SEMAINE DU 10 AU 16 MARS
Pour son premier budget, Alistair Darling a déçu les commentateurs qui ne s’attendaient pourtant pas à un grand moment compte tenu des contraintes qui pesaient sur lui. La presse a également critiqué un rapport sur la citoyenneté britannique présenté par l’ancien Attorney General, Lord Goldsmith. Au chapitre international, les journaux ont consacré plusieurs éditoriaux aux élections espagnoles. La couverture du Conseil européen de Bruxelles à été plutôt limitée. Et, concernant la France, le premier tour des municipales a été perçu comme un revers pour M. Sarkozy.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1. Le budget d’Alistair Darling
Un budget modeste, dénué d’éclat, voire ennuyeux : pour un premier exercice, le Chancelier de l’Echiquier n’a pas réussi un coup de maître, et a essuyé les critiques d’une grande partie de la presse.
Pour le FINANCIAL TIMES, Alistair Darling a cherché à « gagner du temps » : il n’a pas annoncé de changements importants. Et s’il ne semble pas « avoir aggravé les choses », il ne peut prétendre non plus à un exploit. Ce n’est pas un bon budget pour les entreprises, et il n’est pas convaincant non plus pour l’environnement. Le Chancelier de l’Echiquier et le Premier Ministre refusent peut-être de céder au pessimisme, mais « les signes de ralentissement économique sont évidents, et c’est au cours des prochains mois que la compétence du gouvernement en matière d’économie sera mise à l’épreuve », conclut le journal.
Le GUARDIAN regrette un budget « ni élégant, ni audacieux, qui a ennuyé les députés, comme il ennuiera les électeurs ». La stabilité est une ambition estimable mais, après Northern Rock et une conjoncture plus sombre qu’une pièce de Beckett, une performance solide du Chancelier de l’Echiquier s’imposait. « Le Chancelier de l’Echiquier souhaite que les Britanniques continuent de soutenir son parti dans les périodes économiques difficiles. Revenir constamment sur le passé et la mauvaise gestion des Tories ne fait plus recette aujourd’hui. Il devra faire mieux l’année prochaine ». Déception aussi pour l’INDEPENDENT à la réception « d’un budget sans éclat, dans l’ombre de Gordon Brown », qui s’inscrit dans une période d’instabilité et même d’insécurité accrue.
Le budget d’Alistair Darling relève de « l’opération holding, modeste en tous points ». écrit pour sa part Peter Riddell du TIMES. Pour le commentateur, le Chancelier de l’Echiquier a tout juste commencé les ajustements nécessaires pour redresser les finances publiques, et il n’aura probablement pas davantage de marge de manœuvre l’année prochaine, surtout si la reprise économique tarde à se manifester. Les hausses d’impôts immédiates seront sans aucun doute impopulaires, mais à long terme elles auront moins d’importance, en termes électoraux, que l’état de l’économie. Pourtant, selon M. Riddell, même si ce budget manque d’inspiration, il représente le « moins pire » des scénarios.
Plus virulent, le DAILY TELEGRAPH dénonce les « dix années de gaspillage du Labour », accusé « de façon pertinente par David Cameron de ne pas avoir su tirer parti des années d’abondance et ne pas s’être préparé à la crise actuelle ». Le journal appelle les conservateurs à « saisir l’occasion » pour annoncer un changement d’approche : renoncer à vouloir nous persuader qu’il est possible d’accroître les dépenses publiques et de réduire les impôts. Aujourd’hui, l’objectif doit être de réduire la part de l’Etat, diminuer les dépenses ainsi que les impôts.
2. Le débat sur la citoyenneté
La presse critique de façon unanime le rapport sur la citoyenneté britannique présenté par l’ancien attorney-general, Lord Goldsmith, qui préconise notamment l’introduction d’un serment d’allégeance à la couronne.
Le TIMES estime qu’une telle démarche est « contraire au caractère britannique » : nous ne sommes pas, comme les Etats-Unis, une nation nouvelle, et notre histoire n’a pas été définie par une révolution. Les Britanniques trouvent leur identité dans leur histoire, leur langue et leur société. « Ce n’est pas la tâche du gouvernement que d’imposer un modèle d’identité nationale à l’ensemble de la population. Il doit en revanche créer une société qui donne au peuple britannique la sécurité, la liberté et la possibilité de s’assumer ».
« L’identité nationale n’est pas un produit qui s’importe », renchérit le GUARDIAN, qui craint en outre qu’un serment d’allégeance à la couronne « n’aggrave davantage les divisions qu’il ne les réduise ». Dans la même ligne, l’INDEPENDENT accuse le gouvernement de « prendre des poses » et de céder à « l’hystérie suscitée par le soi-disant échec de l’intégration des minorités ». Et de conclure : « M. Brown ferait mieux de se concentrer sur le gouvernement du pays ».
La presse ultra-conservatrice en profite, comme le DAILY MAIL, pour critiquer un gouvernement qui « a cédé la souveraineté de notre parlement à l’Union européenne » et ouvert grand les portes à l’immigration de masse. Le DAILY TELEGRAPH reprend les mêmes arguments, appelant le gouvernement à « défendre l’indépendance et l’intégrité du Royaume-Uni, ce qui rendrait les Britanniques fiers d’être ce qu’ils sont sans qu’ils soit nécessaire de le leur demander ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
Les élections espagnoles
M. Zapatero a remporté « une grande victoire personnelle », mais il aura du pain sur la planche avec l’économie, estime la presse britannique.
Pour le FINANCIAL TIMES, « la fête va être de courte durée », et le Premier Ministre socialiste « va devoir concentrer son attention sur une économie affaiblie par la fin du crédit bon marché et la chute de l’immobilier ». Le journal ne partage pas « l’optimisme déplacé » de M. Zapatero qui, « au lieu de compter sur un miracle, ferait mieux d’adopter un programme audacieux pour l’amélioration de la productivité, la réforme d’un système d’éducation négligé, et la suppression de barrières défavorables à la concurrence ».
Le TIMES reconnaît aussi la priorité de l’économie, mais assure que M. Zapatero a obtenu un « mandat clair » : « le socialisme espagnol a un aspect distinctement pragmatique ». Il a déjà mis en place des réformes bien accueillies par l’électorat. Le Premier Ministre doit montrer les mêmes qualités qu’au cours de son précédent mandat, mais il a des bases solides pour affronter la hausse du coût de la vie, l’afflux des immigrés, la réforme de l’éducation et la compétitivité.
L’INDEPENDENT rappelle les divisions qu’a fait surgir une campagne électorale parfois virulente et se félicite de voir les Espagnols opter pour la « modération » : les partis extrémistes ont plutôt perdu du terrain. Le journal espère qu’avec un nouveau mandat, M. Zapatero va jouer un « rôle plus actif » sur la scène européenne, « à un moment où les Français, les Allemands et les Britanniques sont un peu hésitants ».
III. AFFAIRES EUROPEENNES
Le Conseil européen
Couverture limitée pour la rencontre de Bruxelles : les journaux ont mis surtout l’accent sur la lutte contre le réchauffement climatique.
L’INDEPENDENT titre sur la « promesse » des dirigeants européens de « faire croisade » contre la Chine et les Etats-Unis. Mais le GUARDIAN regrette les concessions accordées à Angela Merkel car elles vont « compliquer » pour l’Europe les chances de tenir ses engagements en matière de réduction des émissions.
Le FINANCIAL TIMES relève, pour sa part, la déclaration « exceptionnelle » qui a été faite par les participants à propos de la trop grande fermeté de l’euro. Selon le journal, « M. Sarkozy « n’a pas caché sa satisfaction » face à cette prise de position.
IV. AFFAIRES FRANCAISES
Les élections municipales
« Un vote sanction » (INDEPENDENT), « Un revers pour M. Sarkozy » (FINANCIAL TIMES), « Un avertissement » (DAILY TELEGRAPH, GUARDIAN) : la presse a réagi de façon plutôt négative au premier tour des municipales.
Les journaux soulignent le taux de participation « relativement élevé » et, comme l’INDEPENDENT, estiment que les électeurs ont voulu exprimer leur « mécontentement » envers un président qui n’a pas tenu ses promesses. Le FINANCIAL TIMES rappelle que la candidature de 21 ministres du gouvernement « renforce la dimension nationale du vote et la connexion avec la performance du président ».
« M. Sarkozy devra repenser le style de sa présidence », note à son tour le DAILY TELEGRAPH. Le TIMES relève néanmoins que les pertes de l’UMP sont moins élevées que ce que suggéraient certains sondages. Il ajoute aussi que « le parti socialiste a retrouvé le moral à la perspective de regagner le pouvoir dans les grandes villes de France ».
Dans un éditorial, le GUARDIAN souligne les « difficultés » de Nicolas Sarkozy : « le tacticien, qui avait sapé la gauche en offrant des postes aux socialistes dans son gouvernement, voit aujourd’hui son arme se retourner contre lui ». Des villes comme Marseille, Toulouse et Strasbourg sont dans la balance, et leur passage dans le camp adverse constituerait un revers pour le président de la République. Pour le journal, « Une victoire aux élections ne mettra évidemment pas fin aux divisions des socialistes, qui doivent encore choisir leur leader et la direction qu’ils veulent prendre. Mais pour M. Sarkozy, la leçon est claire : il devrait prendre modèle sur son Premier Ministre, pragmatique et discret, qui monte de plus en plus dans les sondages ». /.
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028