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Editorial mai-juin 2010

David Willets, secrétaire d’État aux universités et à la science du gouvernement de coalition

À 54 ans, David Lindsay Willetts, ancien de Christ Church College à l’Université d’Oxford où il a étudié la philosophie, les sciences politiques et économiques, devient secrétaire d’État aux universités et à la science dans le nouveau gouvernement de coalition que dirige David Cameron. Il rapporte à Vince Cable (libéral-démocrate), ministre chargé des entreprises, de l’innovation et des compétences. Ancien fonctionnaire du Treasury, il rejoint à 28 ans le service politique de Margaret Thatcher au faîte de sa popularité. Trois ans plus tard, il dirigera le Centre for Policy Studies, thinktank conservateur fortement marqué par l’influence thatchérienne. Conservateur réformiste, à l’origine du concept de civic conservatism, il est élu en 1992 dans la circonscription de Havant. Front bencher quand William Hague dirigeait l’opposition, il a occupé plusieurs postes de Shadow minister, notamment à l’éducation, à la sécurité sociale, ainsi qu’aux retraites et allocations. Sa connaissance des questions sociales lui vaut alors d’être recruté comme consultant à la société d’actuaires Punter Southall. Lorsque David Cameron prend la tête du parti conservateur en 2005, il est nommé shadow secrétaire d’État à l’éducation et aux compétences, puis en 2007 shadow secrétaire d’État à l’innovation, aux universités et aux compétences. Réputé pour ses qualités intellectuelles, le monde politique l’a surnommé « Willetts two brains ». Dans un contexte budgétaire particulièrement contraint où les priorités sont la réduction du déficit public et la diminution de l’intervention de l’État, M. Willetts devra rapidement s’attaquer aux questions suivantes :

1/ L’entrée à l’université, avec deux sujets à l’ordre du jour : i) l’augmentation des droits d’inscription universitaire, aujourd’hui de 3 225 £/an maximum en Licence, libres en Master et en Doctorat, qui pourraient passer à 5 000 £, voire plus, justifiée par une amélioration sensible de la qualité de l’accueil, des outils pédagogiques et des moyens de suivi des études. Une enquête sur les financements des universités (commission présidée par Lord Browne, ancien directeur général de BP et président de la Royal Academy of Engineering) doit prochainement remettre ses conclusions. Pour M. Willetts, il est indispensable d’associer une démarche « qualité » à l’augmentation des droits d’inscription ; ii) la possibilité de débuter des études supérieures dans un college sur son lieu de résidence pour réduire les coûts de l’enseignement supérieur. Proposition mal reçue par les responsables universitaires qui craignent l’ouverture d’une voie de formation au rabais pour les plus défavorisés.

2/ L’articulation entre l’enseignement et la recherche. M. Willetts a proposé de revoir le système de financement des universités, en modifiant la clé de répartition entre enseignement et recherche : il suggère en effet de « récompenser » les universités qui se concentrent sur l’enseignement (et l’amélioration de l’enseignement universitaire), comme celles centrées sur la recherche. Il a également proposé d’encourager le développement conjoint des secteurs public et privé d’enseignement supérieur et de recherche.

3/ Le « facteur d’impact (économique ?) » dans l’évaluation de la recherche et l’attribution des financements. À plusieurs reprises, M. Willetts a déclaré ne pas souhaiter voir définies à l’avance, et souvent de manière très artificielle, les conséquences et retombées des recherches en termes d’impact. L’autonomie effective des universités britanniques permet, selon lui, une bonne répartition et définition des différents types de recherches possibles et des aides qui peuvent être attribuées par les agences de recherche ou les entreprises. Alors que le prochain exercice d’évaluation des résultats de la recherche REF (Research Evaluation Framework) prévu en 2013, devrait incorporer ce facteur déterminant, les Torries veulent retarder l’exercice de deux ans pour trouver une métrique satisfaisante, quitte à ignorer ce facteur si une critériologie consensuelle n’est pas trouvée ; démarche qui va dans le même sens que celle des Libdems.

4/ Le financement de la recherche. Les conservateurs ont indiqué qu’ils ne changeraient pas le dispositif actuel des Research Councils et des agences régionales, mais il est vraisemblable que le secteur privé sera incité à participer plus largement, moyennant des incitations adéquates qui restent à préciser, notamment pour ce qui est du soutien à l’innovation. Et ceci d’autant plus que les coupes budgétaires risquent d’être plus importantes que tout ce qui avait été anticipé jusqu’à présent. Toutefois, les sciences de la vie et la biomédecine ainsi que la R&D dite « verte » devraient être les secteurs qui souffriraient le moins.