L’affaire des dépenses des députés a dominé l’actualité portant atteinte à tous les partis mais permettant à David Cameron de marquer des points sur Gordon Brown. Ce dernier a subi un nouveau revers avec les déclarations pessimistes du gouverneur de la Banque d’Angleterre sur les signes de reprise.
Trois dossiers dominent les affaires internationales : les ambitions de Barack Obama au Proche Orient, la politique américaine en Afghanistan et le Sri lanka.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Les dépenses des ministres et des députés
Les électeurs sont « révulsés » par l’affaire des dépenses et ils le sont autant par le Labour que les conservateurs, selon le dernier sondage Populus publié par le TIMES : les Tories perdent 4 points et recueillent 39% des intentions de vote, tandis que les travaillistes se retrouvent avec 26% des voix (- 4 également). Mais pour les commentateurs, Gordon Brown reste le plus vulnérable. David Cameron marque des points en appelant plusieurs membres du cabinet fantôme à rembourser leurs excès.
Peter Riddell du TIMES assure que les options des travaillistes sont limitées : seul un tiers des électeurs estime qu’un remaniement améliorerait leurs chances. Moins de la moitié pense que le départ de M. Brown changerait les choses. Les perspectives du parti seraient apparemment meilleures en cas de changement de politique important dans des domaines comme la santé, la lutte contre la criminalité et les impôts. Cela ne se produira probablement pas. « De toutes façons, le public semble avoir déjà pris sa décision : il ne veut plus ni de M. Brown, ni du Labour ».
L’action énergique de David Cameron est approuvée par la presse, toutes tendances confondues. Pour le DAILY TELEGRAPH, le dirigeant conservateur « fait preuve de courage et montre comment être un bon dirigeant », tandis que « le Premier Ministre semble se replier plus profond dans son bunker ». « Cameron montre la voie », renchérit le DAILY MAIL.
Le TIMES donne David Cameron en exemple : il apporte le « leadership » qui faisait grandement défaut depuis le début de cette affaire. Il montre qu’il comprend le problème et agit en conséquence. Il prend des risques, mais indique clairement à son parti qu’il « entend imposer ses conditions ».
Les journaux travaillistes reconnaissent, à l’instar du GUARDIAN, que M. Cameron « a fait ce que M. Brown aurait dû faire ». Selon le journal, Il serait toutefois dangereux de penser que l’affaire disparaîtra avec un remboursement des dépenses. Tous les partis et tous les hommes politiques doivent comprendre l’ampleur du mécontentement du public qui risque de se traduire par des surprises au moment des européennes. C’est aussi l’avis de l’INDEPENDENT : « le dirigeant conservateur a commencé à réparer les dégâts, mais la confiance du public ne sera pas regagnée du jour au lendemain ».
Pour restaurer cette confiance, il faut s’en prendre aux « causes du mal » : le GUARDIAN l’attribue au manque de « transparence » du Parlement et à la réticence des principaux responsables, à commencer par le speaker Michael Martin, à le comprendre. Il est temps pour ce dernier de « partir », conclut le journal, une demande formulée par la majeure partie des journaux, y compris le DAILY TELEGRAPH et le SUN.
2. La situation économique
Les signes de reprise annoncés ont été mis en doute par le gouverneur de la Banque d’Angleterre qui revient sur les dernières prévisions : la contraction de l’économie sera de 3,8% en 2009 et la croissance de 1,1% en 2010. Il y a seulement trois mois, la croissance pour l’année prochaine était estimée à 2,3%. La performance de l’économie pourrait même être plus mauvaise que cela. La presse en prend note.
« Nous ne sommes pas tirés d’affaire », assure le DAILY TELEGRAPH, tout en estimant que « le pire de la crise est passé » et que le système bancaire est stabilisé même s’il ne fonctionne pas encore normalement. L’INDEPENDENT s’inquiète des nombreux obstacles à la reprise : le secteur bancaire hésite encore à prêter, le chômage est en hausse, surtout chez les jeunes et risque d’avoir de sérieuses répercussions économiques et sociales.
Le GUARDIAN rappelle pour sa part que cette récession n’est pas comparable à celles du passé aussi bien par sa sévérité que par sa nature. Jusqu’à présent le débat a tourné autour de solutions immédiates (baisse des taux, stimulation budgétaire). Il doit maintenant chercher à générer de nouvelles sources de croissance et des rentrées fiscales.
Pour le FINANCIAL TIMES, la qualité de la reprise dépend de l’ampleur de la coordination entre les décideurs : il ne faut surtout pas que la politique budgétaire et financière soit ajustée en fonction des calendriers électoraux des hommes politiques. « Sans une sérieuse coordination entre les autorités financières, la Banque d’Angleterre et le Trésor, le Royaume-Uni risque de perdre sa crédibilité ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1. Barack Obama et le Proche Orient
Les « grandes ambitions » du Président américain pour le Proche Orient sont saluées par l’ensemble des médias. Tous les commentateurs s’interrogent cependant sur les intentions du Premier ministre israélien attendu en début de semaine prochaine à Washington.
Cette rencontre est, de l’avis de Simon Tisdall (GUARDIAN), « d’une importance considérable aussi bien pour M. Obama et M. Nétanyahou que pour une région déchirée par plus d’un demi-siècle de conflit » : si tout se passe bien, le Président américain dévoilera le 4 juin au Caire un projet d’accord « déjà considéré comme un manifeste historique pour un changement des relations entre le monde islamique et les pays occidentaux ». Les enjeux sont également élevés pour M. Nétanyahou : le vice-président américain a déjà fait savoir à Israël qu’il doit être prêt à faire des compromis sur le statut final et commencer à lever les barrières économiques en Cisjordanie et à Gaza. Le Premier ministre israélien sait très bien aussi qu’une alliance informelle des Etats arabes et musulmans, de l’Union européenne, de l’ONU, de la Russie et de l’opinion mondiale est déployée contre lui. Son objectif immédiat est de ne pas se faire écraser par l’offensive diplomatique de M. Obama. « Israël va chercher à faire de la résistance pour ralentir le changement, mais cela ne lui sera pas facile compte tenu des nombreux moyens de pression dont dispose le Président des Etats-Unis ».
Il y a « une chance rare à saisir », assure l’éditorial du TIMES : même si Washington voit en M. Nétanyhou un « opportuniste » sur lequel il est difficile de compter, le Premier ministre israélien est « un politicien habile » qui sait que l’administration Obama n’acceptera pas des « tactiques dilatoires » pour empêcher la solution de deux Etats. Le DAILY TELEGRAPH en est moins sûr : il faut applaudir le « courage » de M. Obama, mais l’attitude « intransigeante » de M. Nétanyahou est un obstacle important. De plus des Etats comme la Syrie et l’Iran sont capables de saper le processus de négociation par la poursuite de leur soutien au Hamas et au Hezbollah.
L’INDEPENDENT s’inquiète du problème de l’Iran : il y a une logique à vouloir lier ce pays au conflit israélo-palestinien. En prenant en compte les craintes israéliennes à propos du régime de Téhéran, les Américains pourront plus facilement demander à M. Nétanyahou de faire des compromis sur la question palestinienne. La Maison Blanche doit cependant prendre garde à ne pas laisser les Israéliens arrêter le processus de paix sous prétexte de la menace iranienne.
2. La politique américaine en Afghanistan
Le limogeage du commandant en chef des forces américaine en Afghanistan, le général McKiernan, moins d’un an après sa prise de fonctions, suscite de nombreuses interrogations dans la presse.
C’est une décision « difficile à comprendre », selon Simon Tisdall du GUARDIAN, selon lequel les explications du Secrétaire à la défense, Robert Gates, sont « confuses ». Le général McKiernan avait demandé à plusieurs reprises l’envoi de renforts en Afghanistan. Sa stratégie était subtile, car il estimait que l’action militaire à elle seule n’était pas la solution. Il souhaitait aussi un accroissement des forces afghanes, la mise sur pied d’une force de police respectée, la lutte contre le Djihad et les Talibans et l’application de solutions régionales : une approche qui reflète la politique de M. Obama. Pourquoi alors l’avoir fait partir ? La Maison Blanche veut régler rapidement le problème de l’Afghanistan. Le général McKiernan avait déclaré l’année dernière qu’une solution prendrait des années, peut-être 14 ans. Pour ses supérieurs, c’est trop long. M. Obama donne maintenant l’impression d’abandonner ses objectifs de construction à long terme et de vouloir rapidement des résultats minimalistes. Ses conseillers ne veulent pas d’une guerre qui se poursuive au moment des nouvelles élections de 2012, et le Pentagone pense que c’est au Pakistan que doit se mener la guerre contre le terrorisme. C’est ce dernier pays qui compte. L’Afghanistan devient marginal. « Ce n’était pas la bonne guerre, et McKiernan a été renvoyé pour les mauvaises raisons ».
L’éditorial de l’INDEPENDENT rappelle lui aussi que le général McKiernan avait demandé davantage de renforts que l’administration ne souhaitait envoyer. Son successeur, le général McChrystal accepte moins d’hommes et une stratégie plus localisée, comme celle développée en Irak par le général Petraeus. « Il n’est pas sûr qu’elle réussisse en Afghanistan où la dynamique tribale est plus complexe ».
3. La situation au Sri Lanka
« Il faut arrêter le bain de sang » : l’éditorial du TIMES reflète l’opinion de la presse face à un bilan qui s’alourdit de jour en jour.
Le journal rappelle que plus de 6500 civils ont trouvé la mort et 14.000 ont été blessés depuis le début de l’année au Sri Lanka. Les Ministres des Affaires étrangères français et britannique se sont rendus sur place pour appeler au cessez-le-feu. Il y a eu de nombreuses manifestations de Tamouls à Londres, à Toronto. Le Conseil de sécurité de l’ONU aurait pris les choses en main si la Russie, la Chine, le Japon et le Vietnam ne s’y étaient pas opposés sous un prétexte fallacieux. Mais le gouvernement du Sri Lanka fait la sourde oreille, estimant que la victoire est proche. Pour le journal, « Il est temps de faire comprendre à Colombo que ses tactiques sanglantes sont inacceptables : les bombardements israéliens à Gaza avaient suscité la réprobation de la communauté internationale. Pourquoi n’en est-il pas de même pour le Sri Lanka ? Les Tigres Tamouls sont certes aussi coupables que le Hamas dans l’usage de la terreur, mais cela ne justifie pas une campagne d’annihilation. Si Colombo ne montre pas de pitié, il faut lui faire payer le prix : suspendre l’aide du FMI, réviser l’accord commercial préférentiel avec l’Union européenne et traiter le Sri Lanka en paria tant qu’il ne fait pas taire ses canons. /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028