A NE PAS MANQUER AUJOURD’HUI DANS LA PRESSE BRITANNIQUE (10 MARS)
Royaume-Uni/EUROPE
- Royaume-Uni : William Hague tend un rameau d’olivier à l’Europe mais précise qu’il y a des limites à la tolérance, Interview, FINANCIAL TIMES
Les conservateurs ont pris la décision stratégique de ne pas faire la guerre à l’Europe s’ils remportent les élections. Leur priorité sera de résoudre la crise budgétaire qui a porté atteinte à l’influence du Royaume-Uni dans le monde. Usant de propos qui vont rassurer les dirigeants des grandes entreprises mais déplaire aux eurosceptiques, William Hague a précisé qu’il enverrait des diplomates hautement qualifiés à Bruxelles pour que le nouveau service des relations extérieures soit efficace : l’Europe doit parler d’une même voix sur les Balkans, la sécurité de l’approvisionnement en énergie et les relations avec la Russie. Le responsable des Affaires étrangères du cabinet fantôme est favorable au développement de la coopération avec la France en matière de défense et de politique étrangère. Il estime cependant qu’il y a des limites à l’intégration : un gouvernement conservateur chercherait à se retirer de l’Agence de Défense Européenne et serait opposé au projet d’un Fonds monétaire européen surtout s’il implique un changement institutionnel. M. Hague ajoute qu’un gouvernement conservateur chercherait à reprendre des pouvoirs à Bruxelles en matière d’emploi, de droit social et de droits fondamentaux si les autres Etats membres veulent un nouveau traité. En politique étrangère, l’Afghanistan sera la priorité d’un gouvernement conservateur dès son arrivée au pouvoir, souligne enfin M. Hague.
- Avertissement de M. Sarkozy à David Cameron à propos de l’Europe :
Patrick Wintour et Allegra Stratton publient un article sur le site internet du GUARDIAN à deux jours de la visite à Londres du président de la République. Ils croient savoir que M. Sarkozy lancera une mise en garde aux conservateurs en leur faisant valoir qu’ils risquent de mettre en danger une coopération vitale en matière d’énergie, défense et économie s’ils refusent de s’engager davantage en Europe. Pour amadouer les conservateurs, le président français pourrait être prêt à faire des concessions sur l’avenir de l’Agence de défense européenne.
EUROPE/ETATS-UNIS
- EADS : L’Europe s’en prend aux Etats-Unis, Peggy Hollinger, Sylvia Pfeifer, Jeremy Lemer, FINANCIAL TIMES
L’Europe accuse Washington de concurrence déloyale : après la décision d’EADS et Northrop Grumman de se retirer de l’appel d’offre pour la fourniture d’avions-ravitailleurs à l’armée américaine, estimant que le A330 ne pouvait l’emporter, les ministres britannique, français et allemand, ainsi que la Commission européenne, ont évoqué des répercussions possibles. Mme Lagarde a ouvertement laissé entendre que Boeing avait été favorisé. Son homologue allemand a exprimé le même avis, tandis que Lord Mandelson s’est déclaré déçu. Cette affaire risque d’envenimer plus encore les relations commerciales entre les Etats-Unis et l’Europe déjà tendues à la suite de la querelle entre Airbus et Boeing sur la question des subventions.
Le FINANCIAL TIMES consacre par ailleurs un éditorial aux difficultés d’EADS après que le groupe ait décidé de suspendre le versement de dividendes. Le journal estime que cette décision est la bonne, EADS étant généralement entravée par ses principaux actionnaires. Ce sont eux qui avaient empêché le groupe de faire il y a deux ans une acquisition américaine qui aurait réduit sa dépendance à l’égard d’Airbus. Il faudrait changer l’actionnariat : une solution consisterait pour Berlin et Paris à protéger leurs intérêts légitimes en relançant l’idée d’une « action spécifique » (golden share) pour chaque gouvernement. Bien sûr, les actionnaires n’ont pas envie de vendre lorsque les actions ont perdu une grande partie de leur valeur. Mais tant qu’ils restent actionnaires, ils doivent laisser EADS se gouverner selon les règles commerciales. La suspension du versement des dividendes est douloureuse, mais empêcher la compétitivité du groupe le sera encore plus à long terme.
ZONE EURO
- La crise est désormais un cauchemar pour l’Allemagne, Martin Wolf, FINANCIAL TIMES
Depuis la création de la république fédérale, l’Allemagne a toujours eu deux objectifs : une monnaie saine et l’intégration européenne. L’euro en est l’incarnation, mais ces deux objectifs sont aujourd’hui en contradiction. Faut-il renforcer la cohésion de la zone euro au risque de menacer la stabilité monétaire ? Ou renforcer la crédibilité monétaire en affaiblissant la cohésion ? Le débat en Allemagne part, à tort, du principe que la solution pour chaque Etat membre est de prendre exemple sur l’Allemagne. Mais l’Allemagne n’est l’Allemagne – avec sa discipline budgétaire, sa faible demande et son fort excédent à l’exportation – que parce que les autres sont différents. Face à la crise, elle propose la création d’un FME ainsi que l’imposition de pénalités, mais cela impliquerait un nouveau traité. De plus, la notion que l’indiscipline budgétaire représente la plus grande menace est erronée. Les excès de la Grèce sont la conséquence d’une indiscipline privée. Pour dire crûment les choses : le secteur privé et l’excédent de la balance commerciale de l’Allemagne rendent pratiquement impossible pour ses voisins d’éliminer leurs déficits budgétaires, à moins que ces derniers n’acceptent une longue récession. L’Allemagne est prise dans un piège de sa propre fabrication : elle veut que ses voisins lui ressemblent, et c’est impossible. Au fond, l’Allemagne doit devenir moins allemande si la zone euro doit se rapprocher de son modèle.
Financial Times (Diffusion : 437.519, dont 300.000 hors du Royaume-Uni), libéral, pro-européen
Rédactrice : Lydie Naudin, attachée de presse. Lydie.naudin diplomatie.gouv.fr. Tel : 00 44 (0) 207 073 1028