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Editorial janvier-février 2011

De la mauvaise utilisation des résultats scientifiques

A l’occasion de la 3e réunion annuelle, en février, de l’association Government Science & Engineering qui regroupe 3.000 scientifiques et ingénieurs fonctionnaires, Sir John Beddington, le conseiller scientifique en chef du Premier Ministre, a dénoncé très sévèrement la mauvaise utilisation des résultats scientifiques faite par les groupes de pression et les journalistes, tendant à discréditer des conclusions fondées sur l’observation des faits.

Se félicitant de l’intolérance qui existe pour le racisme et l’homophobie, il s’est étonné de l’absence d’une telle intolérance vis-à-vis de la pseudoscience. Comment se fait-il qu’impunément les médias, en s’appuyant sur des données choisies à bon escient, partielles, souvent sorties de leur contexte, puissent induire de fausses perceptions qui conduisent à ce qu’une fraction croissante de la population se méfie des scientifiques, ou même veuille combattre leurs conclusions ? Il en appelle à ses collègues conseillers scientifiques des différents ministères, qu’il réunit régulièrement, à reconnaître l’influence pernicieuse de ce phénomène et à voir comment cette question pourrait être traitée : "Je vous invite à être extrêmement intolérants... nous ne pouvons pas tolérer quelque chose qui pourrait sérieusement compromettre notre capacité à traiter des sujets importants...", a renchéri Sir John.

Cette prise de position a plutôt été bien reçue par les milieux universitaires et notamment par la Campaign for Science & Engineering, très active pendant la dernière campagne électorale, qui comprennent cette croisade contre la manipulation de l’information à des fins d’intérêts particuliers. Il reste que si le Pr. Beddington estime avoir une mission à remplir (climato-sceptiques, OGM, nanotechnologies, pandémie H1N1,...), la tactique devrait être revue, selon le bimensuel d’actualité de politique scientifique Research Fortnight, au moins sur trois points. Tout d’abord, demander aux Research Councils d’intervenir sur cet aspect paraît difficile dans la mesure où une telle action ne relève pas d’agences de programmes chargées de la sélection et du financement de projets. Deuxièmement, ces conseils ne sont pas exclusivement "scientifiques" puisqu’ils financent aussi des recherches dans les domaines des arts, de la littérature, de la philosophie et de la théologie. Enfin, John Beddington s’en prend à ceux qui n’utilisent pas la méthode scientifique alors qu’un débat existe sur cette méthode, un certain nombre de chercheurs s’en écartant au sens couramment admis du terme. Ainsi, en cosmologie et en physique des hautes énergies, il n’est pas possible de reproduire certaines expériences pour des raisons de coût, ce qui peut poser un problème pour l’évaluation des résultats par les pairs puisqu’ils n’ont pas de moyens indépendants pour vérifier ce qui a été publié. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les résultats sont de facto sujets à caution, mais, en l’espèce, le processus d’évaluation a une signification différente. En allant plus loin, en philosophie notamment, il y a des chercheurs qui remettent en cause la notion même de méthode scientifique...

L’intolérance est un mot lourd de sens qui va susciter des réactions fortes, et sans doute était-ce voulu par Sir John, mais il devra compter avec des groupes, toujours les mêmes, certes minoritaires, mais très influents et bien organisés. Sur le fond, il a évidemment raison en souhaitant que plus de personnes soient respectueuses des faits observés et mesurés, mais la guerre des mots est-elle le meilleur moyen pour changer les esprits ?

Ne manquez pas de lire dans ce Bulletin Electronique l’article consacré à Sense about Science, une charity qui cherche plus de contacts avec la presse locale, les organisations et le public.

Docteur Serge Plattard