en période de difficultés, « le public attend compétence et réalisme. Le gouvernement ne montre ni l’une ni l’autre ».

2. Le prince Charles et les OGM

Une nouvelle fois, le prince Charles n’a pas mâché ses mots : après avoir souvent pris des positions tranchées (sur l’urbanisme notamment), le futur roi d’Angleterre a vivement attaqué les OGM, une catastrophe mondiale selon lui, et les grandes multinationales qui les développent, à l’occasion d’une interview parue dans le DAILY TELEGRAPH.

Les commentateurs sont sans pitié pour un prince qui ne connaît pas bien son dossier et qui, rappelle le DAILY TELEGRAPH, va à l’encontre de la communauté scientifique internationale ainsi que Downing Street qui autorise depuis l’année 2000 des cultures OGM expérimentales.

Sous le titre « une embrouille royale », l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES accuse le prince Charles de « se tromper sur tous les points » : la population mondiale augmente plus vite que la production agricole. Les OGM offrent une solution, et ils ne sont nullement responsables de la pénurie d’eau au Punjab ou de la salification de l’Australie. « Le prince Charles devrait se laisser guider par la science plutôt que la superstition ».

Le TIMES est tout aussi sévère : « Le prince Charles a le droit de dire ce qu’il pense, mais ses arguments sur les OGM sont alarmistes, sans fondement et contraires à la science ». « Les OGM ne sont pas la panacée, mais c’est une technologie qui peut être bénéfique pour les plus pauvres de la terre… S’y opposer pourrait aggraver la pénurie et la famine dans le monde ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. Le conflit en Géorgie

La presse a continué de dénoncer l’action de la Russie et mis en avant la démarche de la France, au nom de l’Union européenne, pour un cessez-le-feu. Elle a relevé la condamnation de George Bush et l’envoi d’une mission humanitaire américaine. Les commentateurs reconnaissent aussi que Moscou a atteint ses objectifs.

Le FINANCIAL TIMES accuse la Russie de se conduire en « tyran paranoïaque qui n’a toujours pas accepté la perte de son empire », mais souligne également que Moscou ne « semble pas d’humeur à négocier quoi que ce soit ». Du plan de paix présenté M. Sarkozy il est peu probable en effet que le Kremlin accepte d’autres propositions que le cessez-le-feu. Même si le parallèle dressé par les Russes avec le Kosovo est absurde, la communauté internationale devrait les prendre au mot. Si leur seul souci est la situation humanitaire, ils ne doivent avoir aucun problème à accepter une mission de maintien de la paix de l’OSCE. L’Union européenne et les Etats-Unis ont sans doute des moyens de pression limités, mais ils ne doivent pas hésiter à tester les intentions de Moscou. Son adhésion au G8, son désir d’un partenariat stratégique avec l’OTAN et l’Union européenne ainsi que d’une entrée dans l’OMC doivent être soumis à une condition : que la Russie se comporte en puissance responsable.

Le DAILY TELEGRAPH est plus pressant encore : « les pays occidentaux doivent faire comprendre à M. Poutine ce que lui coûtera son revanchisme : les négociations sur un nouveau partenariat stratégique ainsi que les réunions du Conseil Russie/OTAN doivent être suspendues. La Russie doit être exclue du G8, et il faut lui fermer la porte de l’OMC. Traiter en toute impunité ce qui s’est produit en Géorgie ne ferait qu’encourager le Kremlin à faire la même chose ailleurs, notamment en Ukraine qui aspire aussi à entrer dans l’OTAN. Moscou pourrait être également tenté d’intervenir en Estonie et en Lettonie pour soutenir la minorité russe, et faire pression sur la Lituanie pour établir un couloir vers l’enclave de Kaliningrad. Afin d’empêcher toutes nouvelles actions revanchardes, il faut bien faire comprendre aux Russes qu’ils risqueraient un gel de leurs considérables avoirs dans les pays occidentaux. Avec l’isolement diplomatique, c’est la meilleure façon de les détourner d’une sinistre ambition de recréer leur ancienne sphère d’influence.

Le NEW STATESMAN favorise la négociation et estime que l’Union européenne est mieux placée pour cela que l’OTAN : « l’intervention de M. Sarkozy a été habile ». Elle a donné une idée de ce que l’Europe peut achever si elle parle d’une voix unie. Dommage que le Royaume-Uni ait été exclu lamentablement du processus, souligne l’hebdomadaire.

C’est en tous cas « un conflit qui a coûté cher à la Géorgie », assure l’INDEPENDENT. Anne Penketh, dans le même journal, ajoute que « la Russie a montré sa force et humilié les pays occidentaux ». Selon la journaliste, Moscou avait deux objectifs en se lançant dans cette guerre : se débarrasser du président Saakashvili, trop indépendant pour son goût, et s’opposer à l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN. Les Etats-Unis et l’Union européenne ont jugé cette intervention disproportionnée. M. Sarkozy a soumis un plan de paix, mais c’est le Kremlin qui a le plus d’atouts dans son jeu : M. Poutine a compris dès le départ que les pays occidentaux n’avaient aucune envie de se battre pour sauver la démocratie géorgienne. L’OTAN est donc « dans le pétrin » : il lui répugne de voir la Russie opposer son veto à l’entrée d’un pays tiers dans l’Alliance, mais la manière impulsive dont le président Saakashvili a déclenché la crise a accru la réticence des pays occidentaux. Pour l’Ukraine, les perspectives sont plus sombres encore. Si la Russie n’a pas hésité à user de sa force militaire pour empêcher l’entrée dans l’OTAN d’un pays de 4 millions d’habitants (Géorgie), que ne fera-t-elle pas pour l’Ukraine, qui en compte 46 millions, avec une minorité russe importante ?

« La Russie a atteint ses objectifs à court terme, notamment punir la Géorgie de son intention d’intégrer l’OTAN », relève le TIMES, ajoutant que « la réponse des gouvernements occidentaux doit être claire » : il n’est pas acceptable que Moscou dicte à ses voisins leurs alliances ou leur forme de gouvernement.

Le GUARDIAN s’est démarqué du reste de ses confrères en rappelant que la Géorgie a déclenché la crise et en émettant de sérieuses réserves sur le bien-fondé d’une entrée de ce pays dans l’OTAN. Seumas Milne dans le même journal assure que « plus que d’une agression de la Russie, il s’agit d’expansionnisme américain » : les Etats-Unis ont envenimé les choses en cherchant à promouvoir un gouvernement pro-occidental en Géorgie, pour en faire une base anti-russe dans la région. Ils s’efforcent de faire entrer ce pays dans l’OTAN et d’affaiblir la position de la Russie en matière de contrôle de l’énergie. Et ils ont soutenu l’indépendance du Kosovo, dont le statut est assimilé par Moscou à celui de l’Ossétie du sud. La Géorgie est devenue un satellite américain que Washington est déterminé à utiliser pour renforcer son hégémonie.

2. La situation au Zimbabwe

Annoncée depuis plus d’une semaine, la possibilité d’un accord au Zimbabwe ne s’est pas concrétisée, mais la presse estime que l’intransigeance de M. Mugabe constitue le principal obstacle.

Pour Bronwen Maddox du TIMES, il ne peut y avoir de résolution de la crise tant que M. Mugabe conservera un rôle réel. L’éditorial du journal énumère les conditions qui lui paraissent essentielles pour une issue « acceptable » : le président du Zimbabwe ne peut avoir qu’un titre honorifique, tandis que M. Tsvangirai doit avoir le contrôle du gouvernement, même si cela implique la coopération avec les éléments modérés du ZANU. Il faut également rejeter les demandes de M. Mugabe d’un report des élections.

« La survie de Mugabe ferait s’évanouir tout espoir » pour le Zimbabwe, renchérit l’éditorial du FINANCIAL TIMES qui va donc plus loin que son confrère. Pour le journal, le Zimbabwe a besoin d’une « rupture », et M. Tsvangirai a eu raison de montrer sa fermeté en abandonnant les discussions sur un partage du pouvoir : le chef de l’opposition n’aurait rien à gagner à faire des concessions, bien au contraire. Il y perdrait en respect et en crédibilité. L’INDEPENDENT estime lui aussi que M. Tsvangirai a raison de résister aux pressions : M. Mugabe est toujours le même. S’il conservait un rôle, « ce serait une catastrophe pour le Zimbabwe. La seule chose que puisse accepter le chef de l’opposition c’est un accord sur la tenue d’élections et qui lui donne le contrôle de l’armée et de la police ».

3. La Chine et les J.O

« Le prix de la perfection est parfois trop élevé » (DAILY TELEGRAPH) : la presse britannique s’interroge soudain sur la performance de Pékin. Est-il en effet justifié de recourir à l’image de synthèse, au play-back, aux figurants pour faire bonne impression sur la scène internationale ?

Le FINANCIAL TIMES accuse le gouvernement chinois de « supercherie », alors qu’il n’y avait aucune raison de corriger des imperfections qui ne nuisaient en rien au spectacle. Le journal met en garde les organisateurs des Jeux de Londres en 2012 : qu’ils ne cherchent pas à rivaliser avec Pékin, mais s’efforcent plutôt de rappeler qu’il ne s’agit après tout que de jeux.

Le DAILY TELEGRAPH reprend le même argument : Londres doit surtout chercher à ramener de la raison et un sens des proportions aussi bien lors de la cérémonie d’ouverture que durant les Jeux eux-mêmes. « Londres n’a pas de souci à se faire », renchérit le TIMES. Pour l’INDEPENDENT, « Londres ne doit surtout pas chercher à rivaliser avec Pékin. Les Jeux de 2012 peuvent avoir tout autant de succès sans le côté grandiose. Le Royaume-Uni ne doit pas avoir peur de montrer son style propre – sans parler de ses valeurs démocratiques »./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028