SEMAINE DU 10 AU 16 SEPTEMBRE
Si Gordon Brown a montré sa fermeté face aux syndicats, ses propositions sur la création d’emplois n’ont pas convaincu la presse. Les journaux ont également critiqué la gestion du système de santé (NHS). Ils n’ont pas non plus épargné David Cameron lors de la publication du rapport des conservateurs sur l’environnement. Les difficultés de Northern Rock et le vent de panique qu’elles ont déclenché chez les clients de la banque ont fait la une des journaux du week-end. Au chapitre international, les conclusions du général Petraeus sur la situation en Iraq ont divisé les commentateurs. Ceux-ci ont en revanche été unanimes à condamner la décision du président pakistanais de refouler son adversaire. Concernant l’Europe, le débat s’est poursuivi au Royaume-Uni sur le nouveau Traité.
I. AFFAIRES BRITANNIQUES
1.Gordon Brown et les syndicats
Pour son premier discours devant les syndicats (TUC) réunis en congrès annuel à Brighton, Gordon Brown n’a pas cherché la conciliation puisqu’il est resté inébranlable sur la question de la limitation des hausses de salaires dans le secteur public. Mais il a également promis le retour au plein emploi avec la création de 500.000 nouveaux postes. La presse a réagi autour de deux thèmes : les conséquences pour le gouvernement d’un affrontement avec les syndicats et la superficialité des mesures proposées par le Premier Ministre.
Sur le premier point, M. Brown a eu « précisément ce qu’il voulait », estime le DAILY TELEGRAPH : le degré d’hostilité qui a accueilli son discours a été suffisant pour lui donner de la crédibilité auprès de l’électeur moyen, sans pour autant représenter une sérieuse menace. Peter Riddell du TIMES est du même avis : « les syndicats sont peut-être un casse-tête pour Gordon Brown, mais à peine plus. Ils ne jouent plus un rôle crucial pour l’avenir du gouvernement ou celui du Royaume-Uni ». Quant au FINANCIAL TIMES, il assure que le Premier Ministre ne recherchait sûrement pas « les applaudissements enthousiastes des syndicalistes de gauche » : M. Brown confirme qu’il entend pratiquer une nouvelle forme de politique et se placer au-dessus des intérêts partisans.
Les propositions du Premier Ministre en faveur de créations d’emplois, notamment chez les jeunes, sont accueillies de façon négative. « Ce sont des solutions triviales à un problème grave », écrit l’éditorial du FINANCIAL TIMES : les gouvernements ne construisent pas des emplois. C’est l’industrie privée qui les crée. Les entreprises britanniques peuvent former des ouvriers si les conditions sont favorables. Mais elles ne peuvent remédier à un manque d’éducation fondamental. Quand il était Chancelier de l’Echiquier, M. Brown a consacré des fonds à l’éducation. Maintenant qu’il est Premier Ministre, il doit réformer les écoles, « plutôt que faire des propositions creuses ».
Le niveau insuffisant de l’éducation de base est mis en avant par les autres journaux, notamment le TIMES et l’INDEPENDENT. Ce dernier dénonce non seulement la « superficialité » des mesures proposées par M. Brown, mais aussi leur caractère « xénophobe » (le Premier Ministre parle « d’emploi britannique pour tous les salariés britanniques ») : pour le journal, c’est offensant pour tous les immigrés qui ont apporté leur contribution à l’économie du pays.
Le GUARDIAN se méfie de cette obsession du tout « britannique » qui risque de déboucher sur « l’exclusion » et conclut que M. Brown ne semble pas prendre la bonne direction.
2.David Cameron et l’environnement
Le rapport sur l’environnement présenté par les conservateurs est plutôt tombé à plat, Gordon Brown ayant, de surcroît, volé son grand jour à David Cameron en recevant au même moment Margaret Thatcher à Downing Street. Les commentaires, sur le fond même des propositions, sont le plus souvent négatifs.
Pour le DAILY TELEGRAPH, quelques idées sont « valables », mais elles ne passeront pas auprès du public à cause d’autres propositions nettement moins bienvenues comme l’imposition de nouvelles taxes. Le SUN lance une mise en garde à David Cameron qui, s’il persiste dans ses projets, risque « comme l’ours polaire, de se retrouver dans le groupe des espèces en voie de disparition ». Le DAILY EXPRESS engage vivement le dirigeant conservateur à « non seulement prendre ses distances vis-à-vis du rapport, mais à le dénoncer dans les termes les plus clairs ».
Le FINANCIAL TIMES admet que certaines des idées conservatrices sont « prometteuses », notamment celles visant à encourager l’efficacité de l’énergie. Mais il reproche à David Cameron d’entretenir la confusion, en multipliant la publication de rapports, alors qu’il « n’a pas encore défini de manière convaincante ce que serait la nature d’un gouvernement conservateur ». Le GUARDIAN parle de rapport « sérieux et cohérent », beaucoup « plus radical » que tout ce que le Labour a proposé jusqu’à présent. Il ajoute toutefois que les conservateurs n’offrent pas de réponse « convaincante » aux questions les plus importantes, comme celle visant à réconcilier l’environnement et le marché.
Seul L’INDEPENDENT soutient avec enthousiasme les propositions des conservateurs, mais il s’interroge sur ce qu’en fera le parti : « s’il veut convaincre les Britanniques que les conservateurs ont réellement changé, David Cameron doit faire preuve de leadership et se montrer ferme sur l’environnement ».
3.Les problèmes du NHS
Le système de santé britannique (NHS) est de nouveau mis en cause : un rapport officiel montre qu’en dépit de dépenses publiques record, l’amélioration des services n’a guère été tangible. Pour la presse, son redressement doit être une des priorités de Gordon Brown.
Le DAILY TELEGRAPH crie au « gaspillage » et estime qu’il ne servirait à rien d’injecter de nouvelles ressources dans le système, pas plus que dans ceux de l’éducation, des transports ou de la police. Le journal appelle les conservateurs à en tirer les leçons.
Les autres journaux sont partagés. Peter Riddell du TIMES refuse de parler de gaspillage : il était justifié d’augmenter le salaire des médecins, car il y avait des problèmes de recrutement ; la population est en meilleure santé et le taux de mortalité a baissé. Mais il y a beaucoup à faire, car la réforme est venue trop tard et a été trop lente. Toutefois, « si le gouvernement veut que les contribuables acceptent les augmentations d’impôts nécessaires, il doit leur garantir l’amélioration des services ».
Dans la même ligne, le GUARDIAN constate que « le diagnostic est inquiétant » : s’il n’y a pas eu de gaspillage, il reste beaucoup de problèmes à régler avant que le contribuable « en ait pour son argent ». Pour l’INDEPENDENT, il y a quelques « résultats encourageants », mais aussi des « vérités embarrassantes ». La réforme est, selon lui, aussi importante que l’injection de nouveaux fonds : il faut faire davantage pour la prévention et davantage éduquer le public. Le FINANCIAL TIMES insiste aussi sur la nécessité d’une réforme, même si elle est impopulaire : il faut davantage de concurrence et de choix, faire davantage appel au secteur privé. Les Tories avaient tenté de le faire, mais ils y ont renoncé. Si le Labour fait la même chose, « cela fera 15 années de perdues ».
4. Les difficultés de Northern Rock
« Panique dans les rues » : ce titre a barré la une des journaux du week-end qui relèvent le manque de confiance des épargnants malgré l’aide apportée par la Banque d’Angleterre à l’agence de crédit au logement, Northern Rock. Les principales critiques concernent le manque de transparence et le crédit bon marché.
L’INDEPENDENT souligne qu’il s’agit de « la plus grande opération de sauvetage » d’une banque depuis 30 ans. Si le journal affirme qu’il ne faut pas céder à la panique, il promet aussi que « la crise n’est pas finie ». Comme le GUARDIAN, il plaide en faveur d’un plus grand contrôle des institutions financières.
Il faut pour cela davantage de transparence, et le FINANCIAL TIMES estime que la Banque d’Angleterre doit commencer par clarifier les conditions de son aide à Northern Rock. Un point repris par le TIMES qui dénonce le « manque de clarté irritant » des institutions financières.
Les critiques s’adressent aussi à Gordon Brown : le DAILY TELEGRAPH comme l’OBSERVER reprochent à l’ancien Chancelier de l’Echiquier d’avoir encouragé le public à s’endetter. Pour l’OBSERVER, le gouvernement et les autorités financières doivent empêcher l’octroi de prêts irresponsables et décourager les prêteurs d’avancer de grosses sommes d’argent sans être sûrs de la solvabilité des emprunteurs. « Le crédit bon marché est fini. Il est temps pour le gouvernement de le reconnaître ».
II. AFFAIRES INTERNATIONALES
1.L’Iraq et le rapport Petraeus
Le rapport du général Petraeus sur la nouvelle stratégie américaine en Iraq divise la presse britannique : il permet à Bush de marquer des points, estiment certains journaux, tandis que les autres dénoncent une démarche « cynique et honteuse ».
Pour le DAILY TELEGRAPH, comme pour le TIMES, les conclusions du général sont favorables à George Bush et constituent un « tournant pour les Etats-Unis » dans la crise iraquienne. « On fait des progrès, quoi qu’en disent les critiques. Démocrates et Républicains doivent écouter les arguments du général Petraeus. Abandonner une stratégie qui commence à porter ses fruits serait de la folie », écrit le TIMES.
A l’inverse, l’INDEPENDENT affirme que la stratégie américaine n’a jamais visé à stabiliser l’Iraq : son principal objectif est de faire taire ceux qui appellent à un calendrier pour le retrait des troupes. C’est une démarche « cynique et honteuse ».
« Les arguments du général Petraeus ne sont plus crédibles », renchérit le GUARDIAN. Pour être efficace, une campagne doit être gagnée sur plusieurs fronts : sur le plan psychologique, les sondages montrent que les Iraquiens estiment que la sécurité s’est dégradée dans les zones couvertes par la nouvelle stratégie américaine. Sur le plan militaire, le général Petraeus reconnaît lui-même que l’on ne peut anticiper de rien. Le journal conclut que « les forces américaines finiront par se retirer. Mais elles ne le feront pas, comme elles le devraient, dans l’intérêt du peuple iraquien, mais pour satisfaire le calendrier électoral des hommes politiques américains. Elles ne le feront pas parce qu’un Président américain aura accepté sa responsabilité dans le déclenchement d’une guerre catastrophique, mais parce qu’il a abdiqué, laissant à son successeur la tâche de régler le problème ».
2.La situation au Pakistan
La presse condamne la décision du général Musharraf de refouler, dès son retour au Pakistan, son opposant, l’ancien Premier Ministre en exil Nawaz Sharif. Pour les commentateurs, le Président pakistanais a commis une « erreur politique » sérieuse.
Le FINANCIAL TIMES parle de la « folie de Musharraf » : « il a rendu difficile la tâche de l’opposition pakistanaise, mais il est tombé dans un piège politique », persuadé d’avoir le soutien de l’administration Bush. « C’est vraiment dommage pour le Pakistan et pour la réputation déjà ternie des Etats-Unis et des pays occidentaux ». Son action montre un mépris de la règle de droit. De plus, elle ne marchera pas : un accord avec Benazir Bhutto, court-circuitant une élection vraiment démocratique, ne peut être qu’une solution à court terme. Enfin, l’opinion pakistanaise risque de s’insurger si elle a le sentiment que les Etats-Unis ont donné leur accord à une extension de l’autocratie de M. Musharraf. « Le général a donné le coup d’envoi de la révolte ».
Pour Bronwen Maddox du TIMES, M. Musharrraf « a gagné un peu de temps, rien de plus » : sa victoire est loin d’être certaine. « Pendant huit années, il a prétendu qu’un bon général vaut mieux qu’un mauvais politicien. A ce stade, même un terrible politicien vaudrait mieux qu’un général qui a perdu la tête. Cela ouvrirait la voie à de futurs dirigeants politiques qui pourraient être meilleurs ».
III. AFFAIRES EUROPEENNES
Le débat sur le nouveau Traité
La controverse sur le nouveau Traité et la question d’un référendum se poursuit : David Cameron appelle à un débat au Parlement. Gordon Brown refuse et obtient le soutien du dirigeant libéral-démocrate, Sir Menzies Campbell. La presse campe sur ses positions.
Les journaux eurosceptiques, à l’instar du DAILY EXPRESS, continuent de voir, dans le nouveau Traité, une menace pour la souveraineté nationale et estiment qu’il faut s’y opposer dans un référendum. La presse travailliste adopte généralement l’approche du gouvernement. Ainsi du DAILY MIRROR qui affirme que le Traité est essentiellement « technique » et ne justifie donc pas de consultation.
Pro-européen, l’INDEPENDENT défend une ligne inhabituelle : « Bruxelles et le gouvernement ont tort de refuser un référendum » en partant d’un argument « non convaincant ». Le Traité garde en effet les éléments fondamentaux de la constitution. Mais demander un référendum ne revient pas à rejoindre les eurosceptiques. C’est inciter le gouvernement à défendre l’Union européenne et à montrer qu’elle est source de prospérité pour tous. La presse eurosceptique a empoisonné le débat sur l’Europe. Plutôt que de se réfugier dans l’évasion, « M. Brown et son gouvernement devraient concentrer leurs énergies sur une campagne pour le oui ».
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse lydie.naudin@diplomatie.gouv.fr Tel : 00 44 (0) 207 073 1028