En janvier 2009, le rapport Digital Britain fixait ainsi les ambitions numériques du Royaume-Uni :"permettre un accès haut-débit à l’ensemble de ses citoyens d’ici 2012, avec une vitesse de connexion minimale de 2 Mbps" (Voir dossier "Science et Technologie au Royaume-Uni", juin 2009). En septembre 2010, dans le cadre de la stratégie numérique pour l’Europe, la Commission Européenne définissait à son tour ses objectifs [1] : "mettre le haut débit de base à la disposition de tous les européens d’ici à 2013 et veiller à ce que, d’ici à 2020, (i) tous les Européens aient accès à des vitesses de connexion bien supérieures, dépassant les 30 Mbps, et (ii) [qu’]au moins 50% des ménages européens s’abonnent à des connexions internet de plus de 100 Mbps".
L’accès au réseau de nouvelle génération [2] (NGA, Next Generation Access) passe par le déploiement de la fibre optique, seule technologie capable d’offrir des vitesses de connexion supérieures à 1 Gbps. Aujourd’hui, seulement 1% des Européens ont accès à des réseaux à haut débit par fibre optique, autrement désigné FTTx (voir encadré), contre 12% des Japonais et 15% des Sud-coréens.
Au Royaume-Uni, l’année 2010 aura été marquée par le lancement des premiers projets d’envergure. En voici un tour d’horizon.
La mise en oeuvre du réseau de fibre optique au niveau national assurée par British Telecom
British Telecom (BT), via sa filiale BT Openreach, assurera le déploiement du réseau de fibre optique au niveau national. L’entreprise prévoit une couverture de 40% de la population d’ici la fin 2012 et de 66% en 2015. Un million et demi de foyers britanniques pouvaient déjà souscrire un abonnement à la fibre optique en juin 2010. Dans sa première planification, BT recense 4 millions de foyers. Afin d’établir son plan de déploiement pour atteindre les 16 millions de foyers (66% de la population) en 2015, l’entreprise va mener, sous la forme d’une compétition, un grand sondage sur le territoire. Les régions où la demande est la plus forte seront traitées en priorité.
Virgin Media, qui possède le réseau de télévision par câble, offre déjà une couverture Internet très haut-débit à la moitié de la population (12,6 millions de foyers). Mais peu de clients ont souscrit au service. Et si le réseau câblé - qui utilise la technologie DOCSIS [3] - concurrence le débit du réseau de fibre optique actuel (Virgin Media propose un débit jusqu’à 50 Mbps), les technologies FTTx promettent des vitesses bien supérieures dans les années à venir.
Enfin, il existe des projets de réseau de fibre optique localisés. L’opérateur Velocity1 doit connecter 4 200 habitations dans le quartier de Wembley à Londres ; Fibrecity Holdings va installer des réseaux de fibre optique dans les villes de Dundee et de Bournemouth. Enfin Isrighthere connectera plusieurs blocs d’appartements dans le quartier londonien de Chelsea ainsi qu’à Liverpool et à Leeds.
BT contraint de partager le réseau avec ses concurrents
L’Office of Communication (Ofcom, autorité régulatrice des télécommunications au Royaume-Uni) a publié le 10 octobre 2010 une nouvelle réglementation contraignant BT à laisser ses concurrents utiliser ses infrastructures de télécommunication. Cela inclut le réseau de fibre optique mais également les poteaux télégraphiques et le réseau de conduits souterrains. D’autres fournisseurs d’accès vont donc pouvoir proposer un service d’accès au très haut-débit par fibre optique à leurs clients sans se lancer dans des projets d’infrastructure. TalkTalk et BSkyB seront les deux premiers à proposer ce service.
Le comté des Cornouailles passe à la fibre optique
Le 1er octobre 2010, BT a annoncé un investissement de 78,5 M£ pour le déploiement de la fibre optique dans le comté des Cornouailles (Cornwall) qui deviendra ainsi l’une des régions rurales les mieux connectées d’Europe. La Commission Européenne a également investi 53,3 M£ dans ce projet, via le Fond Européen de Développement Régional (FEDER). Les premiers bâtiments devraient être connectés début 2011 et la fin du déploiement est prévue pour 2014. A terme, entre 80% et 90% des entreprises et résidents du comté des Cornouailles et des îles Sorlingues (Scilly) pourront se connecter au réseau de fibre optique. A noter que ce projet est mené indépendamment du programme national de BT.
D’après Alec Robertson, chef du conseil du comté, le déploiement de la fibre optique devrait à terme créer 4.000 nouveaux emplois et protéger 2.000 emplois actuels menacés par la récession. Le comté des Cornouailles espère également attirer de nouveaux investisseurs et entrepreneurs dans les domaines des nouvelles technologies. Les Cornouailles et les Vallées du Sud Gallois sont les deux régions du Royaume-Uni éligibles pour des financements par le FEDER.
Le satellite comme alternative pour connecter les zones blanches
Inscrit dans le Digital Britain, le Royaume-Uni doit être en mesure de fournir une connexion haut-débit à 100% de sa population d’ici 2015 (date fixée initialement à 2012 mais reportée par le nouveau gouvernement de coalition). Pour parvenir à cet objectif, des experts préconisent l’utilisation du satellite dans les zones où, pour des raisons économiques ou géographiques, ni la fibre ni le cuivre ne sont adaptés. D’autres pays européens, comme la Finlande, ont déjà fait le choix de l’accès à Internet par satellite pour remplir leur obligation de service universel. Techniquement, les offres par satellites actuelles peinent encore à délivrer les 2 Mbps requis. Autre handicap, le temps de latence, dû à la vitesse de transmission de l’onde entre le satellite géostationnaire et l’antenne de réception, est rarement inférieur à la seconde. Enfin, le coût d’une liaison satellite est beaucoup plus élevé que les offres ADSL ou Fibre Optique. Pour exemple, le gouvernement finlandais a demandé aux fournisseurs d’accès de pouvoir offrir un service entre 30 euros et 40 euros par mois pour un débit de 1 Mbps.
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L’accès à Internet par fibre optique : les technologies FTTx

Rappelons que la fibre optique est un fil de verre ou de plastique qui a la propriété de conduire la lumière. Cette caractéristique permet la propagation de données converties en signaux lumineux. Comparé à d’autres technologies de transmission de l’information comme le cuivre (téléphonie) ou le câble coaxial (télévision), la fibre optique, en théorie, ne subit pas d’atténuation de son signal en fonction de la longueur du câble. Elle permet donc des communications très longue distance à un débit très élevé. C’est la raison pour laquelle la plupart des opérateurs font le choix de cette technologie pour leur réseau de nouvelle génération.
Dans les faits, le raccordement des utilisateurs au réseau de fibre optique est rarement direct. Le débit dépend alors de la longueur de câble résiduelle reliant le réseau au terminal. Les opérateurs utilisent la terminologie FTTx (Fiber To The x, Fibre jusqu’à x) pour désigner les différents types de raccordements. La technologie optimale étant la FTTH (Fiber to the home, Fibre jusqu’à la maison) où l’utilisateur est directement relié au réseau. Les modes de raccordement au réseau choisi par BT sont la FTTC (Fiber To The Curb, Fibre jusqu’au sous-répartiteur) ou la FTTP (Fiber To The Premise, Fibre jusqu’aux locaux). FTTP regroupe en réalité deux modes de connexion : FTTB (Fiber To The Building, Fibre jusqu’au bâtiment) et FTTH.
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[2] Réseau de nouvelle génération (NGA, Next Generation Access) : terme utilisé par la Commission Européenne et les entreprises des télécoms pour désigner les infrastructures réseaux d’avenir offrant des débits et des services virtuellement illimités.
[3] DOCSIS : pour "Data Over Cable Service Interface Specification" (spécification des interfaces pour la transmission de données par le câble) est une norme définissant les conditions d’interface de communications et de soutien d’opération pour un système de données utilisant le système de télévision par câble. Il est utilisé par beaucoup d’opérateurs de télévision par câble pour fournir l’accès à Internet.
Pour en savoir plus :
[1] http://ec.europa.eu/information_soc...
Couverture du réseau haut-débit au Royaume-Uni : http://www.broadband-notspot.org.uk...
Sources :
The Guardian, 04/10/10, http://bit.ly/c7q42n ; 07/10/10, http://bit.ly/dpSFok
Computing, 01/10/10, http://bit.ly/b9cFIB
Computer Weekly, 27/09/10, http://bit.ly/bpHfvk
Ofcom, rapport "Communications Market Report", aout 2010, http://redirectix.bulletins-electro...
Auteur : Pierre Chrzanowski