Résistance antimicrobienne au Royaume-Uni : mise en avant de quelques travaux de recherche récents

Mot-clé : Sciences du vivant


En novembre 2014, le Medical Research Council (MRC) a rendu public un rapport dévoilant les fondations de la recherche d’avenir dans le domaine de la résistance anti-microbienne.

Ce rapport souligne les réalisations clés des travaux de recherche menées au cours des 30 dernières années, proposant ainsi une vitrine des avancées jugées les plus importantes et/ou prometteuses sur lesquelles une collaboration inter-agences de financement peut s’appuyer pour continuer à faire avancer la science dans ce domaine.

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Un neureophile humain absorbe un staphylococcus résistant à la méticilline (SRAM). Image de microscopie électronique
National Institutes of Health (NIH)

Les antibiotiques sont prescrits pour le traitement d’infections bactériennes, chez l’Homme, l’animal et dans le secteur de l’agriculture depuis sept décennies. Or ces traitements s’essoufflent et leur efficacité diminue, car les bactéries se sont adaptées et ne sont plus tuées par ces médicaments : on parle alors de résistance du pathogène à l’antibiotique. Pour contrer ce problème croissant (certaines estimations suggèrent que les antibiotiques actuels n’auront plus d’effets d’ici une vingtaine d’année), les agences britanniques de financement de la recherche ont lancé à l’été 2014 un réseau de coordination composé de médecins, chercheurs, ingénieurs, vétérinaires, économistes, mathématiciens et designers pour accélérer le processus de nouvelles découvertes.

Le rapport met l’accent sur quatre aspects différents de la résistance antimicrobienne :
- La recherche fondamentale, pour accroître la compréhension des mécanismes de résistance bactérienne, dans le contexte de l’hôte ;
- La recherche appliquée, pour accélérer le développement de nouvelles thérapies et de nouveaux diagnostics ;
- Les big data, pour mieux comprendre les interactions existantes dans la vraie vie ;
- Les sciences sociales et les soins, pour identifier et éventuellement modifier les comportements médicaux et culturels.

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Micrographie d’un staphylocoque aureus résistant à la méticilline (SARM) et d’un neutrophile humain mort
Jacopo Werther

Par ailleurs, plusieurs études de cas ou technologies récentes sont présentées relatives à des questions centrales au phénomène de résistance antimicrobienne.

1. Bactéries échappant aux antibiotiques : des études par différents laboratoires britanniques étudient des cellules dites dormantes et persistantes, produites par différents types de bactéries lorsque ces dernières sont en conditions de stress. En particulier, quels sont les liens entre ces cellules dormantes et la résistance aux antibiotiques [1], comment ces cellules dormantes survivent-elles dans des conditions de stress, et comment renforcer la réponse immunitaire de l’hôte pour cibler directement ces cellules dormantes.

2. Nouveau métabolite prometteur : des bactéries telles que les actinomycètes produisent des métabolites spécialisés, de la classe des antibiotiques, capables d’inhiber la croissance de microbes rivaux. Plusieurs équipes et consortia travaillent sur l’un d’eux, NAI-107, tant au plan de la biologie fondamentale du métabolite qu’à son entrée dans les premières phases d’essai clinique pour traiter la résistance au Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM).

3. Pansements détecteur d’infection : les travaux de recherche fondamentale dans la physique des polymères ont mené au développement de nouvelles technologies d’aide à la cicatrisation. Les polymères développés contiennent des marqueurs fluorescents créés spécifiquement pour reconnaître et se lier aux bactéries qui apparaissent dans une plaie.

4. Bactériophages ciblant les bactéries : les bactériophages sont l’ennemi naturel des bactéries et étaient utilisés au début du 20ème siècle pour traiter les infections bactériennes, avant l’avènement des antibiotiques. Il existe aujourd’hui un regain d’intérêt pour ces traitements, qui ne se sont jamais répandus largement, et des travaux s’intensifient à la fois au plan fondamental et appliqué [2].

5. Transmission inter-espèces du Staphylococcus aureus : des études cherchent à établir l’origine des lignées de cette bactérie, qui est capable de se transmettre et de muter d’une espèce à l’autre et est responsable de maladies inflammatoires importantes dans les cheptels de bovins et d’ovins en particulier. L’objectif est, entre autres, d’identifier les mécanismes d’acquisition de résistance dans l’ensemble des 900 lignées actuellement connues.

6. Séquençage de génome entier : les nouvelles technologies de séquençage deviendront un outil incontournable du contrôle de la résistance antimicrobienne, en particulier dans le cadre de la surveillance des infections, du développement de nouveaux tests de diagnostic et de l’identification de la résistance. Ceci permettra notamment d’améliorer les soins aux patients et de comprendre les cas de multi-résistance [3].

Tests de résistance aux antibiotiques. - JPEG
Figure 3 - Tests de résistance aux antibiotiques : les bactéries sont ajoutées en séries dans la boîte de Pétri, et les antibiotiques sont ajoutés au sein des disques blancs. Les auréoles sombres et dépourvues de bactéries montrent que ces dernières sont susceptibles aux antibiotiques pour chacun des disques (image de gauche). En revanche, les bactéries ne sont suceptibles que pour trois des 7 antibiotiques testés (image de droite).
Crédits : Graham Beards

Sources :

- Medical Research Council, 18/11/2014, http://www.mrc.ac.uk/news-events/news/timeline-report-for-superbug-research/
- Antimicrobial Resistance Timeline Report, http://www.mrc.ac.uk/documents/pdf/antimicrobial-resistance-timeline-report/

Rédacteur : Dr. Claire Mouchot.

publié le 11/11/2015

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