london_paris_panoramic Français English

Editorial juillet-aout 2011

Dans la fraîcheur de l’été

Ce fut un été particulièrement difficile avec les émeutes à Londres début août ainsi que dans d’autres grandes villes d’Angleterre, la crise des pays de la zone Euro et des banques avec les incertitudes qu’elle génère sur la reprise, la résistance des grandes banques à s’engager dans la réforme structurelle qui leur est demandée, les difficultés rencontrées par les industries de service qui représentent 70% du PIB, une inflation qui atteindra 5% en 2011 et une croissance revue à la baisse, passant de 1,8% à 1,3% cette année. Bref, si la priorité absolue du gouvernement de coalition est bien de réduire les déficits, il reste que l’autre objectif, celui de créer de la richesse pour en distribuer les fruits le plus largement possible, est pour l’instant en panne. Une deuxième récession ne serait plus à écarter pour un nombre croissant d’analystes, toujours sans plan B à l’horizon. Une éclaircie tout de même : le succès de la révolution libyenne annonçant la fin des opérations militaires sur ce théâtre.

L’actualité universitaire et scientifique a eu sa part aussi. Les réactions au Livre Blanc sur la réforme des universités pour la rentrée 2012 ont été nombreuses : le montant des frais de scolarité à 9.000 £/an en Licence ne va-t-il pas décourager les meilleurs quand ils viennent de milieux défavorisés sachant que les bourses, dans leur grande majorité, vont être transformées en prêts remboursables sur 30 ans ? Beaucoup s’interrogent sur l’équité de cette réforme et se demandent si, en définitive, elle ne va pas produire l’inverse de l’effet désiré, à savoir favoriser encore plus ceux qui le sont déjà de par leur milieu et leur éducation secondaire. Enfin, la qualité de l’enseignement que les futurs étudiants recevront sera-t-elle bien en ligne avec l’augmentation substantielle, pratiquement un facteur trois, des droits d’entrée à l’université ?

Encore une mauvaise nouvelle pour certains thésards : l’EPSRC (Engineering and Physical Sciences Research Council), le conseil de recherche qui a le plus gros budget, a décidé de supprimer 1.000 allocations de recherche pour des chercheurs en thèse sur les 3 800 proposées. Cette action permettrait ainsi de mieux protéger les centres de formation doctorale financés par l’EPSRC. Parallèlement, à l’EPSRC, un nouveau facteur va désormais devoir être pris en compte dans l’évaluation de projets, au même titre que l’excellence scientifique : l’importance du projet, comprise comme une mesure de son impact économique, de sa contribution à relever des défis sociétaux et de sa pertinence vis-à-vis d’autres disciplines scientifiques ; plusieurs devenant ainsi plus prioritaires que d’autres, avec le risque d’en abandonner certaines.

Mais une très bonne nouvelle toutefois du côté des publications. Alors qu’ArXiv, le serveur américain de consultation en ligne d’articles en physique et en mathématiques avant leur publication, fête ses 20 ans, l’annonce par le Howard Hughes Medical Institute, la Max Planck Gesellshaft et le Wellcome Trust de la création d’une nouvelle revue scientifique biomédicale en libre accès à paraître en 2012, gratuite pour les lecteurs et les auteurs pendant plusieurs années au moins. Celle-ci devrait mieux répondre aux besoins des scientifiques, plutôt qu’à ceux des rédacteurs en chef et des médias. La durée de la revue critique d’un article sera ramenée à 3 ou 4 semaines seulement, et des facteurs d’impact, comme l’indice de citation d’articles dans des revues scientifiques, seront ignorés.

Dans la même veine, à relever également le lancement par UCL (University College London) d’un service gratuit et en libre accès, comprenant 200.000 sujets de recherche sous la forme d’articles de revues, de chapitres de livres, de thèses ou de liens électroniques.

Tout n’est pas noir, mais les temps sont difficiles et de nouvelles coupes sont encore à prévoir.

Dr Serge Plattard