Reporters sans frontières fête cette année ses 20 ans. Travail soutenu d’information de l’opinion publique internationale sur les violations de la liberté de la presse, défense des journalistes et autres professionnels des médias maltraités, soutien des rédactions en difficulté, action au plan juridique… Depuis 1985, l’association intervient chaque année plusieurs centaines de fois et à plusieurs niveaux pour défendre la liberté de la presse partout où elle est bafouée, avec une détermination sans relâche et un courage qui n’a jamais fléchi malgré les menaces qui pèsent régulièrement sur elle.
Reporters sans frontières (RSF) a aujourd’hui 20 ans. Des années de combat quotidien pour défendre la liberté de la presse et dénoncer celles et ceux qui la bafouent, partout dans le monde. Un anniversaire qui s’est fêté dans la joie bien sûr, couronné en France par la libération tant attendue de Florence Aubenas et de son guide Hussein Hanoun après plusieurs mois de captivité en Irak, mais aussi dans la douleur et avec cette détermination qui a caractérisé l’association dès sa fondation. Depuis le début de l’année, en effet, 46 journalistes ont perdu la vie dans l’exercice de leur profession et plus d’une centaine sont toujours emprisonnés. Motif de cette maltraitance : l’information. Le désir d’information, l’audace d’informer. Le combat est donc toujours d’actualité. Dans plus de la moitié des Etats qui siègent aujourd’hui aux Nations unies, la liberté de la presse est encore régulièrement violée.
Cette lutte, RSF la mène sans relâche depuis 1985 avec un courage inaltérable, malgré les menaces qui pèsent souvent sur elle, et cette même conviction depuis le départ : il n’y a pas de liberté sans liberté de la presse. Et pour aller plus loin : pas de démocratie sans une presse indépendante, pluraliste et parfaitement transparente. Pour atteindre ses objectifs, l’organisation agit parallèlement sur plusieurs fronts : information de l’opinion publique internationale sur les atteintes à la liberté de la presse par un travail assidu de recherche et d’enquêtes, défense de tous les professionnels des médias emprisonnés ou maltraités, soutien financier et moral des journalistes et de leur famille, menacés pour avoir voulu exercer leur métier, lutte au plan juridique contre la censure et les lois qui ignorent ou tentent de réduire la liberté de la presse, aide financière et matérielle apportée à des médias démantelés ou affaiblis par un conflit.
Reporters sans frontières est aujourd’hui une organisation internationale. Elle peut intervenir sur les cinq continents grâce au réseau qu’elle a tissé depuis sa fondation en 1985 : ses neuf sections nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Royaume-Uni, Italie, Suède et Suisse), ses bureaux à Abidjan, Bangkok, Montréal, Moscou, New York, Tokyo et Washington, ses associations locales et régionales partenaires ainsi que près de 110 correspondants répartis un peu partout dans le monde appuient et relayent l’action menée à Paris par ses membres permanents. Trilingue (français, anglais, espagnol), le site Internet de l’association (www.rsf.org) est devenu un instrument essentiel de ce réseau. Véritable agence d’information sur les violations de la liberté de la presse, il permet une mobilisation de masse autour d’une prise d’otages ou d’un emprisonnement par exemple, grâce à la signature de pétitions. Tribune de la presse censurée, il offre par ailleurs aux journalistes la possibilité de publier les articles interdits dans leur pays d’origine.
Son efficacité ? RSF la doit à ce réseau, bien entendu, mais aussi au soutien financier et moral de ses sympathisants. Son financement provient de la cotisation de ses adhérents, des diverses contributions privées et publiques qui lui sont versées, de la générosité de certains, artistes notamment et surtout photographes.
Elle n’est ni membre d’une section nationale, d’un bureau ou d’une association partenaire, ni correspondante locale, ni permanente (ou tout à la fois ?), et a pourtant participé activement à cette aventure dès le début : la photographie apparaît en effet comme une compagne de route privilégiée de l’organisation. Sans doute a-t-elle été son soutien le plus fort, son partenaire le plus fidèle. L’image parle, témoigne, renseigne autant qu’un texte et c’est d’abord comme source d’information qu’elle a toujours été respectée par l’association au même titre qu’un article de presse. Faut-il rappeler qu’un journaliste peut être enlevé et malmené dans certains pays pour la publication ou la mise en ligne d’une « simple photo »… Plus encore, au-delà de l’attention que lui confère son rôle de témoin de l’actualité, c’est bien la photo qui permet à RSF de mener à bien ses actions et qui lui garantit son autonomie. Deux fois par an, depuis 1992, Reporters sans frontières publie et vend au grand public des albums de photographies d’une qualité exceptionnelle. Des grands noms de la photo comme Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis, Yann Arthus-Bertrand, Helmut Newton, Robert Doisneau ou Jeanloup Sieff, en offrant leurs plus beaux clichés, ont ainsi contribué, à leur manière, à ce combat quotidien pour la liberté de la presse.
On ne s’étonnera donc pas que l’association ait jeté son dévolu sur la photo pour célébrer cette année ses 20 ans. Le Sénat a présenté du 1er juin au 31 août derniers une exposition de vingt photographes français, américains, britanniques, brésilien, iranien, russe, hollandais et belgo-tunisien, jeunes et moins jeunes (de 32 à 95 ans), connus et moins connus, de styles très différents les uns des autres mais tous animés par la même passion pour le photoreportage. Elan de solidarité à l’égard de tous leurs confrères disparus, enfermés, torturés ou harcelés pour avoir refusé de se taire et, comme l’a évoqué Robert Ménard, hommage de l’association aux photoreporters du monde entier qui ont fait le choix de nous montrer la réalité, quel qu’en soit le prix à payer.
Anne Sophie Faullimmel
A l’occasion de cet anniversaire, le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, a accepté de répondre à nos questions :
1. Actualité en France : Robert Ménard, votre association fête cette année ses 20 ans. Vous en êtes le secrétaire général mais aussi le fondateur. Comment RSF est-elle née en 1985 ?
R.M. : Reporters sans frontières a été créée à Montpellier en juin 1985 par quatre journalistes : Rémy Loury, Jacques Molénat, Emilien Jubineau et moi-même. Au départ, ce que nous voulions, c’est parler de l’actualité des déshérités et sensibiliser l’opinion aux problèmes du tiers-monde. Pour ce faire, nous avons programmé des reportages en Ouganda, en Malaisie, au Zaïre, au Sahara occidental, au Honduras, au Pakistan, etc. C’est là que l’organisation a pris conscience de la condition de l’information dans le tiers-monde : les journalistes locaux subissaient de terribles contraintes émanant principalement des dictatures, mais également de milices diverses ou de groupes insurgés. Face à cette répression, Reporters sans frontières a alors décidé de faire porter ses efforts sur la défense de la liberté d’informer.
2. A. en F. : Quels ont été les moments les plus forts de ces 20 années de combat pour la liberté de la presse ?
R.M. : Ils ont été si nombreux qu’il est impossible de tous les énumérer. Je citerai ma rencontre, pendant le siège de Sarajevo, avec nos confrères du journal Oslobodenje à qui nous avons fait parvenir à plusieurs reprises du matériel pour qu’ils tentent de maintenir une information digne de ce nom. Ou encore, la création d’une radio humanitaire, après les massacres au Rwanda, dans des camps de réfugiés en République démocratique du Congo. Et aussi, les sourires de cette famille péruvienne dont vous avez visité un des fils en prison aux pires moments de la présidence Fujimori. Sans oublier que toute libération d’un journaliste emprisonné pour avoir exercé son métier, ou d’un reporter pris en otage, est un moment fort pour chacun des membres de Reporters sans frontières. De l’arrivée d’un Doan Viet Hoat en France après vingt années passées dans les camps de rééducation vietnamiens à la libération de Florence Aubenas.
3. A. en F. : L’association a-t-elle évolué en 20 ans ?
R.M. : Bien sûr. Grâce à ses sections nationales établies en Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Italie, au Royaume-Uni, Suède et Suisse, et à ses bureaux à Abidjan, Bangkok, Montréal, Moscou, New York, Tokyo et Washington, Reporters sans frontières est devenue une organisation internationale, qui travaille en collaboration avec de nombreuses associations locales ou internationales de défense de la liberté de la presse ou des Droits de l’Homme. Nous avons par ailleurs un réseau de plus de 100 correspondants à travers le monde. Nous avons ainsi sans cesse gagné en crédibilité, en notoriété, donc en influence et en efficacité. Cette reconnaissance internationale nous a permis de multiplier nos activités. Nous pouvons traiter de plus en plus de cas. Pour la seule année 2004, Reporters sans frontières a mené plus de 700 actions.
4. A. en F. : La photo a toujours occupé une place particulière au sein de l’organisation. Pourquoi ?
R.M. : En 1992, Reporters sans frontières mettait en vente son premier album « Cent photos pour la liberté de la presse ». Depuis, dix-huit autres ont été publiés. Avec le soutien généreux des plus illustres photographes, dont Sebastiao Salgado, Raymond Depardon, Marc Riboud, Henri-Cartier Bresson, Robert Doisneau, Willy Ronis, William Klein, Yann Arthus-Bertrand, Edouard Boubat, Philip Plisson, Helmut Newton, Dominique Issermann, Jean Dieuzaide, Jeanloup Sieff. Ces albums photos sont la première source de revenus garantissant l’indépendance de Reporters sans frontières. Leur vente permet à l’organisation de mener ses actions au jour le jour en faveur de la liberté de la presse. Ce qui n’est pas rien ! Pour nos vingt ans, grâce à la générosité du Sénat, nous avons pu réaliser une grande exposition photo sur les cimaises du jardin du Luxembourg. Nous voulions à la fois exprimer notre gratitude à toute une profession mais aussi lui rendre hommage. Car pour nous donner à voir le monde à travers leurs photoreportages, ils mettent souvent leur vie en péril.
5. A. en F. : Quels sont les enjeux de Reporters sans frontières aujourd’hui ?
R.M. : Continuer à défendre pied à pied la liberté d’informer !
Propos recueillis par Anne-Sophie Faullimmel pour Actualité en France Septembre 2005
Dernière mise à jour : 16.01.2006