Résistance antimicrobienne : revue britannique

Mots-clés : Politique ; Sciences du vivant

En juillet 2014, le Premier Ministre David Cameron a commissionné une revue complète de la situation relative à la résistance antimicrobienne (RAM). La mission de cette revue est d’évaluer les conséquences de la RAM d’un point de vue économique, et d’émettre des recommandations pour réduire le poids de cet impact en termes économique et de santé publique (développement de nouveaux traitements antimicrobiens, aide à l’émergence de thérapies alternatives, développement d’une action internationale cohérente incluant la réglementation, la gouvernance, etc.).

Le travail, démarré en octobre 2014 sous la houlette de l’économiste Jim O’Neill [1], devrait s’achever en 2016 et recommander un certain nombre d’actions à mettre en œuvre à l’échelle internationale pour lutter contre cette menace croissante. Une fois terminée, cette revue comprendra trois volets (le troisième devant être rendu public à l’été 2016). Les deux premiers, rendus publics en décembre 2014 et février 2015, respectivement, sont présentés brièvement ci-après.

Les actions qui seront recommandées viseront à accélérer l’innovation pour transformer la manière avec laquelle les maladies infectieuses sont aujourd’hui diagnostiquées, traitées, et contrôlées. Elles incluront les dernières avancées scientifiques notamment en génétique, génomique et informatique (via les big data).

1. La résistance antimicrobienne : des impacts sur la santé et sur l’économie

Dans ce premier rapport, les auteurs ont tenté de chiffrer le coût humain et économique de la RAM, et annoncent que ce dernier risque d’être plus lourd si rien n’est fait que si des fonds sont débloqués pour lutter contre la RAM via de nouveaux traitements et la réduction et le contrôle des infections.

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Nombre de décès annuels causés par la résistance antimicrobienne
This report is licenced under the Creative Commons Attribution 4.0 International Public Licence. Please use the following attribution notice: ‘Review on Antimicrobial Resistance. Tackling a Crisis for the Health and Wealth of Nations. 2014

En termes humains et à l’échelle mondiale, le nombre de décès annuels causés par les infections résistantes aux agents antimicrobiens existants pourrait s’élever à 10 millions d’ici à 2050.

Au plan économique, les conséquences de la RAM sont également lourdes (et selon les auteurs sous-estimées en raison du manque de données disponibles, et des modèles qui n’ont par exemple pas pris en compte les coûts qui pèseraient sur les systèmes de santé publique). On pourrait ainsi observer une diminution de 2% à 3,5% du PIB britannique ou encore 100 000 Mds $.

Le coût économique serait alourdi par les conséquences sur la santé publique et la médecine moderne qui repose presque entièrement sur l’utilisation d’antibiotiques. En guise d’exemple, les auteurs présentent quatre procédures médicales menées dans le monde entier : les césariennes contribuent pour 2% du PIB mondial, les remplacements d’articulations (0,65%), les thérapies anti-cancéreuses créées depuis les années 70 (0,75%) et les greffes d’organes (0,1%), soit un total de 3,5% de point de PIB.

2. Faire face à la crise de santé mondiale : premières étapes

Dans le deuxième rapport, les auteurs lance un appel à l’ensemble des acteurs impliqués dans la lutte contre la RAM pour que l’accent soit mis sur les « solutions simples » : investissement dans la recherche fondamentale sans application immédiate (« blue sky research ») et soutien financiers des meilleurs projets.

Ils tentent de donner des solutions durables et mondiales, à travers 5 actions. Si ces dernières ne présentent aucune nouveauté, les auteurs recommandent qu’elles soient mises en œuvre individuellement, sans attendre que soit mis en place un cadre cohérent et intégré de toutes les mesures nécessaires (et qui incluent aux étapes suivantes du cycle de l’innovation, i.e. gouvernance, réglementation, stimulation des marchés, etc.). Ces cinq actions sont les suivantes :

1. augmenter les financements dédiés à la recherche fondamentale de la part des organismes de financement publics et caritatifs, et créer un "Fonds pour l’innovation sur la RAM" (fort de 1 à 2Mds$) qui allouerait des subventions de recherche fondamentale et agirait en tant qu’incubateur à but non lucratif pour des idées plus mûres ;
2. créer un programme de réexamen des antibiotiques existants : exploration de combinaisons avec de nouveaux agents, dosages différents, etc., pour traiter ou contrecarrer les résistances en développement ;
3. favoriser le développement de nouvelles technologies à des fins de diagnostics, pour optimiser les traitements grâce à la prescription d’antibiotiques adaptés ;
4. former les experts de demain (médecins, scientifiques, microbiologistes, pharmacologistes, chimistes, biochimistes, vétérinaires, économistes et experts en sciences sociales) dans un contexte actuel où les maladies infectieuses ne sont plus à la mode, tant au niveau de la recherche académique que de la médecine ;
5. moderniser les moyens de contrôle de la RAM à l’échelle mondiale et obtenir une information en temps réel, en utilisant le numérique et les dernières avancées en informatiques et en génétique et génomique moléculaire.

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Solutions à long terme pour les infections causées par la résistance aux antimicrobiens
This report is licenced under the Creative Commons Attribution 4.0 International Public Licence. Please use the following attribution notice: ‘Review on Antimicrobial Resistance. Tackling a Global Health Crisis: Initial Steps. 2015

À l’été 2016, les auteurs rendront public un troisième rapport qui tentera d’apporter des solutions optimales pour stimuler le marché et favoriser un nouvel élan du secteur industriel dans ce secteur de R&D (gouvernance, coopération renforcée au plus haut niveau, identification des goulots d’étranglements au cours du cycle d’innovation), tout en tenant compte des priorités économiques régionales différentes à travers le monde. Un chapitre devrait également être spécifiquement dédié à l’utilisation des antibiotiques en agriculture.

Sources :

- http://amr-review.org/home
- Review on Antimicrobial Resistance. "Antimicrobial Resistance : Tackling a Crisis for the Health and Wealth of Nations. 12/2014", http://amr-review.org/sites/default/files/AMR%20Review%20Paper%20-%20Tackling%20a%20crisis%20for%20the%20health%20and%20wealth%20of%20nations_1.pdf
- Review on Antimicrobial Resistance. "Tackling a Global Health Crisis : Initial Steps. 02/2015", http://amr-review.org/sites/default/files/Report-52.15.pdf

Rédacteur : Dr. Claire Mouchot

[1Jim O’Neill est l’économiste ayant lancé en 2001 le terme BRIC qui se réfère aux quatre pays à l’économie émergente (Brésil, Russie, Inde et Chine). Après avoir quitté Goldman Sachs en 2014, il a dirigé une Commission sur les villes britanniques, avant d’accepter le défi de cette revue sur la RAM.

publié le 11/11/2015

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