Azouz Begag, 48 ans, a été nommé en juin 2005 ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances au sein du gouvernement français de Dominique de Villepin. Défenseur depuis toujours de cette « égalité des chances », dont il a su pour lui-même montrer qu’elle était possible, ce sociologue et écrivain d’origine algérienne, aujourd’hui homme politique, entend bien l’offrir à tous les citoyens français, quels que soient leur âge, leur sexe, leur origine, leur lieu de résidence ou leur mode de vie.
Il était une fois… un môme d’un bidonville de la banlieue lyonnaise, dans l’est de la France, devenu sociologue, un fils d’immigrés algériens devenu romancier à succès. Un « French dream »… . Telle est l’histoire d’un des romans d’Azouz Begag, Le Gone du Chaâba, paru en 1986 (1).
Doctorant en économie, enseignant et sociologue à l’Ecole centrale et à la Maison des Sciences sociales et humaines de Lyon, chargé de recherches en socio-économie urbaine au CNRS, le Centre national de la recherche scientifique, Azouz Begag raconte dans ce roman les 10 premières années de la vie d’un enfant d’immigrés algériens, venus en France en 1949. Le père arabe, la mère kabyle, les 7 frères et sœurs, la baraque en planches comme maison, sur les bords du Rhône, à côté des autres bidonvilles, lot commun de ces nombreuses familles, celles qui ont choisi d’émigrer en France pour trouver du travail…. Puis le déménagement dans une barre d’immeuble de la Cité de la Duchère dans la banlieue lyonnaise… l’ascenseur social n’est pas encore en panne… Puis l’école à la française… Nous sommes en 1968, le môme vient d’avoir neuf ans et il est déjà le premier de sa classe, à la satisfaction de ses parents qui, eux, ne parleront jamais la langue du pays autrefois colonisateur….
Le romancier sociologue raconte, avec truculence, humour, tendresse et tolérance, comment les enfants de ces villageois originaires d’El Ouricia, en Algérie, sont les « éducateurs français » de leurs parents, leur expliquant la « sicouriti souciale », la « ritraite », remplissant les « papiers pour le « toubib »… Comment « c’est une chance et une richesse inouïe pour tous ceux qui viennent de l’autre côté, du périph, de la mer ou de la barrière sociale, d’arriver à traverser un territoire et de se retrouver chez les autres. A la seule condition que l’on sache d’où l’on vient et qu’on ne le renie pas ». Le Gone du Chaâba, c’est-à-dire le môme du bidonville, c’est, vous l’aurez compris, l’auteur lui-même, Azouz Begag, nommé en juin 2005 ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances au sein du gouvernement de Dominique de Villepin. Une consécration !
Mais au-delà du parcours singulier, il est question de la reconnaissance aussi de tous les « enfants » de la République, qu’ils soient ou non enfants d’immigrés, et de la possibilité pour tous de prendre le chemin de l’« intégration ». Un mot d’ailleurs qu’Azouz Begag n’aime pas beaucoup. Car, même s’il ne cache pas sa satisfaction d‘en être arrivé là, intégré, « ne l’a-t-il pas toujours été ? », se demande-t-il. Dans sa famille d’abord, dans le bidonville ensuite, dans la cité, à l’école laïque française, puis à l’université… C’est pourquoi à « intégration », il préfère justement l’expression « promotion de l’égalité des chances ».
Sa nomination à cette fonction n’est donc évidemment pas un hasard. D’autant que les problèmes liés à l’immigration et à la difficulté de vie des jeunes issus de la deuxième, voire de la troisième génération des immigrés sont les thèmes de prédilection du petit Arabe, du môme du bidonville rhodanien, du sociologue, du professeur, de l’écrivain, du membre du Conseil économique et social… C’est sur ces questions-là précisément qu’il se voit confier un rapport, en 2004, par Dominique de Villepin, alors ministre de l’Intérieur. Un an avant les émeutes des banlieues, le rapport qu’il rend le 14 décembre 2004 porte d’ailleurs un titre sans équivoque : La République à ciel ouvert. Il y fait un bilan plutôt négatif des politiques d’intégration menées depuis vingt ans et propose des solutions pragmatiques pour mettre la diversité ethnique au programme et la « promotion de l’égalité des chances » à nouveau en mouvement. La diversité sociale, bien sûr, il en connaît quelque chose. L’ayant éprouvée dans sa propre vie, son propre parcours, s’en étant fait le porte-parole dans ses essais, romans, cours d’université et déclarations de postulant à la politique. L’ayant également vécue lors de son expérience américaine, en 1988, quand il était alors le premier Français d’origine maghrébine à enseigner aux Etats-Unis, à l’université Cornell de New-York et que la discrimination positive pratiquée de l’autre côté de l’Atlantique ne figurait pas encore parmi les sujets de discussion et d’affrontement dans les cénacles du Conseil des ministres et de l’Assemblée nationale. Il est sûr pourtant que, quels que soient les mots que l’on choisit, intégration, discrimination positive ou promotion de l’égalité des chances, la société française attend beaucoup des actions qu’il pourra réaliser pour remettre en marche l’ascenseur social un peu rouillé ces dernières années. Une société riche de cinq millions de Français d’origine étrangère qui veulent croire en la devise de la République : Liberté, Egalité, Fraternité.
Mélina Gazsi (1) Le Gone du Chaâba, Le Seuil, Coll. Virgule, 1986
Une sélection bibliographique pour les adultes et la jeunesse :
Béni ou le Paradis privé, Le Seuil, Coll. Virgule, 1989
Les Voleurs d’écriture, Le Seuil, Coll. Petit Point, 1990
La Force du Berger, La Joie de Lire. (Ill. de Catherine Louis), 1991
Jordi et le Rayon perdu : énergie (Ill. de Allan Drummond), La Joie de Lire, 1992
L’Ilet-aux-vents, Le Seuil, Coll. Virgule, 1992
Les Tireurs d’étoiles, Le Seuil, Coll. Petits Points, 1993
Le Temps des Villages (Ill. de Catherine Louis), La Joie de Lire, 1993
Une Semaine de vacances à Cap maudit, Le Seuil. Coll. Petits Points, 1993
Mona ou le Bateau-Livre, Chardon Bleu, 1994
Les Chiens aussi, Le Seuil, Coll. Virgule, 1995
Quand on est mort, c’est pour toute la vie, Gallimard, 1995
Ma maman est devenue une étoile (Ill. de C. Louis), La Joie de Lire, 1996
Zenzela, Éditions du Seuil, 1997
Dis Oualla, Fayard, Coll. Libres, 1997
Tranches de vie, Kleth Verlag, Stuttgart, 1998
Un train pour chez nous, ill. de Catherine Louis, Thierry Magnier, 2001
Le Théorème de Mamadou, Le Seuil, 2002
Les Dérouilleurs : Français de banlieue, Mille et Une Nuits, 2002
Le Marteau pique-cœur, Le Seuil, 2004
Dernière mise à jour : 17.03.2006