Peut-on vraiment faire mieux avec moins ?
La mise en place de la politique du gouvernement de coalition est entrée dans une phase gestionnaire : la consolidation budgétaire reste la priorité absolue alors que la reprise économique reste encore fragile. Les indicateurs demeurent préoccupants : la croissance a été nulle entre octobre 2010 et mars 2011 et ne devrait pas dépasser 1,7 % cette année avec une inflation prévue de 5 %, tandis que le chômage devrait monter à 8,2 % en fin d’année, valeur élevée pour ce pays.
Dans ce contexte particulièrement contraint, les mesures qui touchent la recherche et les universités ne font pas exception : budgets publics de R&D civile gelés en livres courantes jusqu’en 2015, investissements pour les équipements de recherche réduits de 40 %, et contribution du HEFCE (Higher Education Funding Coucil of England) au financement des universités en diminution, en parallèle à l’augmentation des droits d’inscription à partir de la rentrée 2012. Dans ces conditions, comment la recherche peut-elle continuer à attirer les meilleurs, demeurer compétitive et contribuer au redressement économique à travers des innovations réussies ?
L’accent est en particulier mis sur la concentration des moyens de recherche (à hauteur de 85 % de ceux-ci) dans 20 à 25 universités d’excellence, ce qui pourrait entraîner une fracture de la recherche entre les universités dites de recherche et celles dites d’enseignement. Si ces dernières ne sont pas de nature à attirer les meilleurs enseignants-chercheurs, cette stratégie devrait toutefois répondre à l’envie des meilleurs de venir étudier au Royaume-Uni et d’y faire de la recherche, en particulier fondamentale ou de base. Cette manière de faire ayant parfaitement réussi dans le passé, il faut donc la poursuivre. Ce qui a pour conséquence en termes d’organisation de : i) inciter les Research Councils à être encore plus exigeants sur la sélection des projets ; ii) obliger les laboratoires à s’ouvrir à plus de coopération dans leurs projets, notamment avec l’industrie (priorité sera donnée aux schémas de financement qui viseront à lever des fonds venant des industriels et des charities a rappelé Sir Adrian Smith, le directeur général de la connaissance et de l’innovation du BIS (Department for Business Innovation and Skills) lors de la conférence annuelle sur la science et l’innovation le 21 juin dernier à Londres) ; iii) préparer avec une grande intelligence le prochain programme européen de RDI, Horizons 2020, afin que les laboratoires britanniques retrouvent le taux de retour qu’ils avaient connu dans le 6e PCRDT, ou l’améliorent.
Ces mesures, pour ne citer que les plus stratégiques, qui consistent à faire mieux avec moins vont-elles réussir à terme, ou sont-elles un trompe l’œil servant de cache-misère ? Le gouvernement de coalition estime qu’elles seront suffisantes pour maintenir l’attractivité du Royaume-Uni et compte sur une forte implication du secteur privé et des charities pour atteindre ses objectifs. Il reste qu’un certain nombre d’incertitudes demeurent : i) le niveau d’inflation, même s’il devrait ralentir à partir de 2012, fera qu’en 2015 le niveau réel du budget de la R&D aura baissé d’au moins 15 % par rapport à 2010 ; ii) jusqu’où le secteur privé est-il prêt à aller alors que la reprise reste encore fragile ? iii) la possibilité donnée aux universités anglaises de pratiquement tripler le niveau des frais d’inscription d’ici un an ne va-t-elle pas décourager de bons étudiants britanniques et de l’UE à les rejoindre, même si des prêts avantageux seront disponibles ? iv) les importants efforts de recherche que font actuellement les États-Unis, l’Allemagne, la France, la Chine et le Japon risquent de prendre le dessus en termes d’attractivité, malgré la série d’accords que passent les universités britanniques avec les grands pays asiatiques.
Pragmatisme, intelligence et réalisme sauront-ils in fine relever le défi ? Des résultats rapides s’imposent si la politique gouvernementale veut rester crédible.
Dr Serge Plattard