A NE PAS MANQUER AUJOURD’HUI DANS LA PRESSE BRITANNIQUE (10 JANVIER 2012)
SYNTHESE
Le débat sur le référendum en Ecosse domine la politique intérieure : alors que le gouvernement doit se prononcer aujourd’hui sur les conditions de ce scrutin, les commentateurs s’interrogent sur la décision de David Cameron de plaider pour l’organisation le plus vite possible d’un référendum (au plus tard en 2013) centré sur un « oui/non » pour l’indépendance. En forçant la main d’Alex Salmond (qui propose plutôt un référendum en 2014, avec également l’option d’une « dévolution maximale), le Premier ministre britannique prend une initiative audacieuse mais risquée, estiment les éditorialistes du TIMES et de l’INDEPENDENT. Pour le FINANCIAL TIMES, ce ne sont pas les « tactiques de judo », mais les arguments qui sauveront l’Union, un résultat auquel le journal se déclare favorable. Le DAILY TELEGRAPH soutient David Cameron et appelle tous les unionistes à se rallier à lui.
Les questions européennes occupent une bonne place. Les journaux rendent compte assez largement de la rencontre d’hier entre Nick Clegg et d’autres dirigeants libéraux-démocrates européens. Ils rappellent l’opposition du vice-Premier ministre au veto de David Cameron le 9 décembre dernier et reprennent ses déclarations en faveur de l’intégration à terme du nouveau traité dans le droit européen ainsi que son plaidoyer pour la protection du marché unique. La presse eurosceptique s’en prend à M. Clegg, le SUN n’hésitant pas à titrer sur sa « trahison », tandis que le DAILY EXPRESS, dans un éditorial, appelle David Cameron à remettre le vice-Premier ministre à sa place et à l’empêcher de s’occuper des politiques européennes (quitte à le menacer d’élections anticipées).
La rencontre entre Mme Merkel et M. Sarkozy ne donne lieu qu’à une faible couverture de presse, l’attention se concentrant surtout sur les déclarations de la chancelière allemande à propos de la Grèce (« cas spécial ») et la nécessité d’un accord préalable sur la participation du secteur privé pour débloquer une nouvelle tranche de prêt. Dans un éditorial, le DAILY TELEGRAPH s’en prend à la « manie des sommets » qui réunit constamment le couple Merkozy sans jamais rien résoudre à la crise.
En international, l’Iran fait l’objet de nombreux articles, dont un éditorial du GUARDIAN qui engage les pays occidentaux à « garder la tête froide » pour ne pas favoriser l’aile dure du pouvoir iranien lors des prochaines élections. Le TIMES consacre toute une page aux craintes d’Israël « qui se prépare au pire » et pense que l’Iran aura la bombe dans un an. Roula Khalaf présente une intéressante analyse dans le FINANCIAL TIMES des défaillances de la mission de la Ligue arabe en Syrie qui font selon elle le jeu du régime de Damas.
Sur la France, seuls le TIMES et le FINANCIAL TIMES en ligne évoquent les derniers développements concernant l’avenir de SeaFrance.
Référendum sur l’Ecosse
Times Editorial : David Cameron a pris une initiative courageuse mais risquée
La création d’un parlement écossais était censée mettre fin aux désirs d’indépendance de l’Ecosse, assurant un équilibre entre un partenariat dans l’Union et un degré d’autonomie. Douze ans plus tard, le SNP (parti national écossais) d’Alex Salmond vient rappeler les tensions entre Ecossais et Britanniques. Ayant remporté une écrasante victoire l’année dernière, M. Salmond avait promis un référendum sur l’indépendance durant le mandat en cours. Cette semaine, David Cameron lui a coupé l’herbe sous le pied en annonçant la possibilité d’un référendum qui serait tenu dans les 18 mois, porterait sur un « oui » ou un « non » et serait contraignant. C’est une initiative audacieuse et risquée à la fois. Jusqu’à présent M. Salmond avançait à son rythme. Il envisageait un vote (à l’automne 2014) pour marquer l’anniversaire de la défaite des Anglais à Bannockburn en 1314, une date qui semble encore avoir des échos parmi certains partisans de l’identité nationale écossaise. D’un point de vue politique, le voyage en direction de l’autodétermination est plus important que la destination elle-même. Le SNP n’est pas pressé, d’autant que rien n’indique que l’objectif est réalisable. Le désir d’indépendance, quoique grandissant, n’atteint pas la majorité. Alex Salmond a en tête une troisième option, celle de la « dévolution max » qui permettrait au SNP de poursuivre sa trajectoire sans grand risque avant de tenter un référendum sur l’indépendance plus tard. En demandant une clarification à la fois sur le calendrier et les questions posées, David Cameron met des bâtons dans les roues de la machine. C’est cependant une initiative risquée : même s’il est absurde de dénoncer son ingérence dans les affaires écossaises – il est le Premier Ministre d’Ecosse – David Cameron doit prendre garde à ce que ce référendum ne soit pas présenté comme une bataille entre le SNP et Westminster. Un unionisme défendu par Londres ferait le jeu de M. Salmond. C’est aux unionistes d’Ecosse qu’il revient de défendre leur cause et de se ranger aux côtés de M. Cameron. Le gouvernement convient bien au SNP qui a acquis du poids et de la crédibilité. Mais les sondages suggèrent encore que deux tiers des Ecossais ne sont pas en faveur de l’indépendance totale. La suggestion de M. Cameron leur donne l’occasion de présenter leur vision.
Royaume-Uni/Europe
DT James Kirkup : Selon Nick Clegg, le Royaume-Uni devrait approuver le traité européen auquel David Cameron a opposé son veto
Se joignant à d’autres dirigeants de partis libéraux européens, Nick Clegg a signé une déclaration appelant le nouveau traité sur « l’union budgétaire » à être intégré dans les traités existants. Cela obligerait le Royaume-Uni à consentir à un accord que le Premier ministre britannique a rejeté le mois dernier. Risquant également de susciter les protestations des conservateurs critiques de l’Union européenne, M. Clegg a également déclaré que le Royaume-Uni devrait augmenter sa contribution au FMI et soutenir les efforts de l’organisation internationale pour venir en aide aux pays endettés de la zone euro. Le dirigeant libéral-démocrate a fortement critiqué le veto opposé par le Premier Ministre en décembre dernier, soulignant qu’il a isolé le Royaume-Uni et diminué l’influence du pays sur la scène internationale. M. Clegg a clairement indiqué à ses homologues qu’il souhaite que le Royaume-Uni revienne sur la décision de M. Cameron concernant le nouveau traité. « L’accord franco-allemand devrait être intégré dans les traités européens le moment venu ». Toutefois selon M. Clegg, les pays de la zone euro devraient faire des concessions au Royaume-Uni : « nous voudrions un nouvel instrument qui n’usurpe pas ou ne perturbe pas le marché unique, qui ne porte pas atteinte aux droits du Royaume-Uni ou de tout autre Etat membre et qui, le moment venu, sera intégré dans les traités européens ». Selon M. Clegg, M. Cameron n’a pas en fait imposé de veto puisque le nouveau traité va aller de l’avant. Tout ce qu’il a fait, c’est réduire l’influence britannique en Europe. Les conservateurs eurosceptiques ne devraient pas « dicter » les politiques européennes de la coalition : « c’est lorsque nous dirigeons que nous faisons ressortir le meilleur de nous-mêmes. Ce n’est pas le cas lorsque nous nous isolons ».
France/Allemagne
DT Editorial : Réfléchissez encore, Merkozy
Angela Merkel et Nicolas Sarkozy doivent finir par se lasser de leur compagnie mutuelle. La vision familière de conférences de presse communes commence à susciter, sinon du mépris, une vive frustration. En dépit de ces sommets constants, les deux dirigeants se semblent toujours pas disposés à accepter la réalité de ce qui se produit dans la zone euro et prendre les mesures nécessaires pour le sauver. La rencontre d’hier était supposée mettre au point les détails du « compact budgétaire » accepté lors du dernier sommet, mais les mesures d’austérité collectives qu’il implique ne feront rien pour sauver l’euro. Le problème ultime identifié par M. Cameron reste le même : les Etats du sud bloqués par les taux de change de l’euro ne seront jamais capables de faire concurrence à l’Allemagne, du moins sans transferts budgétaires colossaux. Au lieu de se pencher sur ce problème, Mme Merkel et M. Sarkozy préfèrent se concentrer sur la mise en place d’une taxe sur les transactions financières comme punition pour les spéculateurs irresponsables qu’ils rendent responsables des difficultés de la zone euro. Cela peut être gratifiant d’un point de vue électoral en France comme en Allemagne, mais d’un point de vue économique, cela ne fait aucun sens. Une telle taxe serait catastrophique pour les services financiers en Europe, tout en ne faisant rentrer qu’une fraction du montant nécessaire au sauvetage de l’euro. Ce dont l’Europe a besoin, c’est de moins de sommets et d’une meilleure réflexion.
Daily Telegraph (Diffusion : 603.901), conservateur, eurosceptique Times (Diffusion : 417.197), Groupe Murdoch, centre droit Financial Times (Diffusion : 345.077), libéral, pro-UE, mais critique sur les questions économiques et financières Independent (Diffusion : 133.449), centre gauche, libéral, écologiste, pro-UE Guardian (Diffusion : 230.541), centre-gauche, libéral, pro-UE Sun (Diffusion : 2.715.473), conservateur, eurosceptique Daily Mail (Diffusion : 1.998.363)1, conservateur, eurosceptique Daily Mirror (Diffusion : 1.118.120), travailliste Daily Express (Diffusion : 614.534), hostile au Labour et à l’Europe The Economist (Diffusion : 200.000), libéral Sunday Times (Diffusion : 967.990) Sunday Telegraph (Diffusion : 471.894) The Observer (Diffusion : 268.355) Independent on Sunday (Diffusion:130.942)
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