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Les filières scientifiques stratégiques dans les universités anglaises

Téléchargez ci-dessous le dossier spécial du numéro de octobre 2005 des Actualités Scientifiques au Royaume-Uni.

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Les filières scientifiques stratégiques dans les universités anglaises

L’annonce, en novembre 2004, de la fermeture du département de chimie de l’université d’Exeter avait fait grand bruit (cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, novembre 2004, p. 10). De nombreuses voix s’étaient élevées pour condamner la décision prise par le vice-chancelier de l’université : David Giachardi, directeur général de la « Royal Society of Chemistry », et le professeur Harry Kroto, Prix Nobel de chimie, s’étaient vivement exprimés sur le sujet. Si l’effet de cette nouvelle avait été aussi important, c’est parce que d’autres départements universitaires de chimie avaient fermé leurs portes auparavant : ce fut le cas, entre autres, de ceux des universités de Kings College London, Queen Mary London et Swansea. La chimie n’est d’ailleurs pas la seule discipline concernée car l’université d’Exeter avait par la même occasion annoncé que les facultés de musique, de biologie et de langues seraient également affectées. En outre, et selon les chiffres de l’« Institute of Physics », 30 % des départements de physique des universités britanniques ont soit fusionné soit fermé entre 2001 et 2005. Il existe actuellement 36 départements de physique en Angleterre et 48 au total au Royaume-Uni. L’« Institution of Civil Engineers » précise qu’entre 1996 et 2001, le nombre de départements de génie civil soumis au « Research Assessment Exercise » (l’exercice dévaluation de la qualité de la recherche menée dans les laboratoires britanniques, voir plus loin) a chuté de 40 à 29, soit un déclin de 37 %.
En décembre 2004, le comité science et technologie alors en place et composé de députés de la Chambre des Communes annonçait qu’il allait mener une enquête intitulée « Strategic Science Provision in English Universities ». Depuis que son rapport a été publié, en avril 2005, la composition du comité a changé suite aux élections législatives qui ont eu lieu au Royaume-Uni en mai 2005. Nommé par la Chambre des Communes, le comité est chargé d’examiner les dépenses, l’administration et la politique de l’« Office of Science and Technology » (OST) et de ses organismes associés. Un des rôles principaux de l’OST consiste à surveiller la politique scientifique et technique menée par les différentes instances du gouvernement britannique, en particulier les ministères. Au Royaume-Uni, les universités dépendent du ministère de l’éducation (DfES pour « Department for Education and Skills ») et il ne serait normalement pas du ressort du comité science et technologie de la Chambre des Communes d’évaluer les actions du ministère. Toutefois, les députés alors membres du comité estimaient que l’offre de cursus universitaires en sciences, technologie, sciences de l’ingénieur et mathématiques (ou STEM pour « science, technology, engineering and mathematics », désigné par le terme sciences et techniques dans ce qui suit) joue un rôle considérable pour la « santé » des sciences et de l’ingénierie britanniques en particulier, et pour l’économie nationale en général. Ce n’est pas la première fois que le comité, à l’indépendance d’esprit bien connue, élargissait quelque peu son champ de compétences puisqu’il avait déjà enquêté sur la science et la technologie dans l’aide aux pays en voie de développement (domaine du « Department for International Development », DfID, cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, février 2005, p. 4) ou encore sur la police scientifique (domaine du « Home Office », cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, avril 2005, p. 16).
Nécessairement contrainte dans le temps, du fait de la dissolution de la Chambre des Communes et des élections du printemps 2005, l’enquête des députés porte essentiellement sur les universités anglaises et couvre les activités du « Higher Education Funding Council for England » (HEFCE). Cet organisme finance l’enseignement dans les universités anglaises, mais également une partie de la recherche. Les députés ont décidé de considérer les points suivants :

• l’impact de la formule de financement de la recherche utilisée par le HEFCE sur la viabilité financière des départements scientifiques des universités ;

• la pertinence de l’augmentation de la concentration de la recherche dans un petit nombre de départements universitaires et les conséquences d’une telle tendance ;

• les implications sur l’enseignement universitaire des sciences des changements effectués dans la formule de financement de l’enseignement ;

• l’équilibre optimal entre l’enseignement et la recherche dans les universités, en prenant tout particulièrement en considération l’intérêt et la viabilité financière de départements scientifiques d’enseignement pur ;

• l’importance du maintien d’un enseignement et d’une recherche scientifiques universitaires au niveau régional ;

• l’étendue d’une intervention potentielle du gouvernement pour assurer la continuité de l’enseignement de sujets d’importance stratégique aux niveaux régional ou national et les mécanismes qui devraient être mis en œuvre.

Le rapport des députés a été le dernier publié par le comité avant la dissolution de la Chambre des Communes. Conformément à la règle, le gouvernement lui a apporté une réponse enrichie des commentaires du HEFCE et de « Research Councils UK », l’organisme qui chapeaute les huit conseils de recherche britanniques. Cette réponse, rendue publique en juillet 2005, reprend d’ailleurs un certain nombre de points détaillés dans le document « Strategically important and vulnerable subjects » publié en juin 2005 par le HEFCE. Dans ce qui suit, les réponses apportées aux députés par le gouvernement, les conseils de recherche et le HEFCE figureront en italiques.
Les députés sont partis du postulat de base que le financement total accordé par le gouvernement britannique aux universités n’allait pas augmenter. Ils ont ensuite tenté d’identifier des moyens pour qu’une utilisation plus efficace des fonds disponibles assure une offre satisfaisante d’enseignements scientifiques et techniques dans les universités anglaises. Replaçant le problème dans le contexte de l’économie nationale, les députés ont souhaité faire un état des lieux de la situation actuelle, puis décrire sous divers aspects l’enseignement scientifique et technique dispensé par les établissements d’enseignement supérieur anglais : profils de compétence demandés par le marché du travail, offre et demande en matière de cours, mécanismes de financement de l’enseignement supérieur. Ils ont ensuite proposé un modèle radical d’organisation de l’enseignement supérieur présentant deux caractéristiques :

• une organisation permettant l’existence d’établissements se consacrant essentiellement à l’enseignement mais fortement liés à des centres de recherche d’excellence (le modèle de la « roue à rayons » pour « hub and spokes ») ;

• une coordination au niveau régional avec au moins un centre de recherche d’excellence par discipline fondamentale et par région.

On verra plus loin que le gouvernement britannique est loin d’être partisan d’une telle organisation.

1. Pourquoi le Royaume-Uni a-t-il besoin de diplômés de l’enseignement supérieur en sciences et techniques ? Retour à la table des matières

Le gouvernement et les députés s’accordent sur le fait que les diplômés de l’enseignement supérieur en sciences et techniques jouent un rôle central dans l’économie et la société britannique. Dans le document « Science and Innovation Investment Framework 2004-2014 » publié en juillet 2004, le gouvernement britannique énonce sa volonté de faire du pays une économie fondée sur la connaissance et s’engage à augmenter de façon significative le budget alloué à la science britannique. Dans le cadre de ce projet, les champs d’action des diplômés en sciences et techniques sont multiples :

la R&D : afin de rester compétitive, l’industrie britannique a besoin de scientifiques et d’ingénieurs en nombre suffisant ;

la recherche académique : si l’on en croit le rapport Lambert sur les collaborations université-entreprise (« The Lambert Review of Business-University Collaboration » publié en décembre 2003, cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, décembre 2003, p. 4), les universités très actives en recherche jouent un rôle central dans les régions britanniques les plus actives économiquement et il est rare que les « clusters » d’entreprises ne soient pas associés à une ou plusieurs universités. En outre, si le Royaume-Uni produit un nombre élevé de chercheurs, le pays sera en mesure d’en envoyer un certain nombre à l’étranger. Ceux-ci pourront alors accéder à des réseaux de recherche globaux : à leur retour ils pourront faire profiter le pays de leurs compétences et connaissances et contribuer à renforcer la réputation internationale du Royaume-Uni ;

l’enseignement : un enseignement de qualité à l’école primaire et secondaire et à l’université peut non seulement créer et inspirer des générations de scientifiques mais également augmenter le niveau de connaissance et de compréhension scientifiques de la population ;

la formulation et la mise en place des politiques publiques : la science est utilisée par tous les ministères pour la formulation de la politique publique. L’enquête des députés sur l’aide aux pays en voie de développement a également mis en évidence l’importance de la science pour la mise en place efficace des politiques d’aide ;

les infrastructures nationales : les chercheurs et ingénieurs britanniques peuvent travailler sur des sujets aussi variés que le transport, la gestion des déchets et des ressources, le génie maritime ou encore les énergies renouvelables ;

le transfert des compétences : les diplômés en sciences et techniques peuvent mettre à profit leurs compétences dans une large gamme de secteurs. Ainsi, les services financiers contribuent très largement au PIB britannique, une grande partie de celui-ci étant générée par des diplômés en sciences et technologies.

Selon les députés, le besoin de la société en individus formés en sciences et techniques est évident mais il reste difficile à quantifier. D’autre part, il n’existe pas non plus de réponse claire à la question souvent posée : le Royaume-Uni doit-il « produire » lui-même suffisamment de diplômés pour ses besoins ou est-il acceptable, voire souhaitable, d’en recruter un certain nombre à l’étranger ?

L’impact des fermetures de départements universitaires

Si les scientifiques et les ingénieurs sont si importants pour le pays, il semble naturel que les députés s’interrogent sur l’impact que la fermeture de départements universitaires a sur leur formation. Les témoignages qu’ils ont rassemblés les poussent à penser que les départements de physique, de chimie, de sciences de l’ingénieur et de mathématiques rencontrent le plus de difficultés. En général, les départements de biologie semblent relativement plus épargnés. Comme on l’a vu en introduction, le rythme auquel les départements de sciences et techniques ferment augmente depuis 2001. Selon plusieurs sources (l’association des enseignants universitaires et la « Royal Society of Chemistry » (RSC) entre autres), il est peu probable que la vague de fermeture de départements cesse rapidement car la situation financière de ces départements risque de peu changer dans un avenir proche. La RSC estime d’ailleurs que la plupart des départements de chimie fonctionnent avec un déficit financier, y compris le prestigieux département de chimie de l’université d’Oxford. Dans la plupart des cas, la recherche subventionne l’enseignement au sens où des fonds initialement alloués à l’université pour ses activités de recherche sont redirigés vers l’enseignement… Les députés estiment cependant qu’il serait exagéré de considérer que les départements scientifiques et techniques universitaires sont en crise ; toutefois, si le phénomène de fermeture perdure, il existe une réelle possibilité que le nombre de nouveaux diplômés sortant des universités britanniques soit insuffisant pour répondre aux besoins de l’économie britannique. Les députés membres du comité enjoignent donc le gouvernement à agir rapidement.
Ils s’inquiètent également de la perte de capacité entraînée par la fermeture de départements, en particulier parce que les coûts de personnel et d’équipement nécessaires à la réouverture d’un département sont prohibitifs. Même s’il est possible d’augmenter les capacités d’accueil d’étudiants dans certaines matières si la demande venait à croître, le comité s’inquiète de la fermeture pure et simple de départements. En effet, si le débat médiatique s’est concentré sur telle ou telle université, le problème majeur reste l’offre globale de cursus scientifiques et techniques aux niveaux national et régional. De plus selon les députés, les fermetures de département ne sont que le symptôme d’un problème plus profond et plus difficile : la demande des étudiants et des élèves britanniques pour des cours et des cursus scientifiques et techniques est en déclin contant depuis dix ans. Si rien n’est fait, ce déclin, combiné aux problèmes de financement des universités, devrait continuer à mettre en danger la viabilité des départements universitaires.

Le gouvernement britannique déclare partager les vues du comité sur l’importance du dynamisme des disciplines scientifiques et techniques. Il rappelle qu’il se tourne vers les conseils de recherche et le HEFCE pour des conseils et pour la mise en place d’actions dans ce domaine.

2. Les compétences acquises dans l’enseignement supérieur et les compétences demandées par les employeurs Retour à la table des matières

Comme on l’a vu, un des risques liés à la fermeture des départements universitaires est la pénurie de diplômés sur le marché du travail britannique. Selon les députés, la capacité à répondre à la demande des employeurs en matière de personnel qualifié est fondamentale pour le pays s’il souhaite rester compétitif dans un marché global.

2.1 Une pénurie de diplômés dans les secteurs scientifiques et techniques
Dans certains domaines, ces pénuries existent déjà. Par exemple, une étude réalisée par le ministère de l’éducation et datant de 1999 avance que 57 % des recruteurs de diplômés en électronique avaient rencontré quelques difficultés dans leurs recrutements. Ce chiffre était de 43 % pour le secteur de la R&D, de 41 % pour le secteur de la machinerie, de 37 % pour le secteur des services informatiques et de 33 % pour le secteur de la pharmacie. En 2002, une enquête de marché du « Sector Skills Council for Science, Engineering and Manufacturing Technologies » (SEMTA) montrait que 25 % des établissements du secteur avaient rencontré des difficultés à pourvoir les postes offerts durant les douze mois précédents. En réalité, ce chiffre était en amélioration par rapport aux années précédentes (il était de 36 % en 1999 et de 49 % en 1998). Selon cette étude, des difficultés étaient rencontrées pour l’embauche dans les secteurs principaux du développement technologique, dans les secteurs nécessitant des compétences technologiques « hybrides » combinées à des compétences commerciales et de gestion ainsi que dans le secteur de la production. De façon générale, au Royaume-Uni, le secteur des sciences et technologies rencontre plus de difficultés au niveau de l’embauche que les autres secteurs. Cette situation est reflétée par la relative rapidité avec laquelle les diplômés en science et technologie trouvent un emploi, ces emplois étant d’ailleurs loin d’être tous dans le domaine de la recherche. Ainsi, selon les statistiques communiquées au comité par Sir Keith O’Nions, directeur général de RCUK, 79 % des diplômés ayant obtenu un doctorat en physique ou en sciences de l’ingénieur en 2003, étaient employés en 2004 ; mais 42 % seulement de ces emplois se trouvaient dans le secteur de la recherche (dont la moitié liée au secteur de l’enseignement universitaire).
Les députés britanniques estiment d’autre part qu’il est important d’augmenter le nombre de diplômés en sciences et techniques pour deux raisons :

• atteindre l’objectif fixé par le gouvernement pour les dépenses nationales de R&D, soit 2,5 % du PIB en 2014 ;

• compenser les départs à la retraite des chercheurs britanniques. En effet, comme dans la plupart des pays occidentaux, la population de chercheurs vieillit. La « Royal Academy of Engineering » estimait en 2003 que les sciences de l’ingénieur allaient avoir à faire face à une « bombe à retardement démographique » causée par l’augmentation du nombre de personnels universitaires atteignant l’age de la retraite et exacerbée par la pénurie d’étudiants britanniques en sciences de l’ingénieur souhaitant poursuivre des carrières universitaires.

Dans leur réponse aux députés, les conseils de recherche partagent l’avis du comité sur la question démographique. Ils rappellent également qu’ils ont mis en place un certain nombre d’initiatives destinées à former suffisamment de diplômés qui seront susceptibles de répondre à la demande future. Par exemple, le conseil de recherche PPARC (physique des particules et astrophysique) a décidé d’augmenter le nombre des bourses d’étude qu’il offre de 50 % en 2007/8. Quant au conseil de recherche EPSRC (physique et sciences de l’ingénieur), il estime que le nombre de doctorats qu’il finance devrait augmenter de 4 % par an durant dix ans.

Toutefois, il ne s’agit pas uniquement d’augmenter le nombre de diplômés ; il convient également d’en assurer la qualité. En effet, en 1999, le ministère de l’éducation britannique concluait que la grande majorité des disparités entre l’offre et la demande pouvait être attribuée à des problèmes de qualité plutôt qu’à un nombre insuffisant de candidats. Beaucoup d’employeurs de diplômés scientifiques et techniques recherchent des compétences hautement spécifiques. Par exemple, l’industrie pharmaceutique recherche tout particulièrement des pharmacologues travaillant in vivo.
Mais, le comité de la Chambre des Communes estime que vouloir trop adapter les cursus universitaires aux demandes des employeurs peut créer des problèmes. En particulier, rien ne permet de penser que des cursus taillés sur mesure en fonction des besoins d’un emploi particulier attireraient les étudiants. En outre, il n’existe pas forcément de corrélation directe entre les études des futurs diplômés et les emplois qu’ils occuperont (de nombreuses carrières pourraient utiliser les compétences acquises par un astrophysicien sans que ce terme apparaisse dans la description du poste…).
Pour tenter de répondre à la pénurie de diplômés, le gouvernement britannique a mis en place des « Sector Skills Councils » (ou SSC soit des conseils sectoriels de compétences). Ces conseils sont des organisations nationales indépendantes qui ont été développées par un groupe d’employeurs majeurs dans les secteurs commerciaux et industriels d’importance pour l’économie du Royaume-Uni. Ils sont autorisés par le ministre de l’éducation britannique, en consultation avec les administrations dévoluées d’Ecosse, du Pays de Galles et d’Irlande du Nord, à s’atteler aux problèmes des besoins en compétences de leur secteur. Il existe actuellement deux SSC consacrés aux sciences et à l’ingénierie : d’une part « SEMTA » et d’autre part « e-skills UK » qui se consacre à l’industrie, aux utilisateurs et aux professionnels de l’informatique.
Les députés suggèrent que les SSCs collaborent avec le gouvernement et les universités afin d’améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande de diplômés. En particulier, le comité recommande la mise en place d’un système de « label de qualité » (« Kite marks ») pour les cursus de l’enseignement supérieur qui sont tournés vers les employeurs. Selon eux, un tel label aiderait les étudiants dans leur orientation et éviterait les problèmes rencontrés lorsque trop de cursus sont proposés par rapport à la demande (c’est par exemple le cas des cursus de criminalistique, « forensic science » qui forment un nombre d’étudiants bien supérieur aux besoins des employeurs). De plus, devant le peu d’informations disponibles, les députés demandent au gouvernement d’initier une enquête sur les recherches menées sur le problème de l’offre et la demande de compétences, en particulier les leçons apprises des autres pays.

À cela, le gouvernement répond que les SSCs collaborent déjà avec le ministère de l’éducation et le HEFCE. En particulier, le HEFCE encourage les SSCs à développer des partenariats avec les établissements d’enseignement supérieur afin de délivrer les formations demandées par les employeurs. Il s’agit par exemple des « foundation degrees » qui sont des qualifications de l’enseignement supérieur de caractère technique et professionnel. Quoique ces diplômes soient relativement nouveaux, leur popularité augmente et 38 000 étudiants suivaient ces cours en 2004/05. Ces formations sont susceptibles d’attirer des étudiants qui n’auraient peut être pas envisagé un cursus scientifique sous une autre forme (diplômes de physique ou chimie pures par exemple).
Quant au label de qualité proposé par les députés, le HEFCE prévoit que cette proposition rencontrerait quelques difficultés ; en effet, les institutions d’enseignement supérieur devraient l’accepter et se mettre d’accord avec les SSCs.

2.2 Le cas des enseignants du secondaire
La pénurie d’enseignants de matières scientifiques est bien identifiée par le gouvernement. En particulier, dans beaucoup d’écoles, les professeurs ne disposent pas de qualification universitaire dans le domaine scientifique qu’ils enseignent. Dans son plan « Science and Innovation Investment Framework 2004-2014 », le gouvernement britannique a annoncé des mesures destinées à pallier ce problème. En particulier, et à partir de septembre 2005, les bourses accordées aux diplômés scientifiques suivant des formations d’enseignants sont passées de six mille à sept mille livres. Dans le même temps, la somme de « bienvenue » qui leur est offerte a également augmenté (de quatre à cinq mille livres). Mais les députés ne sont pas persuadés que ces mesures soient les plus efficaces : ils engagent le gouvernement à identifier le réel niveau d’incitation nécessaire à l’augmentation du nombre d’enseignants de matières scientifiques à l’école. D’autre part, il ne suffit pas d’attirer des professeurs, il convient également de les conserver.

Le gouvernement britannique répond en précisant que des enquêtes ont été menées afin de comprendre les facteurs pouvant influencer les jeunes diplômés dans leur choix d’une carrière dans l’enseignement. Suite à ces enquêtes, les bourses de formation pour les mathématiques, les sciences et la technologie seront encore augmentées en septembre 2006 pour atteindre neuf mille livres. D’autre part, le gouvernement britannique défend sa politique : entre 2000/01 et 2004/05, le nombre de recrues pour les formations d’enseignants a augmenté de façon substantielle (17 % en sciences, 39 % en technologie et 57 % en mathématiques).

2.3 Les choix de carrière des diplômés en sciences et techniques
Les députés soulignent que tous les diplômés dans des matières scientifiques et techniques ne poursuivront pas des carrières scientifiques ou techniques. En un certain sens, cela correspond à une des fonctions de ces formations universitaires : comme on l’a vu plus haut, elles sont aussi destinées à accroître la compréhension et les connaissances scientifiques de la population. Mais il reste relativement difficile d’identifier les motivations qui poussent les diplômés à poursuivre telle ou telle carrière. Les salaires proposés dans la recherche, qui sont sensiblement moins élevés que ceux proposés dans la finance par exemple, ne sont pas sans jouer un rôle. Toutefois les facteurs qui influencent les diplômés risquent d’être complexes et un certain nombre d’entre eux seront moins tangibles et plus difficiles à régler que de simples considérations salariales. Le comité de la Chambre des Communes demande donc au gouvernement de commander auprès des SSCs pertinents des travaux de recherche sur les motivations des diplômés dans leur choix de carrière.

Le gouvernement estime qu’un certain nombre d’informations de ce type est déjà disponible. Dans la plupart des études, on observe qu’au moment où les étudiants rejoignent l’université leur choix de carrière est fixé : il découle de leurs expériences des enseignements primaire et secondaire.

En parallèle, le comité pense que le caractère précaire des emplois proposés aux jeunes docteurs (CDD avec des salaires peu élevés) tend à les décourager d’entamer des carrières de longue durée dans la recherche. Les députés sont conscients du fait que le gouvernement britannique se penche sur ce problème ; toutefois, ils soulignent que si aucune action spécifique n’est mise en œuvre, l’amélioration de la perception des carrières scientifiques par les écoliers et les étudiants risque de prendre beaucoup de temps.

Le gouvernement et les conseils de recherche britanniques ainsi que le HEFCE partagent les inquiétudes des députés concernant l’attractivité des carrières de recherche. Mais le HEFCE considère que la question de la précarité du statut des jeunes chercheurs est du ressort des établissements d’enseignement supérieur en leur qualité d’employeur.
Les conseils de recherche, quant à eux, ont mis en œuvre des initiatives concernant par exemple les salaires et les possibilités de développement de carrière offerts aux jeunes chercheurs. Ils essayent également de développer des relations avec d’autres sources de financement, comme le Wellcome Trust, dans le but d’améliorer de façon conjointe l’attractivité des carrières de recherche. De plus, les conseils de recherche s’efforcent d’assurer la représentation des femmes et des minorités ethniques dans les carrières de la recherche.

3. Le manque d’étudiants et le financement des universités : deux causes de la fermeture des départements scientifiques universitaires ? Retour à la table des matières

La chute des vocations scientifiques à l’entrée à l’université et les difficultés financières récurrentes des universités anglaises sont deux problèmes bien identifiés. Quelle est leur influence sur la fermeture des départements scientifiques universitaires ?

3.1 Les choix des étudiants en matière de filière
En janvier 2003, le gouvernement britannique exposait dans un document intitulé « The Future of Higher Education », sa volonté de voir 50 % des jeunes âgés d’entre 18 et 30 ans suivre des études supérieures, principalement à travers des « foundation degrees » d’une durée de deux ans. Le comité science et technologie de la Chambre des Communes estime que le gouvernement, pour atteindre cet objectif, devra trouver un moyen de convaincre une proportion suffisante de lycéens de rejoindre les bancs de l’université. La question se pose tout particulièrement pour les disciplines scientifiques et techniques.

3.1.1 La demande pour les cursus scientifiques et techniques
Déjà au niveau du lycée, peu d’étudiants britanniques choisissent d’étudier des disciplines scientifiques. De plus, les statistiques montrent un déclin constant de la demande pour les cursus scientifiques et techniques universitaires, à la fois en nombres réels mais également en proportion des demandes totales. Un rapport de l’OCDE datant de 2003 montre d’ailleurs que 26 % des nouveaux diplômes délivrés au Royaume-Uni l’étaient en sciences et sciences de l’ingénieur contre 32 % en Allemagne, 29 % en France et 38 % en Corée.
Le déclin de la demande pour les matières scientifiques au Royaume-Uni diffère en fonction des sujets. Pour la physique, le déclin relatif atteint 40 % pour la dernière décade, si l’on prend en compte l’augmentation du nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur. En ce qui concerne les sciences de l’ingénieur, les étudiants de première année représentaient 11,4 % du total en 1998 contre 5,4 % en 2003. De plus, en 1999, environ 21 % des étudiants suivant des formations universitaires en sciences de l’ingénieur n’étaient pas britanniques.

Le cas de la chimie
La chimie est tout particulièrement prise en considération par les députés. Entre 1994/5 et 1999/2000, le nombre de diplômes universitaires de premier cycle délivrés en chimie a chuté de 23 %, et le déclin est de 19 % pour les doctorats. En fait, il existe actuellement plus de places offertes aux étudiants en chimie dans les universités anglaises que de candidats. Les députés estiment qu’on ne pourra augmenter le nombre de diplômés en chimie qu’en stimulant la demande.

Demande des étudiants et fermeture de départements
Le comité de la Chambre des Communes est convaincu que la chute de la demande en premier cycle universitaire scientifique a joué un rôle central dans la fermeture d’un certain nombre de départements : l’effet de la baisse de la demande a été exacerbé par les mécanismes de financement mis en œuvre pour financer les universités. Les dotations allouées chaque année par le HEFCE à une université anglaise pour ses activités d’enseignement dépendent d’un certain nombre de facteurs, en particulier du nombre d’étudiants recrutés l’année précédente. Les établissements peuvent également demander des places additionnelles en fonction de critères fixés par le HEFCE. Si elles sont accordées, ces places additionnelles sont alors ajoutées au nombre d’étudiants recrutés l’année précédente et ce total est utilisé pour calculer le niveau de financement accordé par le HEFCE. Selon l’« Institute of Physics », les départements universitaires de physique ferment car ils sont incapables d’attirer suffisamment d’étudiants pour arriver à boucler leur budget et cet effet est amplifié, dans certains cas, par les coupes effectuées dans les budgets de recherche. Une fois encore, les députés estiment que le gouvernement doit s’atteler au problème de la demande s’il souhaite sauvegarder une offre universitaire suffisante pour les futurs étudiants scientifiques. Mais la quantité de la demande n’est pas seule en cause : encore faut-il que les candidats aux études universitaires scientifiques aient le niveau requis. Si les critères d’entrée dans ces filières étaient abaissés afin d’en remplir les places, la valeur des diplômes risquerait de baisser.

La perception de la science
La perception qu’ont les étudiants des études scientifiques joue un rôle dans la chute des vocations. Ces formations sont souvent perçues comme peu féminines et peuvent avoir une mauvaise image auprès des lycéens, du fait de stéréotypes peu flatteurs associés aux carrières scientifiques et techniques (environnement de travail difficile par exemple). Les députés britanniques estiment qu’il est assez difficile de lutter contre ces facteurs culturels car ils sont profondément ancrés dans la population. En outre, les cursus scientifiques et techniques sont souvent considérés comme étant plus difficiles que les autres. De ce fait leur popularité a décru en faveur de filières nouvelles ou mixtes, comme les études en criminalistique par exemple.
Le comité de la Chambre des Communes n’est pas opposé à la mise en place de tels diplômes, d’autant plus que ceux-ci peuvent attirer vers les sciences en général des étudiants qui n’auraient pas fait le choix d’étudier, par exemple, la chimie ou la physique seules. Il est sain que des cursus variés soient proposés qui puissent répondre aux capacités différentes des étudiants. De plus, il serait illusoire de penser que la suppression de ces filières pousserait les étudiants à se tourner vers les mathématiques ou les sciences de l’ingénieur. Toutefois, la qualité, le contenu scientifique et les exigences de ces nouveaux cursus sont extrêmement variables et il serait bon que les étudiants en soient informés.

3.1.2 Les actions à mettre en œuvre pour stimuler la demande en premier cycle universitaire
Les députés reconnaissent que stimuler la demande des étudiants n’est pas une tâche facile… tout particulièrement parce qu’il s’avère difficile de comprendre pourquoi la demande est faible. Ils estiment d’ailleurs que le gouvernement devrait vraiment se pencher sur l’efficacité des initiatives qu’il met en œuvre. Ils suggèrent également trois domaines d’action : l’enseignement scientifique à l’école, l’information sur les carrières scientifiques et les incitations financières.

L’enseignement scientifique à l’école
Comme on l’a vu, l’engouement moindre pour les filières scientifiques et techniques universitaires n’est que le reflet de la situation à l’école. Le nombre d’élèves choisissant des sujets scientifiques au niveau des « A-levels » (l’équivalent britannique du baccalauréat) est en déclin. Ce nombre a chuté de 25 % en vingt ans pour les mathématiques.
Dans un rapport précédent intitulé « Science Education from 14 to 19 » et publié en 2002, les députés avaient estimé que l’enseignement des sciences dans le secondaire était peu attrayant allant, dans certains cas, jusqu’à dégoûter les élèves à un stade précoce. Selon eux, la seule manière de renverser la tendance universitaire serait d’améliorer l’enseignement des sciences à l’école. Cette amélioration prendra du temps et nécessitera, en particulier, d’adapter les programmes pour les rendre plus intéressants et plus pertinents pour les enfants.
Les députés critiquent par ailleurs le gouvernement britannique et l’accusent d’avoir raté une occasion significative d’améliorer le programme des sciences à l’école. En effet, le rapport Tomlinson, publié en octobre 2004, proposait la mise en place d’un nouveau diplôme de fin d’études secondaires plus généraliste, plus proche du baccalauréat français. Mais le gouvernement britannique n’a pas donné suite à cette proposition.

Dans sa réponse, le gouvernement ne commente pas son attitude vis-à-vis du rapport Tomlinson. En revanche, il rappelle qu’il souhaite qu’au moins 80 % des élèves étudient deux sujets scientifiques jusqu’à l’age de 16 ans. De nouveaux programmes sont également introduits et de nouvelles formations d’apprentissage, en particulier en ingénierie, sont créées. Le HEFCE travaille quant à lui avec la « Royal Society of Chemistry » dans le cadre du programme « Chemistry, the next generation » lancé par la société savante. Ce programme vise à développer des activités et du matériel pédagogique destinés à encourager les élèves à poursuivre des études universitaires en chimie. Les conseils de recherche s’impliquent dans l’enseignement des sciences à tous les niveaux. Ainsi le programme « Researchers in Residence » permet à des élèves des écoles de passer du temps avec des chercheurs. Depuis 1995, plus de 3 500 scientifiques ont travaillé avec plus de 1 000 écoles et 400 000 élèves.

L’information sur les carrières scientifiques
L’image qu’a le public des scientifiques et des ingénieurs joue un rôle dans l’attrait que les carrières scientifiques et techniques exercent sur les élèves des écoles, en particulier les filles. Selon les députés, le gouvernement se doit de promouvoir les carrières scientifiques auprès de toutes les tranches d’âge de la population. De plus, les futurs étudiants ne sont pas toujours au fait du niveau de salaire qui peut être proposé à l’issue d’études scientifiques, tout spécialement si l’on prend en compte les pénuries qui existent dans certains secteurs. Les députés demandent que ce genre d’informations soit transmis aux écoliers, bien avant qu’ils ne choisissent leurs sujets pour les « A levels ».

Les incitations financières
Le comité de la Chambre des Communes recommande au gouvernement de mettre en place un système national de bourses destiné à maintenir une demande suffisante pour certains sujets, comme la physique ou les sciences de l’ingénieur. Il prend exemple sur l’initiative mise en place au Royaume-Uni par l’« Institute of Physics » : il s’agit d’un programme de bourses d’un montant de mille livres par an et destiné aux étudiants en physique. Les bourses proposées par les députés seraient accordées aux meilleurs étudiants et pour des matières en pénurie. Les élus soulignent toutefois que les bourses ne sauraient être la panacée et qu’il faudra que le gouvernement introduise d’autres mesures afin de soutenir la demande sur le long terme.

Le gouvernement juge positivement l’initiative de l’« Institute of Physics » et encourage d’autres à suivre cet exemple. Il est également du ressort des établissements d’enseignement de varier les frais de scolarité en fonction des sujets. Mais le gouvernement n’est pas favorable à un système étendu de bourses. D’une part le lien entre études scientifiques et carrières scientifiques est loin d’être direct. D’autre part, les compétences acquises par les étudiants en sciences et techniques peuvent être profitables à d’autres que le secteur public. En conséquence, le gouvernement aurait donc plutôt tendance à solliciter les employeurs potentiels de ces étudiants pour qu’ils mettent la main à la poche…

3.2 Le système de financement de l’enseignement supérieur
Comme on l’a vu, dans le cas de la fermeture de départements universitaires, l’effet de la chute du nombre de candidats est amplifié par le système de financement de l’enseignement supérieur anglais. Les universités anglaises sont financées par l’état via deux sources principales selon un système appelé « Dual Support System ».

3.2.1 Principe général du financement des universités anglaises
Dans le cadre de ce système dual, le HEFCE verse directement aux universités :

• des fonds liés à la qualité de la recherche sur la base des résultats de l’université au « Research Assessment Exercise » (RAE) ;

• des fonds destinés à l’enseignement.

En 2004-05, le HEFCE a versé 5 993 millions de livres aux universités (environ 8 846 millions d’euros).
Le second canal de financement passe par l’OST et est attribué par chaque conseil de recherche pour un projet de recherche précis sur la base du mérite. En réponse au rapport Lambert, le gouvernement a confirmé la mise en place d’un troisième canal de financement à travers le « Higher Education Innovation Fund » (HEIF). Les fonds du HEIF sont destinés à renforcer le transfert de technologie à partir du secteur universitaire. Le budget annuel devrait atteindre 110 millions de livres (environ 162 millions d’euros) en 2007-08.
Enfin, les universités récoltent également des financements auprès d’autres sources qu’il s’agisse de fondations, d’associations caritatives, du secteur privé, de l’union européenne, de donations d’anciens élèves ou de bienfaiteurs ou encore des frais de scolarités des étudiants.
Le degré de contrôle que le gouvernement britannique peut exercer sur le HEFCE est officiellement très limité, ceci afin de protéger l’indépendance académique à la fois du secteur universitaire dans son ensemble et des universités individuelles. Toutefois, les députés estiment que le HEFCE n’agit pas toujours totalement de sa propre initiative car le gouvernement contrôle in fine les cordons de la bourse.

L’autonomie des universités
L’autonomie des universités est un principe très important au Royaume-Uni en général et en Angleterre en particulier. Les universités ont donc le pouvoir de dépenser de la façon qu’elles le souhaitent les fonds qu’elles reçoivent du HEFCE. En particulier, la distribution interne de cet argent n’a pas à suivre la formule de calcul utilisée par le HEFCE. De fait, le principe de collégialité, ou de subvention croisée d’un département à partir des fonds attribués formellement à un autre, est largement répandu. Si chaque université est tenue d’énoncer sa mission et de rédiger un plan d’action, le HEFCE ne peut en rien les modifier.
Si les universités défendent de façon unanime leur autonomie, certaines d’entre elles se déclarent en faveur d’une intervention limitée de l’état dans leurs affaires internes dans le cas où certaines disciplines seraient en danger.
Cette autonomie est parfois entamée par deux freins :

• les universités sont obligées de « jouer le jeu » du RAE ce qui peut limiter le nombre d’options dont elles disposent pour la distribution interne de leurs fonds ;

• l’approche de marché du secteur de l’enseignement supérieur telle qu’elle est défendue par le gouvernement. Les députés estiment d’ailleurs que l’introduction des frais de scolarité variables (« variable tuition fees ») décidée par le gouvernement ne peut que renforcer un fonctionnement de l’enseignement supérieur sur le mode du marché.

Combinées, ces nécessités de s’assurer un financement de l’état et de répondre à la demande des étudiants limitent assez sévèrement les choix que des universités théoriquement autonomes peuvent faire.
D’un autre côté, des universités indépendantes et agissant séparément peuvent prendre des décisions qui, prises collectivement, ne sont pas dans l’intérêt des régions voire de la nation dans son ensemble. C’est pourquoi le HEFCE dispose de deux mécanismes d’intervention destinés à assurer la pérennité de filières d’importance stratégique menacées :

• le HEFCE est chargé d’explorer avec les établissements d’enseignement supérieur, ainsi qu’avec les organismes représentant les intérêts de ces établissements, la possibilité d’instaurer un préavis de douze mois avant la fermeture d’un département ;

• le HEFCE est susceptible de considérer l’attribution de fonds additionnels à certains départements universitaires dans le cas où leur fermeture empêcherait des étudiants d’accéder à des disciplines importantes pour le développement économique national ou régional.

Ces mesures ne semblent pas très compatibles avec le principe d’autonomie des universités. Toutefois, le comité est d’avis que ce principe pourrait être substantiellement protégé si le HEFCE n’intervenait qu’en cas de péril grave pour l’intérêt économique régional ou national. De plus, il serait important que les financements additionnels délivrés par le HEFCE ne le soient qu’en dernier ressort ; afin d’obtenir cette aide, les universités devraient prouver qu’aucune solution financière alternative n’est possible.

Le HEFCE reconnaît que son action puisse être nécessaire pour défendre certains sujets. Toutefois, le HEFCE souhaite, dans chaque cas, développer des stratégies « sur mesure » avec des sociétés savantes concernées. D’autre part, il confirme qu’il tient à encourager un dialogue précoce avec les universités avant la fermeture des départements ; il a déjà mis en place un certain nombre de mécanismes pour soutenir l’offre de cursus scientifiques dans ou à travers des régions où il pourrait s’agir d’un problème stratégique. Les conseils de recherche disposent également de plan pour soutenir les sujets en difficulté : ainsi le conseil de recherche EPSRC (Physique et Sciences de l’ingénieur) devrait créer, d’ici 2007/08, vingt nouveaux groupes de recherche dans des domaines clés.

Le financement des sujets « niches »
En 2004-05, le HEFCE a consacré 2,8 millions de livres (environ 4,1 millions d’euros) au soutien de sujets « niches » (« minority subjects ») considérés d’importance stratégique nationale. Par définition, un sujet « niche » ne doit pas concerner plus de 100 étudiants dans tout le Royaume-Uni. Dans la pratique, ces interventions ne concernent qu’une gamme très étroite de sujets. L’Ecole des Etudes Africaines et Orientales de l’université de Londres (SOAS pour « School of Oriental and African Studies ») a par exemple bénéficié d’un de ces financements. Si les députés se félicitent de cette initiative du HEFCE, ils soulignent qu’elle ne pourrait être applicable aux sujets scientifiques et techniques généraux.

3.2.2 Le financement de la recherche
Le système britannique de financement de la recherche est fondé sur l’excellence : les conseils de recherche distribuent des financements sur la base de projets proposés par les chercheurs et évalués par leurs pairs. En sus, certains conseils de recherche offrent des financements dans le cadre de programmes stratégiques formulés pour répondre à des priorités nationales émergentes. De la même façon, le HEFCE finance la recherche menée dans une université sur la base des performances de ses départements au « Research Assessment Exercise » (RAE).
De fait, il existe une corrélation importante entre les notes obtenues au RAE et la capacité à obtenir des financements de la part des conseils de recherche. Cette corrélation suggère que les méthodes d’évaluation de la recherche fonctionnent correctement car les décisions prises se confirment mutuellement. Mais elle a pour conséquence la concentration du financement de la recherche au sein d’un nombre relativement limité de départements.

Le « Research Assessment Exercise » (RAE)
Comme on l’a vu précédemment, les universités reçoivent du HEFCE des financements de recherche en fonction des notes accordées à leurs départements dans le cadre du RAE. Le RAE est relativement critiqué et ses faiblesses ont été évoquées dans deux rapports du comité science et technologie de la Chambre des Communes. Dans la dernière édition du RAE, datant de 2001, les départements de recherche se sont vu attribuer des notes allant de 1 (la moins bonne) à 5 et 5* (la meilleure).
Entre le RAE 1996 et le RAE 2001, les performances d’un nombre élevé de départements universitaires se sont améliorées, mais l’augmentation des financements provenant du HEFCE et destinés à la recherche n’a pas suivi le même rythme. Le HEFCE a donc dû prendre des décisions stratégiques concernant la distribution de ses fonds. A l’issue du RAE 2001, ces décisions ont eu pour conséquences :

• la réduction des financements reçus pour tous les départements n’étant pas notés 5 ou 5* ;

• aucun financement de recherche de la part du HEFCE pour les départements notés 3a et au dessous ;

• une chute des financements combinés pour les départements notés 4 de 139 millions de livres (environ 205 millions d’euros) en 2002/03 à 118 millions de livres (environ 174 millions d’euros).

Suite aux décisions stratégiques prises par le HEFCE, les différences de financement entre les départements notés 5 ou 5*, ceux notés 4 et ceux notés 3a et moins se sont creusées. De nombreux acteurs du monde la recherche anglaise voient dans ces écarts une des causes des difficultés financières, et dans certains cas des fermetures, des départements scientifiques et techniques notés 4 ou moins. En fait, selon les députés, la viabilité de départements notés 4 peut être assurée par subventions croisées dans des institutions dont la majorité des départements est notée 5 et plus. En revanche, cela devient plus difficile dans des établissements dont moins de la moitié des départements est notée 5 et plus. Les députés recommandent donc que les écarts de financement en fonction de la note obtenue soient réduits. Ils espèrent que les nouveaux « profils de qualité », qui devraient être mis en place dans le cadre du RAE 2008, y contribueront.

L’impact de la prise en compte des coûts réels
En mai 2003, le gouvernement britannique proposait d’accroître la proportion des coûts économiques réels des contractants financée par les subventions des conseils de recherche. En janvier 2005, David Sainsbury, ministre de la recherche et de l’innovation, annonçait que les conseils de recherche paieraient 80 % des coûts économiques réels des activités de recherche. Le comité de la Chambre des Communes estime que cette décision devrait améliorer la viabilité financière des départements scientifiques et techniques universitaires.

La concentration de la recherche
Le gouvernement britannique dit n’avoir pas formulé de politique explicite de concentration du financement de la recherche. Toutefois, selon le directeur général des conseils de recherche, 46 % des dépenses effectuées par les conseils de recherche britanniques sont concentrés dans dix universités et 80 % le sont dans 25 universités. Les chiffres du HEFCE sont du même ordre avec 40 % de ses financements de recherche dirigés vers le triangle Cambridge/Oxford/Londres. Les députés estiment que la concentration des financements constitue une conséquence inévitable de tout système fondé sur l’excellence et disposant de fonds limités. En conséquence, il est malvenu de la part du gouvernement de professer qu’il n’a pas de politique de concentration de la recherche. La concentration de la recherche n’est pas un mal en soi : elle ne devient un problème que si elle se produit dans un système uniformisé dans lequel des universités ne menant pas forcément des travaux de classe internationale, mais néanmoins performantes dans d’autres domaines (enseignement, transfert de technologie …) ou en émergence, se trouvent négligées.
Une façon évidente de résoudre le problème de concentration de la recherche serait d’augmenter les niveaux de financement. Mais les élus britanniques doutent qu’une augmentation significative se produise dans un futur proche… Plutôt que de diminuer le budget des départements notés 5 ou 5*, ils proposent alors de mettre en place un système à trois niveaux :

1. les départements actuellement notés 5 ou 5* seraient dispensés de RAE et recevraient un financement proportionnel à leurs revenus ;

2. les autres départements continueraient de participer au RAE. Le financement reçu du HEFCE serait calculé à partir d’une formule fondée sur le volume et la qualité de leur recherche. L’incapacité à atteindre un standard de qualité minimum interdirait tout financement ;

3. les départements pourraient également demander des fonds supplémentaires pour développer leurs travaux de recherche. Les députés estiment que leur proposition aurait le mérite de ne pas pénaliser les départements 5 ou 5* et de permettre à ceux classés 4 et moins d’entrer en compétition pour obtenir des fonds sur la base du mérite. Mais cette proposition des députés n’est pas nouvelle et a déjà été rejetée par le gouvernement britannique.

Dans sa réponse, le gouvernement insiste sur le fait qu’il n’a pas mis en place de politique de concentration de la recherche. Il affirme que la concentration n’a pas augmenté récemment et qu’il existe encore environ 70 institutions disposant d’au moins un département noté 5*. En conséquence, il demande à être convaincu du fait que la sélectivité dans le financement entraîne inévitablement la concentration. En fait, il s’attend à ce que le RAE 2008 mette en évidence des poches d’excellence de recherche disséminées au sein d’un grand nombre d’établissements. Enfin, il rejette à nouveau le système à trois niveaux proposé par les députés. De leur coté, les conseils de recherche et le HEFCE pensent que le prochain RAE devrait avoir lieu. Les conseils de recherche rappellent qu’ils sont représentés au sein des jurys du RAE.

3.2.3 Le financement de l’enseignement
En 2004-05, le HEFCE a versé 3 826 millions de livres (environ 5 646 millions d’euros) pour financer l’enseignement dans les universités anglaises. Cela représentait 64 % du total de ses allocations. Dans chaque institution, cette dotation peut être complétée par les frais de scolarité. Le HEFCE calcule le montant des allocations en se fondant sur les dépenses des institutions d’enseignement supérieur plutôt que sur le coût de leurs activités. Il prend également en compte, entre autres, le nombre d’étudiants ainsi que la nature des sujets enseignés. Tous les sujets n’ont bien évidemment pas le même coût d’enseignement : des matières enseignées en amphithéâtre sont moins onéreuses que celles nécessitant l’utilisation de laboratoires ou d’ateliers. L’enseignement des disciplines scientifiques et techniques tend ainsi à coûter plus cher que celui des sciences humaines… En conséquence, le HEFCE a créé quatre larges groupes de sujets, chacun ayant un poids financier différent. Ces poids sont conçus pour permettre aux établissements de recevoir suffisamment d’argent pour couvrir l’ensemble de leurs activités d’enseignement. Toutefois, rien ne les oblige à ensuite redistribuer cet argent en fonction des ratios utilisés dans le calcul du HEFCE.
Beaucoup s’accordent à dire que les allocations du HEFCE destinées à l’enseignement sont trop faibles : en effet, de nombreux départements scientifiques et techniques subventionnent leurs activités d’enseignement à travers des fonds initialement destinés à la recherche. Les députés britanniques s’élèvent contre ces pratiques et recommandent que le gouvernement acquière une meilleure compréhension des coûts réels de chaque type d’activité de recherche.

Le gouvernement britannique pense quant à lui que les institutions d’enseignement supérieur devraient pouvoir avoir recours à des subventions croisées, dans une certaine limite toutefois : il a même cherché à accroître la latitude dont disposent les responsables des universités dans l’utilisation de leurs sources de financement. Mais une utilisation trop importante des fonds destinés à la recherche pour subventionner l’enseignement pourrait menacer la qualité de la recherche.

Le HEFCE s’efforce d’identifier l’impact de ses décisions de financement sur le secteur de l’enseignement supérieur et sur les disciplines scientifiques et techniques. Il entreprendra par ailleurs une évaluation de ses méthodes et de ses décisions d’allocations à la suite du prochain RAE.

4. La proposition des députés : le modèle « hub and spokes » (roue à rayons) Retour à la table des matières

Les deux canaux de financement de la recherche et de l’enseignement restent insuffisants pour couvrir les coûts générés par la plupart des départements scientifiques et techniques universitaires. Selon le comité science et technologie, cette situation serait en partie due au grand nombre d’universités concourant pour l’obtention de fonds relativement limités. Nombre de ces universités s’efforcent d’être les meilleures à la fois dans le domaine de l’enseignement et dans le domaine de la recherche. Ce constat pousse alors les députés à poser une question qui soulève beaucoup de controverse : les fonctions de recherche et d’enseignement devraient elles être séparées entre institutions ?

4.1 La question de la séparation de l’enseignement et de la recherche
Un des principaux arguments cités par ceux qui s’opposent à une telle organisation repose sur le fait que les étudiants de l’enseignement supérieur doivent acquérir des compétences expérimentales et de recherche. Les députés reconnaissent que cette assertion est exacte pour ceux qui se destinent à des carrières dans la recherche publique ou dans la R&D industrielle. Mais ce ne sera pas le cas de tous les étudiants : un certain nombre d’entre eux se consacrera à l’enseignement ou à des carrières sans rapport avec la science. Si certains étudiants doivent entretenir d’importants contacts avec la recherche académique d’autres tireraient plus profit de compétences techniques et professionnelles.
L’opposition à la séparation entre recherche et enseignement est souvent liée à l’idée qui veut que les départements qui se concentrent sur l’enseignement ne soient pas au fait des derniers développements de la recherche et qu’ils soient donc mal placés pour dispenser les formations les plus exigeantes.
Les députés britanniques estiment que le système serait viable si tous les étudiants recevaient un enseignement fondé au moins sur les connaissances issues de la recherche (« scholar ships »)à défaut d’être systématiquement fondé sur la recherche. Ils recommandent donc que le gouvernement et les universités non seulement acceptent l’existence de départements se consacrant à l’enseignement mais également les soutiennent suffisamment pour qu’ils conservent un personnel de qualité et un statut élevé.

Le gouvernement britannique rappelle que toutes les universités se doivent d’offrir un enseignement d’excellente qualité. Une fois cette obligation remplie, elles devraient effectivement se concentrer sur leurs forces : l’enseignement est si fondamental que toute institution doit bien s’acquitter de sa tâche. Le gouvernement ne demande pas que tous les enseignants mènent des recherches mais les dernières découvertes et méthodes de recherche devraient être incluses dans l’enseignement.

4.2 La collaboration entre universités et le modèle « hub and spokes »
Les membres de la Chambre des Communes rappellent que les universités ne sont pas des îles : la bonne santé des disciplines scientifiques dans les universités anglaises repose sur la collaboration de ces dernières. Si elles collaboraient mieux, il serait possible d’assurer un bon enseignement et une exposition à la recherche pour tous les étudiants (par exemple via des visites ou des transferts entre établissements).
La collaboration entre universités se construit souvent sur une base informelle. Toutefois les députés estiment que le meilleur moyen d’en assurer l’efficacité serait de la formaliser par l’adoption d’un modèle « hub and spokes » (soit en roue à rayons). Les caractéristiques principales de ce modèle seraient les suivantes :

• le HEFCE s’assure qu’au moins un département 5* serait financé par sujet et par région.Ce département deviendrait alors le « noyau », ou le centre, de recherchepourlarégiondanscesujet ;

• les autres départements de la région pourraient choisir de se spécialiser dans d’autres activités, comme l’enseignement ou le transfert de technologie ;

• les formations de premier cycle universitaire seraient coordonnées au niveau régional par le HEFCE et les Agences de Développement Régionales (ou RDAs pour « Regional Development Agencies »). Des étudiants formés au sein de départements spécialisés dans l’enseignement pourraient acquérir une expérience de recherche dans un des centres de recherche régionaux. Les chercheurs de ces centres pourraient dispenser des cours ou donner des séminaires dans les autres départements ;

• les départements ne demandant pas le statut de centre de recherche pourraient toutefois soumettre des demandes de fonds, par exemple auprès des conseils de recherche. Ils pourraient également bénéficier d’un budget dédié du HEFCE et équivalent au budget de recherche actuellement distribué aux départements classés 4 ou moins au RAE ;

• le statut de centre de recherche serait attribué au niveau du département et non de l’institution. Une université pourrait donc abriter des centres de recherche dans certaines disciplines tout en ayant un statut de centre d’enseignement ou de transfert de technologie pour d’autres disciplines.

Les élus britanniques reconnaissent que ce modèle en « roue à rayons » pourrait être accusé de compromettre l’autonomie des universités. Mais il est inévitable que cette autonomie soit compromise dans une certaine mesure si le gouvernement intervient pour s’assurer que l’intérêt individuel des institutions ne va pas contre les intérêts nationaux et régionaux. On pourrait également arguer que ce modèle permettrait aux universités, en utilisant leurs forces, de déterminer leur propre stratégie de façon réaliste.
Le comité recommande au gouvernement de mettre en place ce modèle en Angleterre via le HEFCE, les RDAs et par Universities UK (le groupement des universités britanniques). Il recommande également que soit instauré au sein du HEFCE un comité des affaires régionales ; ce comité serait chargé de la mise en place du modèle dans les régions. Il comprendrait, entre autres, des représentants de chaque RDA.

Dans sa réponse aux députés, le gouvernement insiste avec force sur le fait que toute collaboration entre institutions d’enseignement supérieur doit trouver sa source au niveau des institutions elles-mêmes. Les conseils de recherche et le HEFCE partagent cette opinion : toute collaboration nécessite des relations de confiance et efficaces entre les partenaires. Selon le gouvernement, le modèle « hub and spokes » correspond à une approche trop centralisée (« top down ») ; les universités se sentiraient contraintes plutôt qu’encouragées à collaborer. Le gouvernement, les conseils de recherche et le HEFCE considèrent donc cette proposition des députés avec beaucoup de circonspection.

4.3 La dimension régionale
La mise en place du modèle « hub and spokes » signifierait un rôle plus important joué par les régions dans le système de l’enseignement supérieur. Certaines universités ne sont pas favorables à cette tendance car elles se considèrent plus comme évoluant au niveau international plutôt qu’au niveau régional.

Universités et industries : la dimension régionale
Certaines réticences trouvent également leur source dans le rôle que joueraient les RDAs. Dans le passé, elles ont pu être accusées de manquer d’expertise scientifique. Elles ont toutefois depuis mis en place des Conseils pour la Science et l’Industrie (« Science and Industry Councils »).
Les RDAs sont liées à une source de financement parfois négligée par les universités : le transfert de technologie. En 1990/91, l’industrie a financé la recherche universitaire à hauteur de 114 millions de livres (environ 168 millions d’euros). Ce chiffre était de 259 millions de livres (environ 382 millions d’euros) en 2000/01. Les députés estiment que les universités peuvent accroître leurs interactions avec l’industrie et ainsi les revenus qu’elles en tirent. Elles sont soutenues en cela par le « Higher Education Innovation Fund » (HEIF). Dans sa troisième édition, le HEIF fournira aux universités anglaises un total de 238 millions de livres (environ 351 millions d’euros) entre août 2006 et juillet 2008. Cette somme reste relativement modeste par rapport aux contributions du HEFCE et des conseils de recherche.

L’importance de la géographie
D’une part, les entreprises, et tout particulièrement les PMEs, prennent en compte la proximité de compétences techniques et de recherche lorsqu’elles s’implantent dans une région. D’autre part, les députés estiment que les fermetures de département dans une région pourraient nuire aux entreprises locales voire les pousser à déménager vers une région plus appropriée. En ce sens, les universités jouent un rôle central dans l’économie régionale. Les élus sont donc favorables à la préservation d’une présence de la recherche dans chaque région britannique.

Encore une fois, le gouvernement réitère à ce sujet sa volonté de ne pas imposer un modèle particulier de collaboration. Il ne souhaite pas non plus limiter la collaboration à des frontières régionales car les universités opèrent à des niveaux nationaux et internationaux aussi bien qu’à des niveaux régionaux et locaux.
Les conseils de recherche rappellent qu’ils financent la recherche sur une base d’excellence en ne tenant aucun compte de la géographie. D’autre part, le modèle « hub and spokes » pourrait constituer une approche sensée dans les régions ; il est également important de prendre en considération les besoins spécifiques des disciplines. Ainsi, dans certains domaines liés à l’étude des langues, il existe peu de départements à travers le Royaume-Uni et très peu de centres d’excellence…
Le HEFCE estime qu’il ne devrait en aucun cas tenter de décider où les sujets doivent être enseignés ou encore tenter d’interférer avec les décisions stratégiques des universités. Il ne reconnaît pas non plus la nécessité d’une planification régionale particulière des activités de recherche. Le HEFCE souhaite toutefois rappeler qu’il travaille déjà étroitement avec les RDAs.

Les demandes des étudiants
Le comité considère que les étudiants issus des milieux modestes, ceux que le gouvernement essaye précisément d’attirer à l’université, auront naturellement plus tendance à étudier près de chez eux pour des raisons financières. Quoique de nombreux étudiants choisissent également leur établissement en fonction des cours qu’ils souhaitent suivre, de plus en plus d’étudiants restent près de chez eux. L’introduction des frais de scolarité variables pourrait également renforcer cette tendance. Si les départements scientifiques et techniques continuent de fermer, il existe un risque réel que les étudiants ne puissent être formés dans leur région.

Dans sa réponse, le gouvernement rappelle que l’objet des frais de scolarité variables est d’accroître la flexibilité dont disposent les universités dans la gestion de leurs finances. Le paiement des frais n’est pas exigible au moment de la scolarité universitaire et des bourses sont disponibles. Le gouvernement s’engage à suivre de près l’impact de l’introduction des frais variables.
Les conseils de recherche s’intéressent à l’évolution des dettes des étudiants de troisième cycle ; ils reconnaissant qu’ils auront peut être à mettre en place des incitations pour attirer les étudiants vers le troisième cycle. Ils se pencheront également sur les motivations qui poussent les étudiants à choisir une université proche de chez eux.

Conclusion Retour à la table des matières

En conclusion, les députés proposent une analyse détaillée des mécanismes qui interviennent, selon eux, dans la fermeture des départements scientifiques et techniques universitaires. Ils suggèrent deux modèles résolument ambitieux : une reforme du RAE et un modèle d’organisation de la recherche et de l’enseignement dans un cadre régional. Leur analyse est assez généralement partagée par le gouvernement, le HEFCE et les conseils de recherche en ce qui concerne la nécessité de stimuler la demande chez les élèves du secondaire et chez les étudiants. Mais les deux modèles proposés sont rejetés par le gouvernement. À l’heure où de nombreux articles paraissent dans la presse nationale traitant de la désaffection des universités britanniques de la part des étudiants asiatiques, on comprend que l’inquiétude des députés puisse être grande quant à l’origine des scientifiques et des ingénieurs de demain.

Sources : "Strategic Science Provision in English Universities", Comité Science et Technologie, Chambre des Communes, avril 2005 ; Réponse du gouvernement, juillet 2005 ; "Strategically important and vulnerable subjects", HEFCE, juin 2005 ; "Science and Innovation Investment Framework", juillet 2004 ; "Lambert Review of Business-University Collaboration", décembre 2003

Auteur : Dr Anne Prost