Dans un article publié dans le numéro de novembre 2005 de Annals of the Royal College of Surgeons, le professeur Mark Spigelman questionne l’efficacité de l’utilisation extensive, dans les hôpitaux, des antibiotiques et savons antiseptiques pour éradiquer les bactéries mortelles comme le staphylocoque doré résistant à la méthicilline. Il rappelle que, au cours des quatre dernières décennies, cette bactérie s’est propagée davantage dans les hôpitaux utilisant les formes d’antibiotiques les plus avancées et où les mesures les plus rigoureuses d’utilisation d’antiseptiques étaient en vigueur.
Selon le professeur Spigelman, du Centre pour les maladies infectieuses et la santé internationale de University College london (UCL), les stratégies de luttes mises en place n’ont pas fonctionné : en effet, malgré l’accroissement des connaissances du comportement des bactéries, l’utilisation des antibiotiques reste souvent inappropriée. Pour illustrer son propos, il revient au B-A-BA de la microbiologie, et rappelle que les bactéries ne peuvent se diviser et croître en plusieurs couches superposées. Il se pourrait donc que les lavages de mains extensifs et répétés tuent un certain nombre de commensaux (organismes vivants au dépend de l’hôte mais ne présentant aucun danger pour celui-ci) et laissent ainsi un espace libre sur la peau, propice à la croissance de « mauvaises » bactéries.
Pour le professeur Spigelman, il serait donc temps de réévaluer les réels bénéfices des antibiotiques et autres antiseptiques, et propose pour cela un plan en six points qui verrait, dans un certain nombre d’hôpitaux de chirurgie pilotes, l’exclusion totale d’antibiotiques et la mise en place de règles de bonnes pratiques novatrices. Après s’être lavé les mains, un chirurgien les plongerait dans un bain contenant des probiotiques (contenant des bactéries sans dangers) qui ainsi pourraient coloniser la peau et empêcher les « mauvaises » bactéries de croître. Il souhaiterait voir quelques hôpitaux pilotes où les antibiotiques seraient interdits. Pour éviter toute contamination possible, les médecins de ces hôpitaux ne seraient pas autorisés à pénétrer dans des hôpitaux traditionnels.
Source : University College London, 31/10/05, www.ucl.ac.uk
Auteur : Dr Claire Mouchot