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Semaine du 10 au 16 octobre

SEMAINE DU 10 AU 16 OCTOBRE

Après une semaine de révélations qui n’ont fait qu’alimenter la confusion, Liam Fox a démissionné vendredi pour l’impropriété de ses liens avec Adam Werritty. La nouvelle n’a guère surpris les journaux qui avaient souvent jugé la position du Ministre de la défense intenable, mais ne tablaient néanmoins sur une telle évolution qu’au vu de la remise du rapport d’enquête conduit par Sir Gus O’Donnell qui devrait être présenté mardi 18 octobre. La hausse du chômage, à son plus haut niveau depuis 17 ans, inquiète l’ensemble de la presse qui appelle le gouvernement à « faire quelque chose ». Sur la scène internationale, plusieurs dossiers ont retenu l’attention des commentateurs : le regain de violence en Egypte, l’annonce de l’accord en vue de la libération du soldat israélien Gilad Shalit et la condamnation de Ioula Timochenko. A propos de l’Europe, l’attention s’est surtout portée sur la rencontre entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy et le travail en vue du « sauvetage » de la zone euro, la réunion des Ministres des finances du G20 étant avant tout présentée comme un nouvel appel du G20 à la zone euro pour prendre les mesures nécessaires. En France, la presse a qualifié de « succès » la primaire socialiste et annoncé dans des articles factuels la décision de justice concernant l’affaire Tristane Banon/Dominique Strauss-Kahn.

I. ROYAUME-UNI

1. L’affaire Liam Fox

« Fox coulé par les révélations sur Werritty » (FINANCIAL TIMES), « Fox sans défense » (INDEPENDENT), « Fox abandonne la partie » (DAILY TELEGRAPH) : la démission de Liam Fox après une semaine de polémique et révélations en tous genres a fait la UNE des journaux de samedi. La presse estime que la position du Ministre de la défense n’était plus tenable après qu’il est apparu que les activités de son ami Adam Werritty étaient financées par des sociétés ou des individus qui bénéficiaient des décisions du gouvernement ou avaient des liens avec le parti tory. Ce sont les révélations dans le TIMES de vendredi qui sont interprétées dans la presse comme ayant donné le coup de grâce : le quotidien avait alors souligné que le train de vie d’Adam Werritty avait été financé notamment par des sociétés faisant du lobbying pour le Sri Lanka , Israël et les Etats-Unis, pays à l’égard desquels Liam Fox est soupçonné d’avoir mené une politique étrangère parallèle en franc-tireur.

Même pour le DAILY TELEGRAPH qui considère que c’est une « perte regrettable », cette démission était « nécessaire ». « La démission de M. Fox était la seule option », renchérit le TIMES qui reproche au Ministre de la défense d’avoir fait fi « des règles de la transparence » et d’avoir menti sur le rôle de Werritty.

Pour le FINANCIAL TIMES « Liam Fox s’est plié à l’inévitable », mais il aurait dû le faire plus tôt : dès le début des révélations, il ne lui était plus possible de conserver la confiance de ses collaborateurs comme de l’opinion.

La démission de M. Fox « a été une décision juste », assure le GUARDIAN qui dénonce de la part du ministre « une erreur de jugement » et une atteinte au code ministériel : « il a été l’auteur de ses propres malheurs ». Il a laissé tomber le gouvernement et a agi de manière stupide. Il n’a aucune raison de se présenter en martyr.

L’INDEPENDENT, un des premiers à appeler au départ de M. Fox, souligne que cette démission vient trop tard mais que surtout d’autres questions se posent : combien d’autres Adam Werritty restent dans les sphères du gouvernement ?

Le choix de Philip Hammond, l’ancien Ministre des transports, pour succéder à M. Fox est plutôt bien accueilli : le DAILY TELEGRAPH se félicite de l’arrivée à la défense d’un « homme politique avisé et capable ayant de saines positions conservatrices ». M. Hammond est « un remplacement convenable, même s’il n’a pas le profit de M. Fox », souligne le FINANCIAL TIMES, tandis que pour le GUARDIAN, il est indiscutablement un ministre « capable ».

2. La hausse du chômage

Touchant près de 2,6 millions de personnes le chômage au Royaume-Uni est au plus haut depuis 17 ans et ce sont les jeunes de 18 à 24 ans qui en sont les premières victimes (1 sur 4 n’a pas d’emploi). La presse, toutes tendances confondues, appelle le gouvernement à l’action.

« Le gouvernement doit faire quelque chose au lieu de se tordre les mains de désespoir », lance le SUN qui appelle à « de l’audace, de l’imagination et de l’énergie ». Où sont les promesses sur la réduction des régulations et l’aide aux entreprises ? s’interroge le tabloïd. Pour le DAILY TELEGRAPH, ce sont les baisses d’impôts qui aideront à créer des emplois : le journal évoque notamment l’exemption du paiement des contributions sociales par les employeurs qui font de nouvelles embauches. Le TIMES estime lui aussi qu’il faut encourager les entreprises à employer davantage de jeunes mais ajoute que c’est la « stratégie pour la croissance » qui permettra de créer des emplois.

Comme ses confrères, l’INDEPENDENT s’inquiète du risque de « génération perdue » : la réduction des dépenses dans le secteur public et la crise de la zone euro vont aggraver les choses, mais c’est le manque de réaction du gouvernement qui a de quoi le plus inquiéter. Lorsque David Cameron se contente de blâmer la crise de la zone euro, il « abdique ses responsabilités ». Le gouvernement a des moyens d’action : il ne peut certes pas créer directement des emplois car cela impliquerait une expansion mal venue du secteur public. Mais des investissements judicieux dans les infrastructures pourraient faire la différence. Il faut développer les stages de formation et l’apprentissage sans que ce soit pour les entreprises une façon de se procurer de la main d’œuvre bon marché. « Le moment est venu de faire preuve d’initiative ». Voire d’improviser, selon le GUARDIAN, qui reprend les propos de Franklin Roosevelt face à un chômage incomparable : « il faut faire quelque chose. Si cela marche, on continue. Sinon, on essaie autre chose ».

II. INTERNATIONAL

1. La violence en Egypte

La presse a condamné unanimement les violences perpétrées contre les chrétiens d’Egypte. Elle met en cause le Conseil Suprême des Forces Armées.

« Le Conseil des Forces Armées a promis de protéger la minorité chrétienne, il est temps qu’il le fasse », écrit l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES qui rappelle que le problème immédiat tient au « vide sécuritaire » du fait du démantèlement de la police. C’est une situation « dangereuse » qu’il faut combler au plus vite, assure le FT qui reconnaît que la tâche du CSFA sera plus facile s’il parvient à relancer l’économie : comme souvent, c’est la chasse aux rares ressources plus que les différences idéologiques qui est à l’origine des conflits. Il serait « tragique » que la solidarité des groupes religieux qui a été essentielle pour le succès de la révolution s’évanouisse maintenant pour de bon.

Pour l’éditorial du DAILY TELEGRAPH, « il n’est pas de bon augure pour le développement politique du pays » que le gouvernement intérimaire ne soit pas en mesure de protéger la minorité copte : les chances de l’Egypte d’évoluer vers un Etat démocratique et moderne seront fortement sapées si la population chrétienne a peur de participer aux élections.

Le GUARDIAN pointe le doigt sur le CSFA dont les « tactiques » rappellent celles d’Hosni Moubarak et dont il devra rendre des comptes. « Les élections doivent avoir lieu sans retard. L’Egypte a besoin d’un gouvernement civil et l’armée doit retourner dans ses casernes ». Pour l’INDEPENDENT, « l’Egypte devrait être un modèle pour le changement dans le monde arabe, et c’est encore possible » : l’armée doit céder la place à un gouvernement civil représentatif, mettre fin à l’Etat d’urgence et cesser de juger les civils dans les tribunaux militaires.

2. L’accord sur l’échange de prisonniers palestiniens et la libération de Gilad Shalit

La presse se félicite de l’annonce de l’accord en vue de la libération du soldat israélien Gilad Shalit en échange d’un millier de prisonniers palestiniens.

Il s’agit pour le TIMES d’une « mesure positive », même si ce n’est pas une victoire glorieuse pour le Hamas : c’est tout de même un « accord encourageant qui montre de la part de M. Nétanyahou une volonté de négocier ». « Si le Premier ministre israélien peut parler au Hamas à Gaza, il peut aussi le faire avec le Fatah en Cisjordanie et il doit le faire bientôt ».

Sous le titre « Une rare manifestation de bon sens », l’éditorial du GUARDIAN se garde d’un optimisme excessif mais voit dans cet accord une conséquence, du moins en partie, du printemps arabe. Donald Macintyre assure dans l’INDEPENDENT qu’il s’agit « d’un bouleversement massif qui laisse présager d’autres avancées » : peut-être un cessez le feu durable à Gaza et l’assouplissement des conditions sur tout le territoire. « Le paradoxe est, à court terme, que les principaux bénéficiaires sur la scène politique soient un des gouvernements israéliens les plus à droite de toute l’histoire et une faction islamique qui a été longtemps considérée comme un de ses pires ennemis ».

3. La condamnation de Ioula Timochenko

Les conditions du procès de l’ancien Premier ministre ukrainien à 7 années de prison en rapport avec un contrat d’importation de gaz négocié avec Moscou en 2009 ont été unanimement dénoncées par la presse.

Le DAILY TELEGRAPH estime que ce procès « a toutes les caractéristiques de ceux de l’ère soviétique » et appelle l’Union européenne à faire preuve de fermeté : sans réforme, « l’Ukraine ne doit pas être autorisée à rejoindre les 27 autres membres de l’organisation, ni se voir accorder la relation commerciale privilégiée qu’il souhaite ». Le TIMES évoque lui aussi « l’abus de pouvoir arbitraire de l’ère soviétique » et ajoute que « l’emprisonnement d’un chef d’opposition est incompatible avec la participation d’un pays à la famille des nations européennes ».

Ce procès représente « un revers pour les aspirations ukrainiennes » et l’Europe ne peut pas ignorer « ce genre de justice sélective », renchérit le FINANCIAL TIMES tout en ajoutant qu’il faut tenir compte de l’importance stratégique de l’Ukraine : il ne faut pas mettre en danger la conclusion des négociations commerciales, ce qui pourrait repousser le pays dans l’orbite de la Russie.

II. EUROPE

La crise de l’euro et la recapitalisation des banques

Si la presse a relevé le report au 23 octobre – au lieu du 17 – du sommet « crucial » sur la crise de l’euro, elle a pris note de manière souvent positive des annonces lors de la conférence de presse entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy notamment sur la recapitalisation des banques européennes.

Les journaux ont rappelé les divergences de vues initiales, la chancelière allemande étant favorable à ce que chaque Etat membre vienne à l’aide de ses banques tandis que le président français préférerait avoir recours au FESF. Jeudi, le FINANCIAL TIMES et le TIMES évoquaient les déclarations de Valérie Pécresse selon lesquelles la France serait prête à injecter des fonds publics dans ses banques en dernier recours.

Pour le FT, c’est la précision la plus claire apportée par le gouvernement français sur la question de la recapitalisation des banques et c’est une position qui « rapproche la France de l’Allemagne ». Pour Ian King du TIMES, « la France fait un pari en faisant confiance à ses banques ». Le commentateur assure lui aussi que l’annonce de Mme Pécresse est « une grande victoire pour Angela Merkel » : la perspective de l’utilisation des fonds publics pour recapitaliser les banques françaises règle un des principaux points de divergence entre les deux pays.

Certains commentateurs se sont interrogés dans la semaine sur le degré de convergence atteint entre la chancelière et le Président de la république lors de leur rencontre.

THE ECONOMIST, revenant sur la semaine écoulée, met en parallèle dans sa tribune Charlemagne sur l’Europe « une France faible et une Allemagne forte » : « le moteur franco-allemand reste crucial », mais « il serait de nos jours plus juste de parler de moteur germano-français, ou mieux encore de moto BMW avec un sidecar Peugeot. Cette association sert en fait à cacher la force de l’Allemagne et la faiblesse de la France ». Pour l’hebdomadaire, « la fragilité de la France affecte désormais directement la crise de l’euro : « presque tous les éléments d’une solution se heurtent à des obstacles venant de la France, mais généralement la France finit pas se rendre aux arguments de l’Allemagne ». « M. Sarkozy a notamment admis l’idée de l’Allemagne sur la « vision » d’une plus grande intégration qui nécessitera un nouveau traité. Sur ce point au moins M. Sarkozy a obtenu des concessions, Mme Merkel acceptant sa demande d’un gouvernement économique ». « Il faut toujours compter avec la France, mais ses possibilités d’action dépendent de sa crédibilité économique. Si l’Allemagne décide d’engager davantage de fonds pour sauver l’Euro, est-ce que la France pourra se le permettre » ? conclut THE ECONOMIST.

Enfin, la presse a longuement repris les déclarations des dirigeants britanniques (et aussi américains) appelant les Européens à définir une réponse crédible et forte face à la crise : c’est l’interview de David Cameron au FINANCIAL TIMES publiée après la conférence de presse de Berlin qui aura donné le « la » en appelant à une solution « bazooka » pour la zone euro : solution adaptée pour la Grèce, protection contre la contagion aux autres pays, renforcement du FESF et recapitalisation des banques.

Les appels de George Osborne en faveur de la définition d’une solution à la hauteur de la situation lors du prochain sommet du 23 octobre, lancés en marge de la réunion des Ministres des finances du G20 ont été abondamment repris dans la presse dominicale. Celle-ci ne traite la réunion ministérielle du G20 que sous cet angle, en insistant sur l’appel lancé à la zone euro après celui de Washington.

III. FRANCE

La primaire socialiste

Le premier tour de la primaire socialiste a été qualifié de « succès » par la plupart des journaux qui attendaient cependant de voir vers quel candidat se tourneraient les électeurs au second tour. Gare au virage à gauche, soulignait notamment le FINANCIAL TIMES.

Pour l’éditorialiste du GUARDIAN, les socialistes ont « une nouvelle chance » ayant fait mentir les chroniqueurs politiques qui les avaient un peu trop vite condamné à l’opposition perpétuelle. « Les socialistes ont certes encore beaucoup à faire, mais le nombre des électeurs a fait davantage que donner de la légitimité au candidat vainqueur ».

Attention au virage à gauche et à ne pas perdre sa crédibilité pour un gain à court terme, soulignait pour sa part l’éditorialiste du FINANCIAL TIMES : le parti socialiste français a remporté sa première victoire dans la campagne pour les présidentielles de 2012. Dans un pays où l’abstention est en hausse, ce n’est pas un moindre résultat que d’avoir convaincu 2,5 millions de personnes à venir voter au premier tour. L’opinion souhaite une alternative crédible au gouvernement de centre-droit de M. Sarkozy. Toutefois en n’ayant pas fait un choix décisif entre les deux principaux candidats modérés et en donnant à un troisième – représentant d’une aile gauche hostile à la mondialisation – le rôle de faiseur de roi, ce vote a révélé une crise d’identité qui affaiblit les chances du parti. M. Montebourg va demander des engagements en échange de son soutien. M. Hollande et Mme Aubry doivent résister à la tentation de revenir sur les quelques tentatives de modernisation entreprises par les socialistes./.

Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028