Avril 2006
Lancé par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Institut Pasteur, le projet EDEN rassemble plus de 400 chercheurs de 24 pays. Ce programme, établi sur 5 ans, doit permettre de comprendre et de quantifier l’impact des changements environnementaux sur les risques d’émergence ou de réémergence de maladies humaines en Europe.
Virus du Nil, paludisme, fièvre de la vallée du Rift…l’émergence ou la (ré)émergence de ces maladies en Europe a-t-elle un lien avec les changements environnementaux observés ? Si oui, comment interviennent ces changements ? Telles sont les questions auxquelles devra répondre le projet Eden (Emerging Diseases in a changing European Environment). Lancé à la fin de l’année 2004 par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Institut Pasteur, il répond à une sollicitation de la Commission européenne. Dans le cadre du 6ème programme-cadre : « Changement global et écosystèmes », les trois instituts français ont proposé d’évaluer l’impact du changement environnemental (climat y compris) sur la transformation des paysages et sur les dynamiques des maladies humaines en Europe. En effet, lorsque les équilibres écologiques changent, de nouveaux modes de transmission apparaissent, modifiant les hôtes1, les réservoirs2 et les vecteurs3 impliqués jusqu’alors dans la propagation des maladies.
Eden mobilise 48 partenaires, issus de 24 pays (européens et africains), soit au total plus de 400 chercheurs. Spécialistes de la santé et de l’environnement travaillent main dans la main afin que le projet ne soit pas un simple état des lieux. Objectif : ″comprendre la situation pour pouvoir à terme anticiper les évolutions et fournir de précieux outils de surveillance aux utilisateurs potentiels que sont les services nationaux, les organismes internationaux tels que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (OAA/FAO) ou encore l’Organisation internationale des Epizooties4 (OIE)″, explique Stéphane de La Rocque, chercheur au CIRAD et coordonnateur du projet. Les pays du Sud ne sont pas écartés du projet, bien au contraire. Leur expérience, face à certaines maladies endémiques à leur région, est indispensable. Les modèles établis par Eden serviront autant en Europe qu’ailleurs. En outre, des études transversales sur des thématiques communes aux maladies ont été lancées.
Six maladies ont été choisies comme modèle d’étude. Représentatives des principaux modes de transmission, elles couvrent un vaste champ de situations : les maladies à tiques, les maladies transmises par les rongeurs, les leishmanioses, le paludisme, la fièvre de la vallée du Rift et enfin la fièvre du Nil occidental.
Ainsi, un « plateau technique Afrique » basé au Sénégal étudie la fièvre de la vallée du Rift et la fièvre West Nile. Les chercheurs espèrent découvrir parmi les différentes transformations de l’espace celles qui modifient les conditions épidémiologiques de circulation des agents infectieux. Le réseau d’étude pluridisciplinaire sur le virus du Nil occidental regroupe des partenaires européens sur plusieurs sites d’étude comme le delta du Guadalquivir (Espagne), le delta du Rhône/Camargue (France) ou les marais de Toscane (Italie). Objectif de l’étude en Camargue par exemple ? Identifier et localiser les espèces d’oiseaux potentiellement réservoirs, de moustiques vecteurs. Ces travaux sont menés en étroite collaboration entre le CIRAD, l’IRD, l’EID-Méditerranée, l’Institut Pasteur de Paris ainsi que les équipes travaillant sur le même virus au Maroc et au Sénégal. Concernant le paludisme, une vaste collecte d’informations sur le terrain a commencé. De l’Algérie à la France, en passant par la Roumanie et la Turquie, les chercheurs vont mettre en parallèle les données actuelles et passées pour estimer le risque potentiel de réémergence de cette maladie en Europe. En effet, le paludisme a sévi en Europe jusqu’à la moitié du siècle dernier et persiste aujourd’hui sur le pourtour méditerranéen.
La première année du programme a déjà permis la collecte d’une grande quantité d’informations. ″Mais ce n’est pas terminé. Le recueil de données sur le terrain va se poursuivre encore plusieurs mois avant que l’on puisse découvrir les premiers indicateurs et modéliser les premiers schémas″, prévient le chercheur. Néanmoins, quelques facteurs commencent à se dessiner, encourageant ce projet d’une envergure sans précédent.
Delphine Barrais
1 Organisme vivant qui est infecté par un pathogène, lui fournissant en général « gîte et couvert ». Par exemple, hommes et animaux peuvent héberger le ver solitaire.
2 Organisme qui héberge un agent infectieux sans en souffrir et assure sa survie, en particulier, durant les périodes défavorables à sa transmission. Puis il remet l’agent en circulation lorsque les conditions redeviennent favorables. Par exemple, les oiseaux sont des réservoirs de la fièvre du Nil.
3 Tout organisme qui intervient dans la transmission de maladies épidémiques. Par exemple le moustique (les anophèles) est un vecteur du paludisme.
4 Epidémie qui frappe les animaux.
Sites Internet :
site officiel du projet EDEN : www.eden-fp6project.net/_ Institut de Recherche pour le Développement : www.ird.fr
Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement : www.cirad.fr
Institut Pasteur : www.pasteur.fr
Dernière mise à jour : 03.05.2006