Il s’agit d’une première mondiale : suite à une tuberculose ayant laissé l’intersection entre la trachée et la bronche pulmonaire souche gauche endommagée, une collaboration scientifique et médicale européenne a offert à une patiente de 30 ans, mère de deux enfants, de recevoir une greffe d’organe « sur mesure », l’organe ayant été reconstruit à partir de ses propres cellules souches. La technique utilisée avait été mise au point, et couronnée de succès, chez le cochon, mais n’avait jamais été tentée chez l’Homme sur un organe entier.
Dans un premier temps, un tronçon de bronche pulmonaire d’un donneur juste décédé était extrait et soumis à des cycles de digestions chimiques et enzymatiques visant à détruire la totalité des cellules présentes et à ne conserver que la structure centrale composée de fibres de collagène. L’objectif de ces digestions est d’éliminer les antigènes du donneur, présents à la surface de ses cellules, qui seraient reconnus par le système immunitaire du receveur, responsable d’une réaction immunitaire de rejet dirigée. La structure de collagène pouvait alors servir de matrice sur laquelle les scientifiques ont fait pousser des cellules appartenant à la patiente.
Pendant que ces étapes préparatoires étaient menées en Espagne, des scientifiques britanniques préparaient, quant à eux, deux types de cellules prélevés chez la patiente receveuse : celles tapissant les voies aériennes ou cellules épithéliales ciliées, et des cellules souches isolées à partir de la moelle osseuse et forcées, dans des conditions contrôlées, à une différenciation en cellules cartilagineuses ou chondrocytes. Les cellules étaient incubées en présence de la matrice de collagène du donneur dans un bioréacteur rotatif spécialement adapté, pendant une durée de 4 jours : les cellules de la patiente venaient tapisser la matrice et reconstituer ainsi un organe en trois dimensions. Comme cet organe reconstruit était composé des cellules du receveur, il était théoriquement immuno-compatible , et aucune réaction immunitaire ne devait se déclencher contre le greffon, évitant ainsi un traitement à l’aide d’anti-suppresseurs. Un tronçon de 7cm de la bronche souche malade était alors remplacé directement par cet organe mixte.
Quelques mois après l’opération, le chirurgien espagnol a indiqué que cette trachée se comportait de la même manière qu’une trachée normale : à quatre jours, le greffon était presque indiscernable du reste de la bronche de la receveuse ; à un mois, une biopsie révélait que la greffe avait développé ses propres vaisseaux sanguins ; à 4 mois, aucun signe de rejet n’était observable. La patiente vit aujourd’hui une vie normale et ne reçoit aucun traitement anti-suppresseurs. Ce dernier point est extrêmement novateur et crucial pour l’avenir de la chirurgie de la transplantation, car une telle technologie permettra à l’avenir d’éviter les traitement anti-suppresseurs extrêmement lourds pour les patients, en particulier ceux atteints de cancers.
Images et graphiques, Université de Barcelone _ Source : BBCNews
http://news.bbc.co.uk/1/hi/health/7736549.stm
Les équipes européennes impliquées dans ce projet sont au nombre de quatre et démontrent des spécialités différentes :
- l’étape de six semaines de digestions chimique et enzymatique de la trachée a été mise au point à l’Université de Padoue, Italie ;
- les cellules souches ont été mise en culture dans le laboratoire de Martin Birchall, professeur de chirurgie et leur différenciation en chondrocytes s’est faite au sein du laboratoire du Professeur Hollander, tous deux basés à l’Université de Brisol ;
- la reconstruction de la trachée mixte, à partir de la matrice venant du donneur et des cellules de la patiente a été menée au polytechnique de Milan, Italie ;
- l’opération a été menée à l’hôpital de Barcelone par le Profeseur Macchiarini.
Ce réseau est actuellement à la recherche de financements pour développer une technique similaire, multi-étapes, permettant d’effectuer des transplantations de larynx mixtes chez des patients ayant eu un cancer.■
Sources : Bristol University, News, 19/11/08, www.bristol.ac.uk ; BBC News, Health, 19/11/08, http://news.bbc.ac.uk ; The Lancet, early On line Publication, 18/11/08, doi:10.1016/SO140-6736(08)61598-6, www.thelancet.com
Dr Claire Mouchot