Quel avenir pour le CCS au Royaume-Uni ?

Mots-clés : Politique, Innovation, Energie.

La Conference of Parties (COP21) annuelle organisée à Paris en 2015 a non seulement réveillé les consciences sur les enjeux écologiques, mais a aussi eu pour ambition de définir les objectifs pour lutter contre le changement climatique et l’appauvrissement en ressources fossiles. Les pays participants ont trouvé un commun accord sur la réduction d’émissions de gaz à effet de serre ainsi que sur la baisse de consommation d’énergie.

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Pour satisfaire aux ambitions de la COP21, le Royaume-Uni a lui aussi établi ses objectifs, notamment un effort en matière de recherche et développement avec 15 % de l’énergie issue de sources renouvelables d’ici 2020. Aujourd’hui, dans le paysage énergétique anglais, 47 % de l’énergie est utilisée pour produire de la chaleur dont 80% est issue de centrales à gaz. S’ajoute à cela 39 % de l’énergie totale utilisée pour le transport dont une grande majorité fonctionne à l’essence. Une réduction des dépenses énergétiques serait alors un grand pas vers la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation en ressources fossiles.

Dans ce contexte, l’Angleterre devra faire de gros efforts pour réussir sa transition énergétique et pour réduire son empreinte énergétique. En matière de diminution de l’empreinte carbone, selon la communauté scientifique, le stockage du dioxyde de carbone semble être une des solutions.

1) Action de l’Etat

En 2012, le gouvernement britannique a lancé le programme UK Carbon Capture and Storage (CCS) Commercialisation, compétition qui s’est dotée d’un capital de 1 Mds£.

Le programme avait pour but de :

  • Diminuer les coûts du stockage du carbone,
  • Tester et construire une régulation du CCS,
  • Encourager l’industrie à développer des business models autour du CCS,
  • Développer des infrastructures pour le transport et le stockage du CO2.

En 2013, le gouvernement a retenu deux grands projets que sont :

  • White Rose : situé dans le Yorkshire, ce projet a pour but de capturer 90% du CO2 d’une centrale électrique à charbon sur le site de Drax (Yorkshire du nord) pour ensuite le transporter et le stocker dans une mine saline sous marine de mer du Nord. Le projet est mené par Capture Power Ltd. (Consortium composé d’Alstom, Drax Power et BOC) et le National Grid. La capacité envisagée était de 2 millions de tonne de CO2 soit l’électricité de 630 000 foyers. Le 8 juillet 2014, la commission européenne a annoncé un fond de 300M€ (240M£) pour White Rose, financement venant du programme New Entrant Reserve supervisé par la commission Européenne, la Banque d’Investissement Européenne et les Etats membres.
  • Peterhead : Situé dans le Aberdeenshire, ce projet a pour ambition de capturer 85% du CO2 émis d’une station de production d’énergie par turbine à gaz à Peterhead, pour ensuite le transporter puis stocker dans une ancienne poche de gaz située à 2,5 km sous la mer du Nord. Le projet développé par Shell et le SSE (Scottish and Southern Energy) est le premier plan mondial sur station à gaz ; celui-ci anticipait une capture de 1 million de tonnes de CO2 par an fournissant ainsi une électricité propre à plus de 500 000 foyers. Les investissements finaux étaient en discussion à la fin de l’année 2015.

De manière à devenir leader et concurrentiel dans le stockage de carbone, le Royaume-Uni s’est doté d’un plan national (2011-2015) de 125M£ pour la recherche, le développement et l’innovation dans ce domaine. Les financements en provenance du DECC, du Technology Strategy Board, de l’Energy Technologies Institute et du Research council couvraient :

  • La recherche fondamentale (62M£)
  • Le développement de nouvelles technologies de CCS (28M£)
  • Le plan pilote et la faisabilité commerciale (35 M£)

Par le biais du Energy Technology Institute (ETI), le DECC a aussi financé le développement du stockage du CO2 en mer du Nord à hauteur de 2,5M£.

En 2011, le Royaume-Uni (SSE, Doosan Babcock et Vattenfall) s’est aussi doté d’un plan de faisabilité commerciale (2011-2013) appelé Ferrybridge Carbon Capture Pilot capable de capturer jusqu’à 100 tonnes de CO2 par jour (90% de stockage).

Durant les cinq dernières années le Royaume-Uni s’est ainsi doté d’un projet de recherche et de faisabilité commerciale du CCS de haut niveau permettant de justifier les investissements pour les prochaines années. Cependant dans un climat d’élection générale (07 mai 2015), le gouvernement a décidé de mettre fin aux aides au développement des énergies renouvelables. En conséquence, à la fin de l’année 2015, le gouvernement britannique à décidé d’annuler sinon de suspendre le financement de 1 Mds£ au CCS, mettant à mal les projets White Rose et Peterhead.
Cette décision a entamé une série de réactions et de réponses de la part des principaux acteurs.

2) Réponse de l’Energy Technologies Institute à Angus MacNeil (MP, chair Energy and Climate Change Committee)

  • Le CCS est un point stratégique pour minimiser les coûts reportés sur les consommateurs et professionnels dans le cadre de la transition énergétique.
  • La décision d’annuler le projet pénalisera le développement du CCS au Royaume-Uni ainsi que l’économie britannique.
  • Le report du projet ajoutera un coût de 1-2 Mds£ par an à la décennie 2020-2030, 4-5 au-delà.
  • De manière à satisfaire le budget Carbone en 2030, un report de 10 ans du projet CCS nécessitera le lancement d’un plus grand nombre de programmes dans les énergies renouvelables.
  • Atteindre l’objectif carbone en 2050 sans déployer de CCS aura pour effet une augmentation des coûts (>2% du PIB).
  • Les avantages sont nettement supérieurs en poussant le projet CCS plutôt qu’en le reportant.
  • Mieux vaut redéfinir la stratégie (financière, scientifique et politique en particulier à un stage jeune des nouveaux projets) plutôt que de le reporter ou même de l’annuler.
  • Il est nécessaire d’établir une politique attractive pour attirer les investissements.

3) Réponse du DECC à Mr Angus McNeil

En 2009, l’Union Européenne a financé, via l’European Energy Programme for Recovery, le Valley Project à hauteur de 180M€. Aujourd’hui 125M€ ont été alloués au CCS. En 2013, le projet White Rose a obtenu un financement de 300M€, à travers le programme New Entrant Reserve (NER). Ce sont 300 programmes de recherche qui en bénéficieront ; les destinataires ne sont pour l’heure pas connus, le DECC est en discussion avec la commission Européenne.

4) Réponse de Shell au Energy and Climate Change Committee

C’est une véritable déception pour Shell que de voir l’arrêt du site de Peterhead, pour qui le CCS competition était une véritable opportunité d’établir des relations entre industrie et gouvernement sur un projet porteur, pointant qu’un projet aussi nouveau et ambitieux nécessite l’aide du gouvernement. On rappelle que ce projet de Peterhead avait pour but de générer de façon propre 400 MW d’énergie (équivalent à 15 années de réserve de la région) et surtout la diminution de 90% d’émission de gaz à effet de serre (transport de 15 Mt de CO2). Shell reste néanmoins optimiste pour la filière CCS qui sera en Grande Bretagne un appoint aux énergies issues du nucléaire et des énergies renouvelables.

La décision prise de stopper le programme CCS est pour Shell un véritable retour en arrière pour l’industrie du CCS au Royaume-Uni. Néanmoins le Royaume-Uni garde ses atouts géologiques en matière de large centre de stockage avec notamment les fonds de la mer du Nord.

Shell va aussi dans le sens du Element Energy and Pöyry for the Energy Technologies Institute (ETI) pour qui l’arrêt du CCS aurait un coût supplémentaire de réduction des émissions de carbone de 32Mds£ en 2050, soit une augmentation du coût de 138% pour maintenir un niveau de CO2 à 450 ppm.

Shell, qui a d’autres projets CCS (Quest (Alberta, Canada), Gorgon (Queensland, Australia), Boundary Dam (Saskatchewan, Canada)), ne voit plus aucun futur au projet Peterhead ; pis encore, y voit un retard qu’il sera difficile à combler, même si le Secrétaire d’Etat reste positif quant au développement du CCS au Royaume-Uni pour l’après White Rose et Peterhead.

Sources :

Rédacteur : Dr Ludovic Drouin

publié le 11/02/2016

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