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La British Academy prend position sur le libre-accès

Face aux déclarations très vigoureuses de Research Council United Kingdom (RCUK) à propos du libre-accès dont nous rendions copte dans le numéro de septembre d’Actualités scientifiques du Royaume-Uni, la British Academy (B.A.) a fait connaître sa position officielle. Bien que n’étant pas un council au même titre que l’Arts and Humanities Research Council, créé en avril dernier, la British Academy finance et publie une partie de la recherche britannique en sciences humaines et sociales depuis plus de deux cents ans. C’est à ce titre de commanditaire et de financeur de la recherche qu’elle donne son avis.

On se souvient que RCUK, organisme qui chapeaute tous les conseils de recherche britanniques, réclame que les chercheurs financés par ces conseils soient dans l’obligation de publier les résultats de leurs travaux sous forme d’articles en accès libre sur internet. Dans le texte qui vient d’être rendu public, la British Academy fait état de son profond désaccord avec RCUK et détaille sa position.

Il est clair que pour la B.A., la décision de RCUK est entièrement dominée par le modèle des sciences physiques et des sciences de la vie, lequel diffère très profondément de la manière dont la recherche en sciences humaines et sociales est organisée et diffusée. La B.A. souligne qu’alors que les articles dans les revues et les actes de colloque occupent la première place pour les sciences de la nature, la recherche en sciences humaines et sociales garde sa pertinence par-delà le temps et reste dominée par les monographies.
Elle fait ainsi remarquer que la décision de RCUK sur le libre-accès concerne surtout les versions de travail d’un article, diffusées lors des colloques en sciences dites « dures » et qui ont le statut de véritables documents, apportant des données nouvelles et importantes. Or, ceci n’est pas vrai des premières versions des articles en sciences humaines et sociales, qui sont souvent très loin du texte final où la réflexion a enfin abouti.

Cette différence essentielle posée, la réponse de la B.A. à RCUK soulève ensuite une série de questions d’ordre plus pratique. La première concerne le « paiement par l’auteur », solution souvent préconisée par les tenants du libre-accès pour financer les publications sur internet. La B.A. rappelle que si les sommes en jeu (on propose souvent que l’auteur débourse autour de £1500) peuvent sembler peu importantes à un laboratoire de sciences dures, tel n’est pas le cas pour les chercheurs en sciences humaines et sociales dont les bourses, presque toujours individuelles, sont particulièrement modestes. _ La B.A. souligne ensuite que les difficultés techniques de la mise en libre-accès d’un volume important de travaux sont loin d’avoir été envisagés. Elle s’interroge en particulier sur la possibilité de stocker pour une très longue période les documents et sur la réalité des possibilités d’accès à ces informations.
Dans une phrase particulièrement sévère, la B.A. affirme que « les déclarations de RCUK sont plus empreintes d’optimisme que de réalisme », ce qui revient à mettre l’accent sur l’aspect proprement politique de la décision de RCUK, où le lobby des tenants du libre-accès, menés par le créateur d’internet, domine largement.

Cette réponse de la British Academy à RCUK est donc une véritable déclaration d’indépendance. Loin cependant de couper les ponts avec les conseils de recherche, la B.A. affirme qu’il est fondamental pour les sciences humaines et sociales d’avoir une position commune et de la faire entendre, afin de ne pas laisser le terrain aux seules sciences de la nature. _ Faisant suite aux premiers documents publiés en avril de cette année par la B.A., une invitation est lancée aux deux conseils concernés, l’Arts and Humanities Research Council (AHRC) et l’Economic and Social Research Council (ESRC) pour la tenue prochaine d’une journée de travail sur le libre-accès. Aucune date n’est encore fixée.

www.ba.ac.uk