(Greenwich, 27 mars 2008)

Chère Ellen MacArthur,
Je suis particulièrement heureux de vous rencontrer, ce matin, dans ce lieu mythique de Greenwich, repère du temps et de l’espace pour tous les marins du monde, pour vous remettre la plus haute distinction française.
Vous êtes, Madame, une personnalité d’exception. Vous êtes courageuse, vous êtes tenace, vous avez du talent, et vous êtes une femme admirée des deux côtés de la Manche. L’affection profonde que les Français et les Britanniques vous portent fait partie de ces élans du cœur qui unissent nos deux peuples.
Votre élément c’est la mer, véritable trait d’union entre la France et le Royaume-Uni. Géographique, historique avec cette vieille rivalité entre la Royal Navy et la Marine française. Mais, au-delà, c’est bien le lien passionnel à la mer que partagent Français et Britanniques que nous célébrons aujourd’hui, comme en témoigne la présence parmi nos invités de l’une de nos navigatrices les plus célèbres, Maud Fontenoy, que je veux féliciter pour l’heureux événement qu’elle attend.
Ce n’est pas seulement la longue liste de vos exploits qui explique la place que vous occupez dans notre cœur. C’est aussi votre générosité.
Alors, il est difficile de trouver un endroit du Royaume-Uni plus éloigné de la mer que celui où vous êtes née.
David King, un de vos premiers maîtres, dira à vos parents : "je ne sais pas où va votre fille, mais où que ce soit, elle fera beaucoup de chemin sur l’eau".
Je crois savoir qu’aujourd’hui vous totalisez 250 000 milles de navigation. Et jamais vous n’avez envisagé autre chose que la course au large.
A 19 ans vous êtes nommée jeune marin de l’année au Royaume-Uni et vous faites le tour de Grande-Bretagne en solitaire sur un bateau minuscule.
On commence à vous voir, à vous connaître.
La récompense vient lorsque vous vivez enfin pleinement le grand large, d’abord en équipage, puis en solitaire en participant à 21 ans à la mini-transat.
C’est là votre vie, dans la solitude de l’immensité. Votre lecture exceptionnelle des éléments, votre respect de la mer et de ses règles, votre relation avec vos bateaux.
Vous êtes un marin d’exception.
Et on le sait bien, se présenter au départ d’une grande course en bateau de 50 ou 60 pieds susceptible de la gagner, c’est le travail de toute une équipe.
Et vous avez la meilleure équipe autour de vous.
Depuis Sir Francis Chichester et Eric Tabarly, vous vous inscrivez dans la longue lignée des femmes et des hommes qui ont eu le courage de traverser les océans.
L’émotion, c’est celle que nous avons partagée avec vous, sur la Route du Rhum en 1998 et en 2002, sur la Transat Europe. Et comme l’Atlantique vous semblait un peu étroit, nous vous avons suivie sur les dangers glacés du grand sud, autour du monde pour le Vendée Globe.
Et en février 2005, vous battez le record du tour du monde à la voile en solitaire avec un trimaran de 75 pieds. C’est un exploit.
Nous avons tangué avec vous, nous avons tremblé avec vous, nous avons ressenti vos blessures, nous avons partagé vos larmes d’épuisement et peut-être, un moment, on s’est associés également à votre bonheur.
En tout cas, Madame, la France veut vous honorer de sa plus haute distinction et pour une raison, c’est que vous avez repoussé les limites du possible, et que ce soit une femme qui repousse les limites du possible, c’est magnifique. Parce que la place des femmes est encore à construire dans nos sociétés et que vous le fassiez dans un sport, réputé pour être un sport d’homme, à quelques notables exceptions près, que vous le fassiez seule, dans un sport réputé pour être un sport d’une équipe et que vous le fassiez de votre manière, modeste, libre, décidée et déterminée, c’est une belle leçon de vie.
Et la France est très heureuse de vous récompenser et de vous reconnaître et, peut-être, accepterez-vous que cette récompense qui vous est due s’adresse aussi à tout le monde de la mer, à tous ces marins qui risquent leur vie, qui parfois la perdent, à tous ceux qui ont été vos amis et à ceux que vous ne connaissez pas.
Et croyez bien, Chère Madame, que pour moi, c’est un honneur que de vous remettre cette distinction./.


(Source : site Internet de la présidence de la République)