A NE PAS MANQUER AUJOURD’HUI DANS LA PRESSE BRITANNIQUE (6 AOÛT 2010)
PROCES CHARLES TAYLOR / N. CAMPBELL
« Sang et diamants », Editorial, The Times
Il y a quelques années lorsque Naomi Campbell avait comparé Fidel Castro à Nelson Mandela, elle avait montré aux yeux monde toute l’étendue de sa perspicacité. Il est donc tout à fait possible qu’elle n’ait pas mesuré qui était Charles Taylor lorsqu’elle l’a rencontré à l’occasion d’un dîner organisé par Nelson Mandela.
Il ne faut toutefois pas s’y tromper : Malgré le côté médiatique de sa participation, le témoignage de Naomi Campbell est important dans le procès contre Charles Taylor, président de Sierra Leone de 1996 à 2002, inculpé de plus de 11 chefs d’accusation, allant du crime de guerre au crime contre l’humanité. M. Taylor est responsable d’avoir déclenché en Sierra Leone une guerre civile d’une violence comparable au génocide Rwandais, et de l’avoir exportée à son pays voisin, le Liberia. Il aurait donc financé, grâce à l’argent que lui rapportait l’extraction de diamants bruts, les combattants du front révolutionnaire unifié (RUF), chargés de lancer des attaques depuis le Liberia, et qui sont responsables des pires atrocités commises pendant cette guerre.
Si Naomi Campbell a effectivement reçu des diamants de Charles Taylor, cela l’impliquerait directement. Mais M. Taylor plaide non-coupable et Naomi Campbell nie savoir de manière formelle qui était le l’expéditeur de ces diamants bruts et « sales ».
Nous pouvons cependant d’ores et déjà retenir deux choses à propos de cette sanglante histoire : Premièrement, les Anglais ont bien agi en ne soutenant pas la milice du RUF et en prenant la décision populaire de déployer des troupes en 2000 pour stabiliser le pays. Deuxièmement, il est bon que les leaders sachent qu’ils ne bénéficient d’aucune immunité en droit international. Les charges retenues contre Charles Taylor par une cour spéciale pour Sierra Leone prouvent qu’il s’agit bel et bien de juger un tyran.
LIBAN
« Le Hezbollah s’efforce de laver son image de l’assassinat », Roula Khalaf, Abigail Fielding-Smith, Financial Times
Quelques heures après l’échange de coups de feu entre les forces israéliennes et libanaises, le chef du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah, considéré comme l’ennemi le plus dangereux d’Israël, s’est retrouvé dans la position inhabituelle de saluer « l’héroïsme » de l’armée libanaise. Le groupe qui insiste sur sa capacité à combattre Israël n’a pas laissé une altercation ayant pour origine l’élagage d’un arbre fruitier dégénérer en un conflit total, ce qui fut un soulagement. Alors que le groupe est sous le feu des accusations concernant l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, il s’efforce de montrer une image responsable. Devant les caméras, Mr Narsrallah apparait en habile communicant, s’adressant à son audience dans un arabe familier plutôt que classique. Les commentateurs affirment qu’il tente dans ses discours d’attiser la discorde, particulièrement en soulignant que les accusations de l’ONU pourraient provoquer un conflit entre les communautés libanaises chiites et sunnites. Certains pensent également que les supporteurs iraniens du groupe, en proie aux sanctions internationales, ont tout intérêt à ce genre de diversion. D’autres ont une explication encore plus simple : selon un blog politique, « la stratégie de Nasrallah est astucieuse : faire part de sa version de l’histoire, afin de mieux la contrôler. » Cette affaire a toutefois alarmé certains dirigeants de Syrie et d’Arabie Saoudite qui soutiennent des factions rivales au Liban, qui se sont rués à Beyrouth la semaine dernière. Pour le Hezbollah, jongler entre son rôle de groupe armé anti-israélien et celui de parti politique membre d’un gouvernement d’unité nationale, n’a jamais été chose facile. Combattre l’ennemi israélien est un honneur, tuer un compatriote libanais un déshonneur. Mr Nasrallah a éclairé l’aspect le plus controversé de l’enquête des Nations Unis, à savoir que l’acte d’accusation aurait été écrit avant que les témoins aient été interrogés.
IRAK
« L’adjoint de Saddam : le retrait des troupes américaines va détruire l’Irak », Martin Chulov, The Guardian
Dans la première interview depuis son incarcération il y a plus de sept ans, Tarek Aziz – ancien vice-Premier Ministre de Saddam Hussein – a déclaré que le retrait d’Irak des troupes américaines de combat détruira le pays. « Nous sommes tous des victimes des Etats-Unis et du Royaume-Uni » a-t-il dit en expliquant que le pays se trouvait, aujourd’hui dans une situation pire qu’avant la guerre. M. Aziz ajoute que malgré un moment d’espoir au moment de l’élection d’Obama, il se rend compte que ce dernier est un « hypocrite qui laisse le pays aux loups ». Pour lui, malgré quelques erreurs – telles que l’invasion du Koweït, par exemple – Saddam a tout de même construit le pays et a aidé la population irakienne. Enfin, Tarek Aziz affirme qu’il a essayé de convaincre le monde qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak mais que cela a été inutile car Bush allait, quoi qu’il en soit, déclarer la guerre.
ROYAUME-UNI / IRAN
« Cameron trébuche à nouveau en commettant une erreur sur l’Iran », Alex Barker, Financial Times
Les récentes critiques de M. Cameron reprochant au Pakistan son positionnement face au terrorisme ont fait du dîner informel d’hier soir en l’honneur de M. Zardari et son fils Bilawal Bhuto Zardari l’exercice diplomatique le plus difficile pour M. Cameron depuis son arrivée au pouvoir. Cependant, quelques heures avant cet événement à Chequers, M. Cameron s’est retrouvé potentiellement en situation de déclencher une autre polémique avec un autre pays en affirmant que l’Iran détenait des armes nucléaires. Le Labour, par la voix de Chris Bryant s’est empressé de dénoncer « les boulettes (de M. Cameron) qui deviennent une dangereuse habitude ».
Alors que M. Cameron a maintenu ses critiques fermes à l’encontre du Pakistan (critiques que Whitehall et les Etats-Unis considèrent en privé comme étant conforme s à la réalité), la force des déclarations faites en Inde a pris les diplomates britanniques par surprise et provoqué de sérieuses tensions dans les relations avec Islamabad. La gaffe sur l’Iran va donner des munitions à ceux qui reprochent au style « sans équivoque » de M. Cameron de nuire à la diplomatie britannique.
Quoi qu’il en soit, lors de ses entretiens avec M. Zardari, M. Cameron devra parvenir à surmonter le ressentiment de l’establishment politique pakistanais qui n’a pas supporté qu’il se prononce sur des sujets aussi sensibles alors qu’il se trouvait en Inde. M. Zardari, de son côté, doit sortir des entretiens avec un message à l’attention de ceux qui le critiquent, notamment au sujet de son absence alors que le pays fait face à une importante catastrophe naturelle. L’apparition de M. Bhutto Zardari (le fils de Zardari et Benazir Bhutto) lors d’un meeting à Birmingham demain a été annulée en raison de ces critiques.
Financial Times (Diffusion : 390.203), libéral, pro-européen The Guardian (Diffusion : 284.514), centre-gauche, libéral, pro-européen Times (Diffusion : 505.062), Groupe Murdoch, centre droit
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