A NE PAS MANQUER AUJOURD’HUI DANS LA PRESSE BRITANNIQUE :
11 juillet 2006
Royaume-Uni : « Le New Labour hésite sur Brown », Philip Stevens, FINANCIAL TIMES
Deux sentiments contradictoires animent les députés travaillistes : l’un dit que Tony Blair quittera prochainement ses fonctions de Premier Ministre ; l’autre se demande s’il faut vraiment désigner Gordon Brown comme successeur. Bien que le Chancelier soit pour tous le seul successeur plausible, il apparaît de moins en moins capable de renforcer les chances du Parti travailliste aux prochaines élections. Une élection interne dure pourrait intervenir. Gordon Brown souhaite sans doute affronter un rival de l’aile gauche. Un rival du "new labour" serait bien plus dangereux. La pression des députés travaillistes est aujourd’hui sur le Chancelier. Que ce soit juste ou non, ses origines écossaises sont mises à son passif ; il n’a pas la facilité de M. Blair pour s’adresser à la classe moyenne ; il peut être trop facilement présenté les Conservateurs de David Cameron comme un politicien du passé ; il ne convainc pas totalement de son engagement réel en faveur des réformes. Des noms de candidats alternatifs circulent au sein du New Labour : John Reid, Charles Clarke et Alan Milburn sont souvent mentionnées et sont probablement capables de mener une bonne campagne. Alan Johnson, par son parcours - de facteur à ministre - est à part. Il faut aussi compter avec John Hutton le ministre du Travail, victorieux de sa bataille avec Brown sur la réforme des retraites. Surtout, il est plus blairiste que Blair. L’hypothèse commune est de dire que Brown battrait facilement ces candidats. Mais la dynamique politique est imprévisible : l’opinion peut changer encore beaucoup de fois avant le départ définitif de Blair. Les députés du New Labour sont anxieux et pas encore organisés. M. Brown le sait, d’où son désir de voir Blair partir assez vite. Les choses ont changé. La position de M. Brown est aussi précaire que celle de M. Blair. Si le parti hésite aujourd’hui, c’est par défaut. Ce n’est pas confortable pour M. Brown.
Afghanistan : "La mission de soutien risque d’être prise dans un cercle vicieux", Quentin Peel, FINANCIAL TIMES
La mission internationale chargée d’apporter paix et stabilité à l’Afghanistan risque sérieusement d’échouer, alors que l’OTAN renforce ses effectifs. Les Etats-Unis, qui luttent contre les Taliban et Al Qaida, et l’OTAN, qui poursuit sont déploiement dans le pays, risquent d’être pris dans un cercle vicieux où la lutte contre les insurgés rend la population locale hostile.
Deux rapports récents soulignent que la Communauté internationale est en train de perdre la bataille pour rétablir une vie normale pour les citoyens afghans. Celui publié aujourd’hui par Human Rights Watch relève que les attaques des Taliban et d’autres groupes armés ont conduit à la fermeture de centaines d’écoles dans des régions, où l’on avait pourtant placé beaucoup d’espoirs. L’Afghanistan est au bord de l’échec et cela favoriserait l’extrémisme et le terrorisme ainsi que la production et les trafics de drogue. Ce serait aussi un échec de l’OTAN. Le rapport du Senlis Council, met en garde contre les risques de la destruction systématique des champs de pavots, qui conduit la population vers les Taliban.
Les forces américaines et britanniques n’ont pas su apporter la protection. Selon un responsable de Human Right Watch, il faut certes plus d’hommes mais surtout expliquer aux populations les raisons de leur présence. Il faut dire qu’elles sont ici pour protéger les Afghans et ne pas dire que leur rôle est de tuer les Taliban. Des efforts doivent aussi être faits pour améliorer la communication entre les pays qui participent à l’aide internationale.
France : "Zidane rejoint le rang des héros déchus", Editorial , TIMES
Depuis qu’Adam a été renvoyé du Paradis, l’Homme a toujours eu une certaine fascination pour les héros déchus. Il y avait Lucifer, l’anti-héros du Paradis perdu de Milton, qui fût déchu de sa position de « Meilleur des anges ». Il y a aujourd’hui Zidane, l’idole en disgrâce du football français, qui a été expulsé après un coup de tête qui a peut-être coûté la Coupe du Monde à sa nation. La plupart des média français ont tourné le dos à Zidane : le Figaro a déploré l’« odieux coup de tête » et le Parisien a déclaré : « l’ange bleu s’est transformé en démon ». Mais nombre de ses fans lui ont déjà pardonné et le Président Chirac a dit à Zidane hier : « Vous êtes un virtuose, un génie du football mondial, vous êtes aussi un homme de cœur, d’engagement, de conviction. C’est pour cela que la France vous admire et vous aime ». M. Chirac a raison : les héros déchus sont bien plus fascinants que ceux qui ne commettent pas d’erreurs. Toutes les meilleures tragédies en conviennent, d’Othello à MacBeth en passant par Le Roi Lear. On aurait du renommer Jules César en Brutus, l’autocrate assassin étant un personnage bien plus intéressant. On retrouve le même phénomène chez les sportifs : leur volonté de réussir peut créer de l’agressivité ; ils sont déterminés à gagner quelqu’en soit le prix. D’où les scandales qui terrassent des héros comme Ben Johnson qui se dopait. Ces histoires sont beaucoup plus satisfaisantes que celles des héros parfaits. Nous avons besoin de Lancelot, Tristan ou Lucifer. Nous sommes prêts, peut-être trop, à pardonner les péchés du maestro imparfait, dont la présence parmi nous est plus de l’ordre du fantasme que du réel.