François Hollande, Président de la République

Nomination du gouvernement

Paris, 16 mai 2012

Sur la proposition du Premier ministre, le président de la République a nommé :

M. Laurent FABIUS, ministre des affaires étrangères

M. Vincent PEILLON, ministre de l’éducation nationale

Mme Christiane TAUBIRA, garde des sceaux, ministre de la justice

M. Pierre MOSCOVICI, ministre de l’économie, des finances et du commerce extérieur

Mme Marisol TOURAINE, ministre des affaires sociales et de la santé

Mme Cécile DUFLOT, ministre de l’égalité des territoires et du logement

M. Manuel VALLS, ministre de l’intérieur

Mme Nicole BRICQ, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie

M. Arnaud MONTEBOURG, ministre du redressement productif

M. Michel SAPIN, ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social

M. Jean-Yves LE DRIAN, ministre de la défense

Mme Aurélie FILIPPETTI, ministre de la culture et de la communication

Mme Geneviève FIORASO, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche

Mme Najat VALLAUD-BELKACEM, ministre des droits des femmes, porte-parole du Gouvernement

M. Stéphane LE FOLL, ministre de l’agriculture et de l’agroalimentaire

Mme Marylise LEBRANCHU, ministre de la réforme de l’Etat, de la décentralisation et de la fonction publique

M. Victorin LUREL, ministre des outre-mer

Mme Valérie FOURNEYRON, ministre des sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative

M. Jérôme CAHUZAC, ministre délégué auprès du ministre de l’économie, des finances et du commerce extérieur, chargé du budget

Mme George PAU-LANGEVIN, ministre déléguée auprès du ministre de l’éducation nationale, chargée de la réussite éducative

M. Alain VIDALIES, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement

Mme Delphine BATHO, ministre déléguée auprès de la garde des sceaux, ministre de la justice

M. François LAMY, ministre délégué auprès de la ministre de l’égalité des territoires et du logement, chargé de la ville

M. Bernard CAZENEUVE, ministre délégué auprès du ministre des affaires étrangères, chargé des affaires européennes

Mme Michèle DELAUNAY, ministre déléguée auprès de la ministre des affaires sociales et de la santé, chargée des personnes âgées et de la dépendance

Mme Sylvia PINEL, ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, chargée de l’artisanat, du commerce et du tourisme

M. Benoît HAMON, ministre délégué auprès du ministre de l’économie, des finances et du commerce extérieur, chargé de l’économie sociale et solidaire

Mme Dominique BERTINOTTI, ministre déléguée auprès de la ministre des affaires sociales et de la santé, chargée de la famille

Mme Marie-Arlette CARLOTTI, ministre déléguée auprès de la ministre des affaires sociales et de la santé, chargée des personnes handicapées

M. Pascal CANFIN, ministre délégué auprès du ministre des affaires étrangères, chargé du développement

Mme Yamina BENGUIGUI, ministre déléguée auprès du ministre des affaires étrangères, chargée des Français de l’étranger et de la francophonie

M. Frédéric CUVILLIER, ministre délégué auprès de la ministre de l’écologie et du développement durable, et de l’énergie, chargé des transports et de l’économie maritime

Mme Fleur PELLERIN, ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, chargée des petites et moyennes entreprises, de l’innovation et de l’économie numérique

M. Kader ARIF, ministre délégué auprès du ministre de la défense, chargé des anciens combattants./.

Nomination du Premier ministre

Paris, 15 mai 2012

Le Président de la République a nommé M. Jean-Marc AYRAULT, Premier ministre, et l’a chargé de former un nouveau Gouvernement.

- Retrouvez une biographie du nouveau Premier ministre sur le site du gouvernement

Discours de M. le Président de la République lors de la Cérémonie d’investiture

Paris, 15 mai 2012

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs

En ce jour où je suis investi de la plus haute charge de l’État, j’adresse aux Français un message de confiance.

Nous sommes un grand pays qui, dans son histoire, a toujours su affronter les épreuves et relever les défis qui se présentaient à lui. A chaque fois, il y est parvenu, en restant lui-même. Toujours dans l’élévation et l’ouverture. Jamais, dans l’abaissement et le repli.

Tel est le mandat que j’ai reçu du peuple français le 6 mai : redresser la France dans la justice. Ouvrir une voie nouvelle en Europe. Contribuer à la paix du monde comme à la préservation de la planète.

Je mesure le poids des contraintes auxquelles nous faisons face : une dette massive, une croissance faible, un chômage élevé, une compétitivité dégradée et une Europe qui peine à sortir de la crise.

Mais je l’affirme ici : il n’y a pas de fatalité, dés lors qu’une volonté commune nous anime, qu’une direction claire est fixée et que nous mobilisons pleinement nos forces et nos atouts. Ils sont considérables : la productivité de notre main-d’œuvre, l’excellence de nos chercheurs, le dynamisme de nos entrepreneurs, le travail de nos agriculteurs, la qualité de nos services publics, le rayonnement de notre culture et de notre langue sans oublier la vitalité de notre démographie et l’impatience de notre jeunesse.

La première condition de la confiance retrouvée, c’est l’unité de la Nation. Nos différences ne doivent pas devenir des divisions. Nos diversités des discordes. Le pays a besoin d’apaisement, de réconciliation, de rassemblement. C’est le rôle du président de la République d’y contribuer. Faire vivre ensemble tous les Français sans distinction, autour des mêmes valeurs, celles de la République. Tel est mon impérieux devoir. Quel que soit notre âge, quelles que soient nos convictions, où que nous vivions —dans l’Hexagone ou dans les Outre mers— dans nos villes comme dans nos quartiers et nos territoires ruraux, nous sommes la France. Une France non pas dressée contre une autre, mais une France réunie dans une même communauté de destin.

Et je réaffirmerai en toutes circonstances nos principes intangibles de laïcité, comme je lutterai contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les discriminations.

La confiance, c’est aussi l’exemplarité.

Président de la République, j’assumerai pleinement les responsabilités exceptionnelles de cette haute mission. Je fixerai les priorités mais je ne déciderai pas de tout ni à la place de tous. Conformément à la Constitution, le gouvernement déterminera et conduira la politique de la Nation. Le Parlement sera respecté dans ses droits. La justice disposera de toutes les garanties de son indépendance. Le pouvoir d’Etat sera exercé avec dignité mais simplicité. Avec une grande ambition pour le pays. Et une scrupuleuse sobriété dans les comportements. L’Etat sera impartial parce qu’il est la propriété de tous les Français et qu’il n’appartient donc pas à ceux qui en ont reçu la charge. Les règles de nomination des responsables publics seront encadrées. Et la loyauté, la compétence, et le sens de l’intérêt général seront les seuls critères pour déterminer mes choix pour les plus hauts serviteurs de l’Etat. La France a la chance de disposer d’une fonction publique de qualité. Je veux lui dire ma reconnaissance et l’attente que je place en elle et en chacun de ses agents. La confiance, elle est dans la démocratie elle-même. Je crois en la démocratie locale et j’entends la revivifier par un nouvel acte de décentralisation susceptible de donner de nouvelles libertés pour le développement de nos territoires.

Je crois en la démocratie sociale, et de nouveaux espaces de négociation seront ouverts aux partenaires sociaux, que je respecterai, aussi bien les représentants des salariés que les organisations professionnelles. Je crois en la démocratie citoyenne, celle des associations et des engagements civiques qui seront soutenus pour les millions de bénévoles qui s’y dévouent.
La confiance, elle repose sur la justice dans les choix. La justice dans la conception même de la création de richesse. Il est temps de remettre la production avant la spéculation, l’investissement d’avenir avant la satisfaction du présent, l’emploi durable avant le profit immédiat. Il est temps d’engager la transition énergétique et écologique. Il est temps d’ouvrir une nouvelle frontière pour le développement technologique et pour l’innovation. Mais la justice elle aussi dans la répartition de l’effort indispensable. Il ne peut pas y avoir des sacrifices pour les uns, toujours plus nombreux, et des privilèges pour les autres, sans cesse moins nombreux. Ce sera le sens des réformes que le gouvernement conduira avec le souci de récompenser le mérite, le travail, l’initiative, et de décourager la rente et les rémunérations exorbitantes.

La justice, ce sera le critère sur lequel chaque décision publique sera prise.

Enfin la confiance, c’est à la jeunesse que la République doit l’accorder. Je lui rendrai la place qui doit être la sienne, la première. C’est le fondement de mon engagement pour l’école de la République car sa mission est vitale pour la cohésion de notre pays, la réussite de notre économie, C’est la volonté qui m’anime pour rénover la formation professionnelle, l’accompagnement des jeunes vers l’emploi et lutter contre la précarité. C’est aussi la belle idée du service civique que j’entends relancer.

Mesdames et Messieurs,

En ce jour, bien des peuples, et d’abord en Europe, nous attendent et nous regardent.

Pour surmonter la crise qui la frappe, l’Europe a besoin de projets. Elle a besoin de solidarité. Elle a besoin de croissance. A nos partenaires, je proposerai un nouveau pacte qui allie la nécessaire réduction des dettes publiques avec l’indispensable stimulation de l’économie. Et je leur dirai la nécessité pour notre continent de protéger, dans un monde si instable, non seulement ses valeurs mais ses intérêts, au nom du principe de réciprocité dans les échanges.

La France est une nation engagée dans le monde. Par son histoire, par sa culture, par ses valeurs d’humanisme, d’universalité, de liberté, elle y occupe une place singulière. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen a fait le tour du monde. Nous devons en être les dépositaires et nous situer aux cotés de toutes les forces démocratiques du monde qui se recommandent de ses principes. La France respectera tous les peuples ; elle sera, partout, fidèle à sa vocation qui est de défendre la liberté des peuples, l’honneur des opprimés, la dignité des femmes.

En cet instant où je suis chargé de présider aux destinées de notre pays et de le représenter dans le monde, je salue mes prédécesseurs, tous ceux qui avant moi ont eu la responsabilité de conduire la République, Charles de Gaulle qui mit son prestige au service de la grandeur et de la souveraineté de la France, Georges Pompidou qui fit de l’impératif industriel un enjeu national, Valéry Giscard d’Estaing qui relança la modernisation de la société, François Mitterrand qui fit tant avancer les libertés et le progrès social, Jacques Chirac qui marqua son attachement aux valeurs de la République ; Nicolas Sarkozy à qui j’adresse mes vœux pour la nouvelle vie qui s’ouvre devant lui.

Vive la République.
Vive la France./.

Entretien du Président de la République, François Hollande, avec le site internet d’information « slate.fr »

Paris, 7 mai 2012

Q - Quel bilan tirez-vous de la demande d’un pacte de croissance européen, que vous avez portée tout au long de votre campagne ?

R - La campagne présidentielle française a eu le mérite de faire ressurgir l’exigence de croissance. Le mot figure dans le traité budgétaire. Mais, sans contenu ni application concrète. Or à défaut d’activité économique supplémentaire, il sera difficile, voire impossible de réduire les déficits et de maîtriser la dette. Des personnalités éminentes se sont prononcées en faveur de ce pacte de croissance, comme le président de la BCE (Banque centrale européenne) Mario Draghi mais aussi plusieurs chefs de gouvernement. En Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas, en Italie, chacun admet que la seule austérité ne pourra permettre de revenir à l’équilibre des comptes publics. J’estime que pour cette seule raison, la campagne présidentielle française aura été précieuse, c’est pourquoi son déroulement et son issue ont été regardés bien au-delà de nos frontières.

Q - Vos solutions pour relancer la croissance semblent pourtant différentes de celles préconisées par Mario Draghi ou Angela Merkel…

R - Des réformes structurelles sont à mener pour améliorer la compétitivité, réformer la fiscalité, et renforcer notre industrie. C’est le sens du pacte productif que j’ai proposé.

L’économie de l’offre n’est pas séparable d’une stimulation plus directe de la demande. Non pas avec les formules keynésiennes d’autrefois : les moyens ne peuvent être des dépenses publiques supplémentaires, puisque nous voulons les maîtriser, ni des allègements fiscaux, qui nous sont interdits. Mais la mise en œuvre d’instruments à l’échelle européenne, cela passe par l’augmentation du capital de la Banque européenne d’investissement, la mobilisation des fonds structurels, la taxe sur les transactions financières qui permettrait de financer des travaux d’infrastructures. L’Europe pourrait enfin décider de lever l’emprunt : c’est tout l’enjeu des « eurobonds » ou des « project bonds ».

Q - La chancelière allemande est opposée à cette dernière solution…

R - Sur cette question, nous aurons des discussions avec nos partenaires, et particulièrement avec nos amis allemands, mais ils ne peuvent pas poser deux verrous à la fois, un sur les « eurobonds » et un autre sur le refinancement direct des dettes par la BCE.

Q - Vous n’avez pas été reçu par Angela Merkel durant la campagne, mais avez été soutenu par le chef du SPD Sigmar Gabriel. Appréhendez-vous vos premiers échanges ?

R - Non. Il n’y a aucune séquelle liée à l’élection présidentielle française. J’ai parfaitement compris qu’Angela Merkel soutienne Nicolas Sarkozy pour l’action qu’ils ont menée ensemble, même si je l’ai contestée quant à ses résultats, et aussi pour leur sensibilité politique commune. Et elle-même ne peut me faire le reproche d’adopter la même attitude à l’égard des sociaux-démocrates allemands : ceux-ci occupent par ailleurs une position-clé pour faire ratifier le traité budgétaire au Bundestag, où une majorité qualifiée est nécessaire, et posent également comme condition à cette ratification l’ajout d’un pacte de croissance.

Q - L’existence d’un couple « Merkozy » a été critiquée en Europe. Quelle est votre position sur ce couple franco-allemand ?

R - Autant je crois au moteur franco-allemand, autant je conteste l’idée d’un duopole. La construction européenne repose sur une relation France-Allemagne équilibrée et respectueuse. Les couples Schmidt-Giscard, Kohl-Mitterrand, et même Chirac-Schröder ont prouvé que les différences politiques n’empêchaient pas le travail commun. Mais ces dirigeants veillaient à conjuguer la démarche intergouvernementale avec le processus communautaire, c’était la meilleure façon d’éviter que nos partenaires éprouvent le sentiment d’être écartés, ou pire encore soumis.

Cet équilibre a été modifié ces dernières années. Le rapport franco-allemand a été exclusif. Les autorités européennes ont été négligées et certains pays, notamment les plus fragiles, ont eu la désagréable impression d’être en face d’un directoire.

Q - Vous n’avez pas non plus été reçu par David Cameron, le Premier ministre, et la presse britannique et la City n’ont pas forcément été tendres à votre égard. Sur quelles bases comptez-vous renforcer la relation franco-britannique ?

R - Reconnaissons que les Britanniques ont été particulièrement timides sur les enjeux de la régulation financière, et attentifs aux seuls intérêts de la City. D’où leurs réticences à la mise en place de la taxe sur les transactions financières et à l’harmonisation fiscale en Europe. Et qui s’ajoutent à une relative indifférence à l’égard du sort de la zone euro, car la Grande-Bretagne est davantage protégée de la spéculation puisque la Banque centrale peut intervenir directement pour le financement de la dette. L’Europe n’est pas un tiroir caisse et encore moins un self service.

Je rencontrerai rapidement David Cameron pour évoquer les avantages d’une coopération plus poussée de nos deux pays au plan industriel et pour poursuivre le rapprochement engagé en matière de défense.

Q - Comment remédier au désamour envers l’Europe, relancer l’envie d’Europe ?

Je le dis nettement. Et l’élection présidentielle vient d’envoyer un nouveau signal : s’il n’y pas un rétablissement de la confiance entre les peuples et l’Europe, nous assisterons à une montée des populismes qui finira par entraver le projet européen, et un jour par faire éclater la zone euro. Un sursaut est nécessaire pour fixer de nouvelles perspectives, ouvrir de nouveaux chantiers, protéger les citoyens.
Plutôt que de rechercher des nouvelles avancées sur l’Europe politique, je propose de relever un nouveau défi : après l’Europe de l’acier ou du charbon ou de l’Europe agricole au début des années 1960, le grand marché dans les années 1980, c’est « l’Europe de l’énergie » avec des objectifs communs en matière d’économies d’énergie, de montée des énergies renouvelables, de sécurité des installations…

Q - Vous écartez donc l’hypothèse de nouveaux traités ?

R - Oui, aujourd’hui, tout traité institutionnel serait difficile à faire ratifier sans le rétablissement d’une relation de confiance entre les peuples et l’union. En revanche, un traité sur la croissance, l’emploi et l’énergie pourrait mobiliser les opinions. La France et l’Allemagne peuvent aussi montrer le chemin cinquante ans après le traité de l’Elysée (1963), notamment sur les aspects éducatifs, universitaires et culturels.

Q - Sur la scène mondiale, votre prédécesseur a fait preuve à plusieurs reprises au nom de l’Europe de son leadership, sur la Géorgie, la Libye, la crise financière… Est-ce aussi votre ambition ?

R - La France n’est pas n’importe quel pays d’Europe et son Président n’est pas n’importe quel chef d’Etat du monde. Donc il a parfois à prendre, non pas la direction ou le leadership, mais l’initiative. Nicolas Sarkozy a pu le démontrer durant le quinquennat. Cela a été parfois heureux. Je pense à l’action décidée par l’ONU en Libye. Parfois malencontreux. Je pense à l’Union pour la Méditerranée dont l’impréparation a conduit à l’échec. Oui, j’entends donner à la France toute sa place dans l’affirmation d’une ambition internationale. Sur la crise financière, ce qui a manqué, c’est de la constance et de la persévérance notamment sur la maîtrise de la finance, la lutte contre les paradis fiscaux, la taxe sur les transactions financières.

De même face à la Chine, l’Europe est allée en ordre dispersé pour résorber les déséquilibres commerciaux. Il a fallu attendre qu’Obama pose les conditions de la « réciprocité » pour que le mot même soit à nouveau prononcé, et je rappelle que la convertibilité de la monnaie chinoise aurait dû être évoquée au G20. Je considère que la réforme du système monétaire international doit être une priorité dans notre agenda.

Q - Justement, vous allez rencontrer Barack Obama pour la première fois au G8 de Camp David les 18 mai et 19 mai. Une première question, qui pourra vous sembler anecdotique : Mister Hollande, do you speak English ?

R - Yes I speak English, more fluently than the former President. But a French president has to speak French !

Q - Au-delà de la plaisanterie, est-ce que vous pensez que c’est important que le chef d’Etat français parle la langue commune de la diplomatie internationale ?

R - Il a besoin de la comprendre et de pouvoir avoir des échanges directs avec ses interlocuteurs. Mais je suis attaché à la langue française et à la francophonie.

Lorsque je participais à des sommets de chefs de partis en Europe, il a pu m’être désagréable d’entendre des amis roumains, polonais, portugais, italiens parfois, parler anglais, mais j’admets que sur le plan informel, les contacts puissent s’établir dans cette langue. Je défendrai néanmoins partout l’usage du français.

Q - Les Etats-Unis risquent de regarder d’abord avec méfiance un changement de président en France, qui plus est pour un socialiste. Comment pensez-vous vous y faire connaître et reconnaître ?

R - J’ai parfaitement compris l’attitude du président Obama dans la campagne présidentielle française. Il n’avait aucune raison de marquer une distance avec Nicolas Sarkozy. C’est la solidarité élémentaire que se doivent des chefs d’Etat qui ont agi ensemble. Barack Obama lui-même est soumis cette année à réélection. Et ce scrutin aura une grande importance dans le monde.

La politique étrangère de l’administration démocrate a marqué des inflexions sérieuses et bénéfiques par rapport à la précédente. De même, nous avons des convergences sur le plan économique. Je veillerai donc à affirmer l’indépendance de la France sans compliquer la tâche de Barack Obama. Ainsi sur la présence des troupes française en Afghanistan, je réaffirmerai la position du retrait fin 2012, qui a été la mienne durant la campagne, en bonne intelligence avec nos alliés.

Q - Vous ne partagez pas sa position sur l’utilisation des réserves stratégiques de pétrole pour faire baisser les prix à la pompe…

R - Je le respecte. Je sais combien la question du prix des carburants pèse dans le débat politique américain. En France, la hausse continue du prix de l’énergie n’est pas sans lien avec des votes populistes qui ont pu s’exprimer. J’imagine qu’aux Etats-Unis la même exaspération existe.

Q - Quelle est votre position sur la crise liée au programme nucléaire iranien ?

R - Je n’ai pas critiqué la position ferme de Nicolas Sarkozy par rapport aux risques de prolifération nucléaire. Je le confirmerai avec la même force et la même volonté. Et je n’admettrai pas que l’Iran, qui a parfaitement le droit d’accéder au nucléaire civil, puisse utiliser cette technologie à des fins militaires.

Q - Sur ce sujet, l’administration Obama semble plus souple, plus encline à la négociation, que le gouvernement français…

R - Les Iraniens doivent apporter toutes les informations qui leur sont demandées et en terminer avec les faux-semblants. Les sanctions doivent être renforcées autant qu’il sera nécessaire. Mais je crois encore possible la négociation pour atteindre le but recherché.

Q - Vous avez parfois semblé flou quant à la présence française dans l’Otan durant la campagne ?

R - J’ai regretté cette décision, dans les conditions où elle a été prise en 2008. Les objectifs qui avaient été posés, et notamment le renforcement du pilier européen de défense, n’ont pas été atteints.

Je n’entends pas pour autant revenir à la situation antérieure. Je demanderai une évaluation sur la place de la France et les responsabilités qui nous ont été confiées dans le commandement militaire.

Q - Sur l’Afrique et le Moyen-Orient, partagez-vous la position d’Alain Juppé d’une extrême fermeté vis-à-vis des islamistes avec lesquels on peut parler, à condition que certaines lignes rouges ne soient pas franchies : respect des droits fondamentaux, respect du choix libre des électeurs, acceptation de l’alternance au pouvoir ?

R - La France ne doit pas changer de principes en fonction des circonstances ou des situations. Ceux qui valaient au moment des printemps arabes, quand les régimes empêchaient l’avènement de la démocratie, doivent être évoqués avec les pouvoirs sortis des urnes dans ces mêmes pays, notamment en Tunisie et en Egypte. Le bon fonctionnement de la démocratie, l’égalité hommes-femmes ou la place respective de la société et de l’Etat doivent être rappelés autant que nécessaire.

L’enjeu est de savoir si des partis qui se réclament de l’islam peuvent rentrer dans un processus démocratique de long terme. C’est pourquoi la réussite de cette transition est très importante. Les Tunisiens en ont fait la démonstration, même si nous voyons bien que des menaces existent.

Q - Quelle est votre analyse de la situation dans la zone du Sahel ?

R - Je suis très préocupé de ce qui s’y passe. J’ai approuvé l’intervention en Libye, mais j’ai regretté que l’accompagnement n’ait pas suivi, et aujourd’hui une partie des débris de l’armée libyenne et des forces qui l’ont soutenue se retrouve dans cette zone, et déstabilise le Niger et le Mali. Ce n’est pas la seule cause des désordres. Là encore, l’Europe doit comprendre qu’elle aurait avantage à accompagner plus fortement le développement des pays concernés.

Nous avons aussi le problème spécifique d’Areva, qui est pour le Niger une source de retombées très significatives : on voit bien l’intérêt des forces d’Aqmi ou liées à ces réseaux d’empêcher le développement du Niger.

Q - L’arrivée au pouvoir dans de nombreux pays situés de l’autre côté de la Méditerranée d’islamistes est-elle à même de renforcer encore les peurs et les fantasmes en France qui ont été très présents pendant la campagne présidentielle française ?

R - J’ai déploré qu’il y ait eu des confusions et des amalgames. Les étrangers peuvent être d’originaire africaine, maghrébine, sans être musulmans. Et être musulmans sans être communautaristes. Je veux faire respecter en France des valeurs qui permettent à chaque individu de pratiquer le culte de son choix mais dans le cadre des règles communes de la laïcité./.

publié le 24/05/2012

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