Semaine du 11 au 16 mai

SEMAINE DU 12 AU 16 MAI

Les tentatives de relance du Premier Ministre – qui vient de traverser ses pires moments depuis sa prise de fonction – ne semblent guère avoir été couronnées de succès, si l’on en croit les réactions de la presse. Au chapitre international, le tremblement de terre en Chine et la situation en Birmanie ont fait les grands titres des journaux. La visite de George Bush en Israël et les élections en Serbie ont également reçu une bonne couverture.

I. AFFAIRES BRITANNIQUES

La contre-offensive du gouvernement

Attaqué de toutes parts, y compris dans les Mémoires de Cherie Blair et de John Prescott, mais surtout à cause de l’abolition de la tranche fiscale de 10%, Gordon Brown a lancé une contre-offensive en deux temps : d’abord l’annonce par le Chancelier de l’Echiquier d’une mesure compensatoire sur l’impôt, puis la présentation des grandes lignes de son programme pour la prochaine année parlementaire. Les commentateurs, dans un cas comme dans l’autre, restent sceptiques.

A) La mesure compensatoire

La mesure annoncée par Alistair Darling pour compenser l’abolition de la tranche fiscale de 10% est très mal perçue par la presse qui lui reproche de saper la crédibilité du gouvernement.

Le FINANCIAL TIMES est sans pitié : la démarche de M. Darling « sent le désespoir et fait fi de la santé à long terme des finances publiques ». Elle enlève toute crédibilité à la politique budgétaire du gouvernement. Ce dernier peut difficilement se permettre une telle dépense alors que la dette publique dépasse déjà les limites fixées. Gordon Brown perd de ce fait une partie des armes lui permettant, en période de campagne électorale, d’attaquer efficacement les conservateurs, en particulier lorsqu’ils promettent des réductions d’impôts sans en préciser le financement.

L’éditorial du TIMES est tout aussi sévère : « les revirements du gouvernement en matière de politique économique deviennent une habitude ». Et Peter Riddell, dans le même journal, accuse Alistair Darling de vouloir « racheter la popularité du Labour » au détriment de la crédibilité à long terme de la politique budgétaire du gouvernement : « autant pour la prudence » qui avait fait la réputation de M. Brown.

Le DAILY TELEGRAPH assure que M. Darling « a pris une bonne décision, pour de mauvaises raisons » : l’abaissement des impôts est toujours souhaitable, mais le Labour n’a pas soudain pris conscience de cette réalité. Son objectif est d’éviter une déroute à l’élection partielle de Crewe and Nantwich.

La presse pro-travailliste n’est pas plus indulgente. L’INDEPENDENT dénonce le « cynisme » du gouvernement : lorsque M. Brown a décidé l’année dernière d’abolir la tranche de 10% pour réduire de 2% celle de 22%, il a voulu s’attirer les classes moyennes, mais il l’a fait sans réfléchir aux conséquences de son action. Il n’a fini par admettre son erreur qu’après la menace d’une rébellion et la défaite électorale du 1er mai. La mesure « désespérée » annoncée par M. Darling va sans doute mettre fin à la révolte et permettre l’adoption du budget aux Communes. Mais elle n’épargnera probablement pas un échec aux travaillistes lors de l’élection partielle de Crewe and Nantwich. Et le gouvernement devra emprunter 2,7 milliards de livres pour financer son geste, ce qui signifie que le contribuable devra payer la note dans les années qui viennent. Un point que développe également le GUARDIAN en soulignant que cette démarche « est l’expression même du genre de populisme dont M. Brown a toujours cherché à se dissocier ».

B) Le programme du gouvernement

Les grandes lignes du programme du gouvernement pour la prochaine année parlementaire n’ont pas non plus contribué à la relance de Gordon Brown d’autant que sa présentation a coïncidé avec une alerte à la récession lancée par le gouverneur de la Banque d’Angleterre.

Les journaux travaillistes ne sont pas les plus tendres. « Quel besoin avait M. Brown de présenter l’ébauche du prochain discours du Trône, alors que le programme de l’année parlementaire en cours est loin d’être réalisé » ? s’interroge le GUARDIAN, selon lequel « un Premier Ministre en bonne posture n’aurait pas éprouvé la nécessité d’un tel exercice ». « M. Brown a parlé de l’avenir pour s’assurer d’en avoir un ». Il a certes une stratégie, et ses propositions sont pour la plupart sensées et évitent le populisme. Mais plus il fait de grandes promesses, moins il risque de les tenir. Il doit trouver le moyen de montrer qu’il change en mieux le pays, et il ne le fera pas par des déclarations. Il doit se concentrer sur un nombre d’objectifs réalisables.

« M. Brown devra mieux faire pour regagner sa réputation », renchérit le FINANCIAL TIMES qui appelle lui aussi le Premier Ministre à se concentrer sur un nombre plus réduit de priorités – économie, santé, éducation – et s’engager à obtenir des résultats d’ici deux ans.

L’INDEPENDENT assure pour sa part que « l’ombre de la récession et les retombées de ses précédentes erreurs rendent bien secondaires » les propositions de M. Brown.

Pour le TIMES, « une liste des choses à faire n’est pas une philosophie pour un gouvernement ». M. Brown doit donner un « sens de la direction ». De plus, conclut Peter Riddell, dans le même journal, « c’est l’économie qui déterminera le sort du dirigeant travailliste ».

II. AFFAIRES INTERNATIONALES

1. La situation en Birmanie

La presse est divisée sur l’acheminement de l’aide : faut-il ou non agir sans l’autorisation de la junte militaire ?

Le DAILY TELEGRAPH répond par l’affirmative, appelant l’ONU à « justifier ainsi son existence » : l’organisation internationale doit agir au nom de sa responsabilité à protéger les civils innocents dont les gouvernements faillissent à leurs devoirs. « Si les autorités birmanes ne sont pas préparées à sauver la vie de leur population, il faut distribuer l’aide par voie aérienne ou maritime mais il faut épargner à la communauté internationale un nouveau crime contre l’humanité ».

Bronwen Maddox du TIMES assure en revanche qu’il n’est pas facile « d’imposer » de l’aide, ainsi que le propose M. Kouchner : la distribution par voie aérienne n’atteint pas nécessairement son but ; invoquer la responsabilité de l’ONU à protéger les populations en danger se heurte également à des difficultés. La Birmanie n’est pas le seul pays à être gouverné par un régime qui se soucie peu du bien être de son peuple. Bien des pays ayant accepté le principe de l’ONU (sur « la responsabilité de protéger ») se montrent réticents lorsqu’il s’agit de le mettre en application. Pour Mme Maddox, le meilleur espoir reste la Chine et sa capacité à faire accepter l’entrée des équipes humanitaires.

Simon Tisdall du GUARDIAN s’interroge lui aussi sur les dangers d’une intervention unilatérale : « l’agonie croissante de la Birmanie confronte une fois de plus la communauté internationale à la vérité inconfortable de sa propre impuissance ». La pression monte sur le Royaume-Uni, qui préside actuellement le Conseil de Sécurité mais, quoi que recommande Londres, la Chine et la Russie s’opposeront, comme pour le Zimbabwe, à toute action directe. Il ne serait pas exact de dire que l’intervention ne donne pas de résultats : la « doctrine de Chicago » de Tony Blair a été efficace au Timor oriental et en Sierra Leone. Elle a été un peu plus problématique au Kosovo, inefficace au Soudan et désastreuse en Irak. « Le problème avec l’interventionnisme est qu’il se trompe souvent dans ses priorités et ses objectifs, ce qui ne fait qu’encourager ceux qui font fi de la volonté internationale, comme les généraux sans pitié de Rangoon ».

2. La visite de George Bush en Israël

La visite du président américain à l’occasion du 60ème anniversaire d’Israël a été illustrée de commentaires négatifs sur la situation actuelle au Proche Orient.

« M. Bush parcourt les chemins de ses échecs passés », écrit sans pitié le GUARDIAN. Le journal souligne qu’en Israël, « le processus de paix lancé l’année dernière à Annapolis est quasiment mort ». Au Liban, le gouvernement sur lequel l’administration américaine avait misé s’est incliné devant le Hezbollah. Les deux grands adversaires à la solution des deux Etats, le Hezbolalh et le Hamas, sont plus forts que jamais. Pour le GUARDIAN toutefois, le découragement n’est pas une politique et, avant de déclarer la mort du processus de paix, il faut étudier les autres solutions : l’Arabie saoudite est prête à relancer le processus de La Mecque. Il ne peut y avoir d’accord valable avec seulement la moitié des Palestiniens. Il faut donc chercher un rapprochement entre le Fatah et le Hamas. Ce dernier doit évidemment déclarer un cessez-le-feu. « L’engagement ne signifie pas la reddition, ni la récompense de la force. Mais l’impasse actuelle ne mène à rien sinon à la guerre ».

Le FINANCIAL TIMES qualifie de « toxique » l’amitié de M. Bush pour Israël : à cause de ses politiques la position américaine dans le monde arabe et musulman est au plus bas. Et à cause des assurances qu’il a données à Ariel Sharon en 2004, il a rendu plus difficile la mise en place de la solution des deux Etats.

Le DAILY TELEGRAPH reproche, lui aussi, à M. Bush d’avoir « négligé » le Proche Orient et d’en payer le prix. La leçon à en tirer, pour le journal, est qu’il ne peut y avoir de solution dans la région « sans une étroite supervision des Américains ».

3. Les élections en Serbie

La presse a titré sur le « soulagement » de Bruxelles après le bon score du parti pro-européen de M. Tadic aux élections législatives en Serbie. Les commentateurs estiment que l’Union européenne doit se montrer encourageante, mais que les Serbes doivent être coopératifs sur la question des criminels de guerre.

« La victoire des pro-européens en Serbie est réconfortante et inattendue, mais elle pose des problèmes aux dirigeants politiques de ce pays ainsi qu’à Bruxelles », écrit le TIMES. Le journal relève en effet que les démocrates ne sont pas suffisamment nombreux pour former un gouvernement, et que le choix de leurs partenaires dans une coalition est donc fort délicat. Sur le Kosovo, la privatisation ou le rôle de l’Etat, les terrains d’entente sont difficiles. Il se félicite aussi de ce que l’Europe qu’elle a déjà cherché à offrir des incitations réelles aux Serbes pro-européens, assouplissant notamment le régime des visas, promettant un resserrement des liens économiques et commerciaux et signant, durant la dernière campagne électorale, un Accord de Stabilisation. Mais Bruxelles doit commencer à mettre en œuvre ses promesses, sans toutefois renoncer aux conditions imposées par certains de ses Etats membres ne facilitent pas les choses ( les Pays-Bas exigent une totale coopération dans l’arrestation et le jugement des criminels de guerre, Ratko Mladic et Radovan Karadzic). « La Serbie est au cœur de l’Europe, elle n’a pas écouté l’appel des sirènes en provenance de Moscou. Elle doit occuper la place qui lui revient ».

Le FINANCIAL TIMES souligne « la signification » des résultats : l’affaire du Kosovo n’a pas amener les Serbes à tourner le dos à l’Europe. Mais le journal estime également qu’il sera difficile de mettre sur pied une coalition « viable ». Il regrette aussi le manque de coopération de la Serbie sur la question des criminels de guerre : le pays doit faire davantage d’efforts pour la capture de M. Mladic. Sans cela, la Serbie ne pourra pas devenir candidat pour une adhésion à l’Union, quels que soient les progrès réalisés sur les autres questions. /.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028