Manger des frites pourrait être une raison suffisante pour être rejeté par un lecteur d’empreintes digitales du futur système de carte d’identité biométrique. Ce fut l’une des conclusions d’une conférence qui s’est tenue au « British Computer Society » sur l’ambitieux projet de la carte d’identité du gouvernement britannique. Ce projet, dont la facture est prévue à 3 milliards de livres (environ 4,5 milliards d’euros), est un point clé du manifeste du Premier Ministre. Cette nouvelle carte d’identité qui utilisera la biométrie de l’empreinte digitale, devrait permettre de mieux lutter contre le terrorisme, le vol, le travail illégal et l’immigration clandestine. Mais son application entraîne de nombreux débats à la fois sur les plans technique et éthique.
De nombreux experts s’interrogent sur la viabilité de l’empreinte digitale pour son application au quotidien sur le terrain. Par exemple, savourer un « Fish and Chips », le graisseux plat populaire du Royaume-Uni, pourrait fausser la lecture digitale avec des doigts huileux. Le système de lecture peut être sensible à un éclairement direct du soleil et fausser la lecture de l’empreinte. Pourra-t-il reconnaître un travailleur manuel, comme un maçon, des années après qu’il ait enregistré ses empreintes ?
Un système biométrique n’a jamais été utilisé à une échelle aussi grande qu’une nation de 60 millions d’habitants. Cependant les technologies de reconnaissance des individus commencent à s’utiliser dans des applications civiles communes comme le futur passeport biométrique des États-Unis à reconnaissance faciale. La normalisation est aussi un point délicat qui doit être anticipé. Le gouvernement britannique gagnerait du temps et de l’argent en se plaçant d’emblée dans une dimension mondiale des échanges des individus, tout particulièrement dans le nouveau contexte du terrorisme planétaire. Mais comment assurer que le système britannique soit compatible avec le pays voisin ? L’« Institute of Electrical & Electronics Engineers Standard Association » (association des standards IEEE) travaille actuellement à l’établissement d’une norme mondiale sur les systèmes à détection digitale.
La gestion du projet et de son coût sont aussi soumis à de vives critiques. Alors que le gouvernement estime que le coût d’une carte sera de 100 livres (environ 150 euros), la « London School of Economics » prévoit un prix de 300 livres (environ 450 euros) par carte. Les bases du projets doivent être clairement et solidement établies pour éviter de coûteuses erreurs comme pour le projet Libra. Le projet Libra, débuté en 1996, était la modernisation et l’établissement d’un standard national des TIC dans les tribunaux britanniques. Par une mauvaise gestion, Libra a été mis en place avec plusieurs années de retard et plusieurs dizaines de millions de livres supplémentaires. L’établissement de la nouvelle carte d’identité reste un grand sujet de débats épineux et pourra poser des problèmes au gouvernement si des erreurs devaient être assumées par le porte-monnaie du contribuable, à défaut de le forcer à se laver les mains après chaque repas pour passer un contrôle d’identité.
Auteur : Yacine Touati
Sources : Computer Weekly, press release, 13/10/05 & 18/10/05, www.computerweekly.com ;
London School of Economics, news, www.lse.ac.uk ;
British Computer Society, www.bcs.org.uk