Le vaste projet du gouvernement sur la nouvelle carte d’identité biométrique continue à être malmené malgré la victoire d’un vote décisif à la Chambre des Communes, en février, sur son plan de déroulement. En mars, la Chambre des Lords a de nouveau modifié le projet de loi pour rendre obligatoire l’enregistrement de la carte d’identité en 2012 et non en 2008 comme le souhaitait le gouvernement. Ce délai placerait donc la carte d’identité dans les débats de la campagne électorale britannique.
Ce projet, dont la facture est estimée à 3 milliards de livres (environ 4,5 milliards d’euros), est un point clé du manifeste du Premier Ministre. Cette nouvelle carte d’identité qui utilisera la biométrie de l’empreinte digitale, devrait permettre de mieux lutter contre le terrorisme, le vol, le travail illégal et l’immigration clandestine. Mais de nombreux doutes s’élèvent contre son organisation, son coût et sa sécurité.
Un communiqué du Home Office (équivalent du Ministère de l’Intérieur) a admis la lenteur du processus parlementaire sur le plan de déroulement du projet. Les premières cartes d’identité ne sont pas prévues avant 2009, soit une année de retard sur le calendrier initial. Le gouvernement a déjà dépensé 32 millions de livres (environ 46 millions d’euros) sur les études de développement, de spécification et les tests de faisabilité.
De plus une étude de la London School of Economics a jeté le doute sur la facture réelle d’une carte d’identité. Alors que le gouvernement estime une carte biométrique à environ 60 livres (environ 88 euros) ou 100 livres (144 euros) si elle est couplée à un passeport biométrique, l’étude établit un coût compris entre 130 et 300 livres (environ 190 et 435 euros) ; la fourchette de prix dépend de la technologie choisie.
Mais la polémique se focalise avant tout sur la réelle sécurité de la carte biométrique. L’entreprise TSSI system, spécialisée dans la sécurité de l’identification, a mis en garde le gouvernement sur l’importance de la technologie choisie : elle sera le point clé de succès de la carte d’identité. L’utilisation de la biométrie à empreinte digitale, qui à l’heure actuelle reste le système privilégié, n’est pas le garant de l’inviolabilité du système. Par exemple, le récent passeport biométrique néerlandais a été piraté. Bien entendu la biométrie permet de rendre toute falsification plus difficile et contraignante.
Dans un rapport destiné au Premier Ministre, le Dr. Gladman du département recherche et développement de la sécurité des systèmes d’information du Ministère de la Défense déconseillait l’utilisation d’une base de donnée centrale des identifications du fait qu’il était très difficile dans son contexte d’utilisation (très nombreux points d’accès) d’en assurer une totale sécurité. Un réel problème serait qu’une telle base de donnée devienne une cible de " prestige " pour les pirates informatiques en quête de notoriété. De plus la France et l’Italie qui ont un projet de rénovation de leur système de contrôle des passeports ont opté pour un stockage de l’information sur le support lui-même grâce à une carte à puce. Au Royaume-Uni qui est par tradition très sensible à la liberté individuelle, nombreux sont les spécialistes qui s’interrogent sur la réelle nécessité d’une base de donnée centrale des identités.
Auteur : Yacine Touati
Sources : IT Week, press release, 17/02/06, www.itweek.co.uk Electronics Weekly, press release, 17/02/06, www.electronicweekly.com