L’excellence scientifique britannique, pour combien de temps encore ?
Se fondant sur les conclusions du rapport "International Comparative Performance of the UK Research Base-2011", préparé par Elsevier [1] pour le compte du ministère des entreprises, de l’innovation et des compétences (BIS), David Willetts, secrétaire d’Etat aux universités et à la science s’est exprimé le 19 octobre à la Royal Society of Medicine pour indiquer combien ce rapport soulignait "la qualité de nos chercheurs et celle des institutions britanniques à attirer les meilleurs de par le monde".
Si le Royaume-Uni dépense effectivement moins en valeur absolue pour la R&D que les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne, ses chercheurs génèrent le plus d’articles par chercheur et sont en tête des pays du G8 pour le nombre d’articles publiés par livre sterling investie dans la recherche. Entre 2006 et 2008, le pourcentage d’articles signés par des britanniques est passé de 6,7% à 6,3%, en raison notamment de la montée en puissance de la Chine et de l’Inde, alors que sur la même période les citations d’articles britanniques ont connu une augmentation annuelle record de 7,2% quand la moyenne mondiale était de 6,3% ; aussi la part mondiale des citations britanniques a cru de 10,5 à 10,9%. Sur les 1% d’articles les plus cités, 13,9% étaient signés ou co-signés par des britanniques, en 2e position derrière les Etats-Unis.
La recherche britannique est mobile et internationale : entre 1996 et 2010, 63% des chercheurs au Royaume-Uni ont été également affiliés à une institution non britannique. Ceux qui ont passé jusqu’à un an à l’étranger se sont révélés 24% plus productifs que leurs collègues restés sur place. Parallèlement, 31% des chercheurs qui ont publié alors qu’ils travaillaient dans une institution britannique ont séjourné moins de deux ans au Royaume-Uni avant de retourner dans leur pays d’origine. Plus élevée que dans la plupart des pays dits à recherche intensive, elle explique le nombre important de citations par auteur dans la mesure où les articles réunissant des signataires venant de pays différents sont généralement plus cités Cette mobilité internationale impacte très directement sur l’efficience de la recherche britannique comme le montre la proportion d’articles cosignés avec des non britanniques qui continue à progresser pour atteindre 46% en 2010.
Une recherche qui couvre l’ensemble des disciplines avec une importance croissante donnée en recherche clinique, santé et sciences médicales, sciences sociales, sciences de l’entreprise et humanités. En biologie et sciences de l’environnement, l’indice de publication reste au-dessus de la moyenne mondiale, alors qu’en mathématiques, physique et sciences de l’ingénieur il est moins affirmé ; mais l’indice de citation dans ces disciplines reste toutefois très au-dessus de la moyenne générale.
Cependant, plusieurs faiblesses doivent être relevées qui pourraient devenir des préoccupations sérieuses pour le futur de la R&D britannique : i) depuis 2006 la population de chercheurs comme le nombre d’articles augmentent moins vite que la moyenne mondiale présentant, à terme, un risque de moindre attractivité et donc de fragilisation du potentiel de recherche ; ii) la part mondiale des brevets britanniques reste faible et continue à décroître, ce qui s’explique par la persistance de financements insuffisants venant du secteur privé ; iii) en neurosciences cognitives, informatique, sciences de l’éducation et en langues, il existe des difficultés réelles pour recruter les meilleurs post-docs ; et iv) la Dépense Nationale de R&D (DNRD), en valeur absolue comme en pourcentage, augmente moins vite que dans les autres grandes puissances scientifiques. De 2006 à 2010, sa part mondiale est tombée de 3,7 à 3%, alors que celle de la Chine dans le même temps est passée de 8,9 à 13,3%.
S’il est vrai que le Royaume-Uni demeure encore bien positionné, sa capacité à rester durablement dans le groupe de tête est loin d’être assurée.
Dr Serge Plattard