Des scientifiques de l’Université de Cranfield viennent de montrer que l’augmentation des températures en Grande Bretagne provoque une libération de larges quantités de dioxyde de carbone par les sols, ce qui contribue à accélérer encore le réchauffement de la planète.
Ils basent leurs analyses sur des échantillons de sols collectés en Angleterre et au Pays de Galles pendant les 25 dernières années. Cette étude des sols est unique au niveau international. Les résultats indiquent clairement une perte de la concentration de carbone de 0.6 % par an, ce qui représente une perte de quatre millions de tonnes de carbone/an (valeur moyenne sur les 25 ans). Étendu à l’ensemble du Royaume-Uni, ce résultat est d’environ 13 millions de tonnes de carbone perdues par les sols britannique chaque année. Cette quantité perdue est supérieure à celle de la diminution des émissions de CO2 qui est de 12,7 millions de tonnes par an, résultant de l’application du protocole de Kyoto. Cependant, les scientifiques ne peuvent pas affirmer avec exactitude où est passé le carbone. Une partie a dû être lessivée par la pluie et s’être ainsi déplacée dans des couches terrestres plus profondes ou dans des nappes souterraines. Mais, il semblerait que le carbone aurait davantage tendance à s’évaporer dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre.
Certaines études, réalisées à moindre échelle, ont déjà observé ce phénomène, mais il a été expliqué par le changement d’utilisation des sols (culture/zone boisée par exemple), Néanmoins, la perte en carbone a été constante sur ces sols malgré la modification chimique de ses constituants. Une autre explication serait d’ordre climatique : en effet les températures ont augmenté de 0.5°C en Angleterre et Pays de Galles ces 25 dernières années. Ce phénomène semblant s’amplifier avec la température, la quantité de gaz à effet de serre émis augmente, créant ainsi un cercle vicieux.
« Si les mécanismes que nous décrivons sont corrects, cela va apparaître dans d’autrse pays tempérés. » signale le professeur Guy Kirk de l’Université de Cranfield. « Cela va être plus important dans les pays tempérés que sous les tropiques car les trois quarts du carbone mondial contenu dans les sols sont situés dans ceux des pays tempérés. ». Detlef Schulze et Annette Freibauer de l’Institut Max-Planck de Biogéochimie à Jena, Allemagne, disent que « les implications scientifiques et politiques de ces résultats sont considérables. » et « ces pertes modifient complètement les précédents acquis technologiques en terme de réduction de CO2, relativisant le succès de la Grande Bretagne pour la réduction d’émission de gaz a effet de serre. ». « Nos résultats suggèrent que la part du sol dans le processus est plus importante qu’on ne pensait. » dit le Professeur Kirk, « En conséquence, il est de plus en plus urgent de faire quelque chose car le réchauffement de la planète va s’accélérer. ».
Auteur : Mathieu Daoudi
Source : BBC News, 08/09/05, news.bbc.co.uk ; New Scientist, 08/09/05, www.newscientist.com ; Cranfield University, press release, www.silsoe.cranfield.ac.uk ; Nature : Volume 437 Number 7056 pp169-294