La plateforme de Moocs FutureLearn atteint son premier million d’inscrits et poursuit son expansion

Mots-clés : Innovation ; E-Learning

Dans le paysage des distributeurs de Moocs (Massive Open Online Courses) dominé par les géants américains - Coursera, edX, Udacity - le britannique FutureLearn fait figure d’outsider.

Lancée il y a moins d’un an et demi, en septembre 2013, cette jeune startup financée et entièrement détenue par la charity The Open University a connu une croissance fulgurante, se plaçant depuis février 2015 dans le très fermé club des plateformes ayant dépassé le million d’inscrits. Moins d’un mois plus tard, elle annonce l’entrée au sein de ses partenaires d’une dizaine de nouvelles universités, parmi lesquelles la University of London, ou encore la française Paris-Diderot, premier établissement de l’hexagone à rejoindre la plateforme britannique. Ce succès rapide s’appuie sur une structure originale et une vision bien définie du futur de l’enseignement en ligne.

JPEG - 35.5 ko
Exploring the meaning of the words "Massive Open Online Course"
Mathieu Plourde

1. Des statistiques élogieuses

Le succès de FutureLearn se mesure d’abord à l’aune de ses statistiques de complétion des cours : selon un article du Times Higher Education de juin 2014, 13% des inscrits d’alors étaient allés jusqu’au bout du cours, c’est-à-dire avaient réalisé l’ensemble des évaluations et suivi la majorité des étapes. Ce résultat est supérieur à ceux de ses concurrents américains, qui s’échelonnent entre 5 et 8% selon les études.

Toutefois, FutureLearn met de son côté l’accent non pas sur le ratio de complétion par rapport au nombre d’inscrits, mais par rapport au nombre de personnes ayant effectivement commencé le cours, éliminant donc ceux ayant manifesté un intérêt pour un Mooc sans pour autant franchir le pas du suivi réel. Partant sur cette base plus restreinte, le taux de complétion des cours s’élève actuellement à 23%, soit presque un quart des individus ayant effectivement tenté l’expérience FutureLearn.

Si une base solide d’apprenants vient du Royaume-Uni, la plateforme peut également compter sur un réel rayonnement à l’international, puisque plus de la moitié sont issus de près de 190 pays différents.

Avec désormais plus d’un million de personnes inscrites suivant un ou plusieurs de ses cours, FutureLearn se positionne en très bonne place derrière ses principaux concurrents : Coursera (US) / 10,5 millions ; edX (US) / 3 millions ; Udacity (US) / 1,5 million ; MiriadaX (Espagne) / 1 million.

2. Un modèle économique original

FutureLearn est une entreprise fondée et dont l’intégralité des parts est détenue par The Open University, disposant d’une expérience de plusieurs décennies dans le domaine de l’éducation à distance. Ce format unique offre ainsi à FutureLearn la souplesse d’une petite entreprise combinée à l’expertise et à la garantie institutionnelle d’un acteur majeur de l’enseignement supérieur britannique.

Entièrement soutenue financièrement par The Open University qui a investi plus de 7M£ ces deux dernières années [1], la plateforme cherche à acquérir le plus rapidement possible un modèle économique lui permettant d’atteindre l’autosuffisance. Elle propose ainsi pour le moment à ses apprenants d’acquérir des certifications payantes témoignant de leur assiduité aux cours suivis : un Statement of Participation (29£) certifie de la participation à la majorité des étapes et tests du cours, tandis qu’un Statement of Attainment (119£) permet de passer un examen dans un centre certifié.

3. Réinventer le modèle du Mooc ?

Forte de ses nombreux partenariats, aussi bien dans le milieu universitaire - une cinquantaine d’établissement britanniques et étrangers - que parmi les organismes publics (British Museum, British Council ...) ou privés, FutureLearn ne cache pas son ambition de dépasser le simple modèle de fournisseur de cours à distance. Son CEO, Simon Nelson, ancien responsable du développement de services numériques à la BBC (dont l’emblématique iPlayer), entend offrir des contenus pédagogiques de la plus haute qualité, issus des meilleures universités internationales. Dans cette optique, il recherche actuellement des partenaires parmi les plus prestigieux établissements à l’étranger [2].

Mais au-delà de la mise à disposition de ces ressources, il imagine un futur proche où chacun pourra employer ses loisirs à se former en ligne aussi facilement que nous allons aujourd’hui sur Wikipédia ou YouTube. Son objectif est donc d’exploiter les nombreuses possibilités offertes aujourd’hui par le web pour créer de nouvelles façons de diffuser son offre de formation.

Il s’appuie pour cela sur un modèle pédagogique faisant la part belle à l’interaction entre les apprenants : utilisation des réseaux sociaux pour susciter la discussion autour de sujets de Moocs, plateforme ergonomique facilitant les échanges, évaluation des travaux par les apprenants eux-mêmes sont quelques exemples de cette dynamique.

Dans un secteur encore très jeune où les modèles économiques et pédagogiques continuent à s’inventer, FutureLearn s’illustre ainsi comme un acteur décidé à repenser le modèle traditionnel du cours en ligne.

Sources :

- FutureLearn Blog, "Welcoming one million people to FutureLearn", 17/01/2015, http://bit.ly/1NDeRq9
- FutureLearn Blog, "Celebrating progress : our first year of courses and what lies ahead", 13/10/2015, http://bit.ly/1CAeHwx
- FutureLearn Blog, "What’s the story about completion rates ?", 21/08/2015, http://bit.ly/1MEfyEw
- BBC, "UK online course provider FutureLearn reaches million", 19/02/2015, http://bbc.in/1AbOtRl
- Times Higher Education, "Open University’s numbers dive 28% as pool of part-timers dries up", 19/02/2015, http://bit.ly/1G6AOvv
- Times Higher Education, "FutureLearn ’delighted’ at response to first Moocs", 19/06/2014, http://bit.ly/1lBN7Ju
- EdSurge, "MOOCs in 2014 : Breaking Down the Numbers", 26/12/2014, http://bit.ly/1toUVU4
- FutureLearn Blog, "From Basel to Bogota : new partners and courses announced", 09/03/2015, http://bit.ly/1BSZxjI

Rédacteur : Eva Legras

[1La totale dépendance de FutureLearn à The Open University constitue également une fragilité : la charity a récemment annoncé qu’elle était en déficit de 17M£, dus à la baisse du nombre d’étudiants s’inscrivant à ses formations à distance : http://bit.ly/1G6AOvv(consulté le 23/02/2015).

[2Notons toutefois que les plus prestigieuses universités britanniques (Oxford, Cambridge, Imperial College ...) sont encore frileuses en ce qui concerne les Moocs, et ne font pour le moment pas partie des partenaires de FutureLearn.

publié le 28/05/2015

haut de la page