Entretien

Gordon Brown : "Une Europe mondiale peut changer les choses"

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Le président Nicolas Sarkozy et son épouse sont arrivés mercredi 26 mars au Royaume-Uni pour une visite d'Etat de deux jours. Outre ses rencontres avec le premier ministre, Gordon Brown, le président français s'adressera au Parlement et aux milieux d'affaires. Une réunion des gouvernements français et britannique ainsi qu'un dîner offert par la reine sont notamment au programme.

Réformes. Selon l'Elysée, la France et le Royaume-Uni ont la même approche pour réformer les institutions internationales - Conseil de sécurité de l'ONU, Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale - et ouvrir le G8 à la Chine, à l'Inde, à l'Afrique du Sud, au Brésil et au Mexique.

Institutions financières. Le FMI commence à muscler sa fonction de surveillance, après avoir été inaudible dans la crise des subprimes. La Banque mondiale a introduit le financement de la protection de l'environnement dans son action en faveur du développement.

Représentativité. La vraie réforme de ces institutions sera celle de leur représentativité. Les assemblées du FMI et de la Banque mondiale, à la mi-avril, seront l'occasion de tester la bonne volonté du couple franco-britannique, pour l'instant d'accord pour céder une partie de leurs voix afin d'accroître celles des pays émergents.

G8. L'élargissement du G8 ne fait pas l'unanimité, comme l'analyse son fondateur, Valéry Giscard d'Estaing, qui juge que "treize, c'est trop pour être efficace et pas assez pour être représentatif".

"J'aime les Anglais, a déclaré Nicolas Sarkozy à la BBC. (…) Je n'ai jamais réduit la politique européenne de la France à la seule amitié avec nos amis allemands." Dans un entretien au Monde, Gordon Brown a souhaité, lui aussi, voir Paris et Londres "travailler main dans la main". Cet entretien est le premier accordé par M. Brown à la presse écrite étrangère depuis son arrivée au pouvoir en juin 2007.

La visite d'Etat de Nicolas Sarkozy va-t-elle marquer un renouveau de la relation franco-britannique?

Il n'est pas seulement un bon ami depuis des années; nous avons travaillé ensemble lorsqu'il était ministre des finances et nous partageons la même vision du monde globalisé. France et Grande-Bretagne peuvent donc travailler main dans la main avec des intérêts communs et des valeurs partagées. C'est le cas, vous le verrez dans les prochaines semaines, des réformes des institutions internationales nées en 1945 : ONU, Banque mondiale, Fonds monétaire international. Ces organisations ne correspondent plus aux défis de 2008. Le président Sarkozy et moi avons les mêmes projets, et nous travaillons en tandem.

Créées en 1945, ces organisations internationales s'appuyaient sur des Etats-nations opérant derrière des frontières protégées. Aujourd'hui, nous sommes dans une économie globale qui est en train de devenir une société globale. Ce ne sont plus seulement les flux de capitaux, de services, de produits et les entreprises qui sont mondialisés, mais la communication globale entre les gens, qui change de façon radicale la manière dont la politique internationale doit être menée. C'est pourquoi il faut engager les réformes de ces organisations. Le FMI peut se transformer en un système d'alerte contre les crises. La Banque mondiale peut devenir une banque qui finance des projets pour l'environnement et le développement. Aucune organisation ne correspond à ces besoins d'aujourd'hui. La réforme de l'ONU n'est pas seulement destinée à faire de la place aux puissances en expansion, mais aussi à trouver une réponse aux Etats en faillite, aux régimes en perdition et aux nouvelles instabilités.

Quel doit être le rôle de l'Europe dans cette mondialisation ?

Depuis une décennie ou deux, à cause de son élargissement, qui est une grande réussite, car il apporte la paix et la prospérité aux pays de l'Est, l'Europe s'est concentrée sur elle-même et son organisation à vingt-sept. Le traité de Lisbonne décide de ce fonctionnement. Maintenant, dans l'économie mondialisée, elle doit se positionner vis-à-vis de l'extérieur.

L'Europe doit devenir un acteur global, elle doit construire une société capable d'affronter les changements climatiques, la lutte contre le terrorisme, les Etats voyous, la pauvreté et être en mesure de créer une coopération économique entre les pays riches et les pays pauvres.

Comme une entité, elle peut être leader sur l'environnement et changer la manière dont le monde voit le changement climatique. Elle peut mener la bataille contre le terrorisme et l'instabilité. Elle peut être à l'avant-garde de la création d'une société qui intègre, où toutes les populations peuvent bénéficier de la prospérité. Elle peut faire de grosses différences dans les relations entre riches et pauvres, elle est le plus gros donateur. L'Europe mondiale, l'Europe unie, travaillant ensemble pour des enjeux mondiaux dans la société mondiale est capable de changer fondamentalement les choses.

Reste-t-il un avenir en Europe pour une plus grande intégration ?

Les gens pensent à juste titre qu'avec le traité de Lisbonne à vingt-sept, il n'y a pas besoin de nouvelle réforme institutionnelle pour les dix ans à venir.

Soutenez-vous la candidature de Tony Blair à la présidence du Conseil européen ?

Bien sûr.

La Grande-Bretagne peut-elle prétendre être au cœur de l'Europe alors qu'elle reste hors de l'euro, hors de l'espace Schengen et hors des affaires de justice et d'immigration ?

Sur la justice et les affaires intérieures, nous avons le choix. L'essence de la coopération économique, c'est le marché intérieur, la monnaie unique a été construite au-dessus. Avec 60 % de nos échanges extérieurs tournés vers le marché intérieur, nous sommes un acteur central. Le fait que nous soyons hors de l'euro ou d'autres aspects ne nous met pas en marge des forces motrices du futur développement européen : le marché unique, l'environnement, et bien sûr le rôle de l'Europe dans le monde.

Souhaitez-vous une réintégration complète de la France dans l'OTAN et une relance de l'Europe de la défense, dix ans après les accords de Saint-Malo ?

C'est au président Sarkozy d'annoncer ce que veut la France mais j'accueillerais favorablement cette initiative.

A propos du Tibet, êtes-vous favorable à un boycottage de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques ?

J'ai déjà clairement dit qu'il faut que les Jeux aient lieu. J'ai parlé au premier ministre chinois Wen Jiabao et je lui ai demandé de faire preuve de retenue au Tibet. J'espère qu'un dialogue sera possible entre les autorités chinoises et le dalaï-lama.

Comment définissez-vous votre style, après les années flamboyantes de Tony Blair ?

Faire mon boulot. Faire mon boulot en préparant le Royaume-Uni aux enjeux de demain. Nous avons pris de grandes décisions sur la sécurité énergétique du pays, sur les infrastructures de transports, comme l'agrandissement de l'aéroport d'Heathrow, sur le doublement du budget recherche… Sur tous ces sujets, nous regardons le long terme.

Propos recueillis par Eric Le Boucher, Arnaud Leparmentier et Marc Roche
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Gordon Brown, le 12 mars 2008.
REUTERS/LUKE MACGREGOR
Pour Gordon Brown, "au XXIe siècle, les pays qui gagneront ne sont pas ceux qui feront la course sur les bas salaires mais sur les hautes qualifications".
Vos réactions
loual :
«
Une Europe mondiale...pourquoi pas une Europe inter-galactique pendant qu'on y est. Les Anglais sont prêts à dire n'importe quoi pour empêcher l'émergence d'une Europe politique. Pitoyable Albion.