Juin 2006
Dans le droit-fil du protocole de Kyoto pour la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre et conformément à une directive européenne pour le développement des énergies renouvelables, la France développe une politique ambitieuse et lance son premier parc d’éoliennes en mer.
Décidé en septembre 2005, un programme de développement des énergies renouvelables est en cours de réalisation. Il comprend notamment la construction du premier parc français d’éoliennes en mer. Prévues pour être opérationnelles en 2008, 21 éoliennes ancrées dans 23 mètres de profondeur s’élèveront des flots de la Manche, à environ 7 km au large de Veulette-sur-Mer, en Seine-Maritime, sur la Côte d’Albâtre. Elles auront une capacité de 105 mégawatts (MW) (1), permettant de produire annuellement l’équivalent de la consommation des ménages d’une ville de 30.000 habitants. Les premiers mégawatts seront achetés à un "tarif garanti" d’environ 100 euros/MW heures. Le surcoût, d’environ 17 millions d’euros par an - l’électricité valant 45 euros/MW heures sur le marché du gros -, sera pris en charge par l’Etat et réparti sur la facture des consommateurs.
Ce programme d’éoliennes en mer devrait ainsi faire progresser le développement des filières d’énergies renouvelables. D’autant que la France, grâce à ses nombreuses façades maritimes, constitue le deuxième gisement potentiel de l’Union en énergie éolienne (2). Selon les données de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME), l’éolien aurait enregistré une progression de 140 % en 2005, avec, en particulier, la construction du plus grand parc éolien français, inauguré en octobre 2005 à Ally, en Haute-Loire. Près de 120 parcs éoliens et 1 000 éoliennes fonctionnent aujourd’hui.
Toutefois, 14% de l’électricité, 19% du chauffage (bois) et 1% seulement des carburants (diester, bio éthanol, etc.) proviennent de sources renouvelables se répartissant de la façon suivante : l’hydraulique 92 %, les déchets urbains 4,7 %, le bois et déchets de bois 1,9 % ; l’éolien, le bio gaz et le solaire assurant la part résiduelle. L’énergie éolienne pèse donc encore bien peu dans la production d’électricité : au début de l’année 2004, l’éolien installé en France représentait environ 250 MW.
Mais la France s’est engagée à atteindre en 2010, conformément à une directive européenne du 27 septembre 2001, 21 % (au lieu de 14 %) de la consommation d’électricité d’origine renouvelable, et « la contribution de l’éolien à cet objectif, mais également à celui de la lutte contre le changement climatique, est déterminante », soulignait-on, en 2005, au ministère de l’Ecologie et du Développement durable.
C’est que l’énergie est devenue un enjeu économique majeur : hausse continue du prix du pétrole depuis plus de 10 ans, épuisement prévisible des réserves mondiales de l’or noir, impact négatif des activités humaines sur l’environnement et la santé, changement climatique et dégradation de la qualité de l’air… Aujourd’hui, sa production aussi bien que son utilisation sont au cœur des débats de la communauté internationale avec deux champs d’action prioritaires : la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le développement des énergies de substitution.
Plus de dix ans avant l’initiative des « Trois R » - Réduire, Réutiliser, Recycler - (3), la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, signée lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, avait fixé l’objectif de stabiliser à l’horizon 2000 les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à leur niveau de 1990. Inutile de rappeler que cet objectif n’a pas été atteint. Aussi, devant l’ampleur du phénomène, confirmé entre autres par les rapports successifs du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), le protocole de Kyoto adopté en 1997 a renforcé la convention. Véritable programme international de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le protocole de Kyoto, entré en vigueur en février 2005, constitue le premier programme légalement contraignant. Il fixe en effet comme objectif pour les pays développés, d’ici 2008-2012, une réduction de 5,2 % par rapport à leur niveau de 1990 de leurs émissions de gaz à effet de serre, et notamment de dioxyde de carbone, gaz émanant des combustibles fossiles utilisés dans les centrales électriques, les usines et les voitures. Pour « aller beaucoup plus loin » d’une part, « réengager » d’autre part les pays non-signataires du protocole et aider les pays émergents, la France ne ménage pas ses efforts, comme elle l’a encore montré au Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du G8 à Gleaneagles en Ecosse en juillet 2005. Une volonté d’exemplarité qui s’exprime également au plan national par la mise en place en 2004 du Plan climat et l’adoption de la loi du 13 juillet 2005 sur la politique énergétique, le renforcement de la législation dans les domaines de la maîtrise de l’énergie et la diversification du bouquet énergétique de la France. La construction du premier parc français d’éoliennes en mer, autorisé à produire de l’électricité au large des côtes de la Seine-maritime, en est une illustration.
Mélina Gazsi
(1) Le mégawatt (MW) est une unité de puissance électrique qui vaut un million de watts.
(2) Selon les dernières statistiques européennes publiées par la filière EWEA.
(3) A la suite de l’accord trouvé au Sommet de Sea Island en 2004, l’initiative Réduire, Réutiliser, Recycler (" les Trois R ") a été lancée à Tokyo en avril 2005.
Dernière mise à jour : 22.06.2006